Paule Gonzalès
27/10/2009
Le patron de TDF, Patrick Babin, tente de calmer le jeu face au mécontentement
du gouvernement.
Des chiffons rouges et des écrans noirs qui effrayent les députés. Ils étaient
une centaine la semaine dernière pour écouter Michel Boyon, le président du
Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), venu à l'Assemblée nationale pour leur
expliquer que le basculement au tout numérique en 2011, ne se solderait pas par
des écrans noirs pour les Français. A l'origine de cette montée d'angoisse de la
représentation nationale, la discussion de la loi sur la fracture numérique et
la crainte des députés devant l'éventualité d'un écran noir pour de nombreuses
zones géographiques, à commencer par les zones de montagne. Depuis, la polémique
enfle. D'un côté, il y a l'État qui s'est engagé à ce qu'aucun des Français ne
soit laissé sur le bord de la route et que tout un chacun reçoive demain la
télévision numérique, qu'il habite en plaine ou en haute montagne. Un dispositif
est prévu pour que les 5 % du territoire manquant de couverture hertzienne
bénéficient d'un relais satellitaire. «Tous les français dans cette situation,
quelle que soit leur situation financière, seront aidés», promet-on au sein du
gouvernement. La secrétaire d'État à l'économie numérique, Nathalie
Kosciusko-Morizet, a même annoncé devant l'Association nationale des élus de la
montagne (voir ariegenews.com) qu'une rallonge de 56 millions d'euros serait
dévolu à cet effet et que les chaînes de télévision seraient invitées à pousser
la puissance des émetteurs. Mais, à cette occasion, elle a aussi relayé le
mécontentement de Michel Boyon vis à vis de TDF considéré, jusqu'au plus haut
niveau gouvernemental, comme responsable de la psychose des députés.
Selon la secrétaire d'État comme du président du CSA, c'est cette entreprise
privée qui aurait alerté les députés sur les risques d'un basculement raté. Il
faut dire que le tout numérique signifie pour TDF de réduire son parc
d'émetteurs de 3 600 à 1 626, mais aussi une baisse de ses tarifs. L'un dans
l'autre, la TNT se traduira par une chute de 50 % du chiffre d'affaires télé de
TDF. La suspicion des pouvoirs publics est suffisante pour que la demande de
l'entreprise de porter le nombre d'émetteurs à 2 000 suscite des interrogations
sur sa réelle nécessité technique. Une position dont se défend Patrick Babin, le
PDG de TDF : «Nous n'avons mené aucun lobbying, nous avons été auditionnés par
le Sénat qui souhaitait notre avis sur la question. Nous pensons simplement que
ces 400 émetteurs supplémentaires, dont le surcoût est de 3 millions d'euros
environ pour l'ensemble des chaînes, permettront d'être plus confortable pour
atteindre les 95 % de couverture fixés par la loi et d'éviter les inégalités de
territoire». Pour le patron de TDF, «l'ensemble des mesures proposées il y a
deux jours prouve tout d'abord qu'il existait bien un problème que nous avons
soulevé, mais ces mesures seront insuffisantes. Nous estimons que 200.000
personnes pourraient quand même être privées de télévision» lors du basculement
au tout numérique fin 2011. Une nouvelle querelle d'experts en perspective.
http://www.lefigaro.fr/medias/2009/10/27/04002-20091027ARTFIG00554-tout-numeriqu\
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