Bonjour,
Je vous écris car je viens de créer ma maison d'édition qui se nomme "AU PHIL
DES DOIGTS.
Cette maison d'édition est quelque peu Particulière car je n'édite que des
livres à la fois écrits en braille et en écriture ordinaire, les deux systèmes
d'écriture se rejoignant dans le même livre.
Le braille est déposé à même le texte voyant (bille d'encre polymère) ce qui ne
gêne en rien la lecture pour le voyant et qui donne une qualité de points
supérieure aux non-voyants.
Ce concept de livre est donc pédagogique: il permet à l'enseignant de faire
découvrir le braille aux enfants, de développer le sens du toucher (le thème des
cinq sens), une entrée en matière dans le thème de la différence.
Ce concept permet aussi à l'enfant non-voyant de partager la même histoire qu'un
enfant voyant: ils peuvent se prêter le livre, faire des lectures alternées...
ce qui a pour effet de gommer la différence.
Une maman aveugle peut également lire l'histoire pour son petit bout qui lui,
voit les illustrations.
Comme vous pouvez le constater, ce concept de livre permet de multiples
utilisations.
Le premier livre s'intitule "Les Histoires De Papy Panda).
On y trouve treize petites histoires très courtes destinées principalement aux
maternelles et début primaire.
Il est vendu au prix de 25?.
Si ce livre vous intéresse ou si vous voulez des renseignements complémentaires,
je me tiens à votre disposition par mail à
contact@...
ou alors par téléphone au 087 715 888 pour la Belgique et 01 79 97 90 82 pour la
France. Il est bien entendu que les Suisses ou Québéquois (et tout autre pays
d'ailleurs) peut me contacter.
Merci de l'attention portée à ce courriel.
Bien à vous.
Philippe Laeremans.
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Bonsoir,
Après une très longue absence me voici de retour avec une nouvelle de Maupassant
écrite en 1885, par conséquent sur la fin de son parcours richissime.
Je vous en souhaite bonne lecture.
Fabuleusement, Vincent
HAUTOT PÈRE ET FILS
I
Devant la porte de la maison, demi-ferme, demi-manoir, une de ces
habitations rurales mixtes qui furent presque seigneuriales et qu'occupent à
présent
de gros cultivateurs, les chiens, attachés aux pommiers de la cour, aboyaient et
hurlaient à la vue des carnassières poilées par le garde et des gamins.
Dans la grande salle à manger-cuisine, Hautot père, Hautot fils, M. Bermont, le
percepteur, et M. Mondaru, le notaire, cassaient une croûte et buvaient
un verre avant de se mettre en chasse, car c'était jour d'ouverture.
Hautot père, fier de tout ce qu'il possédait, vantait d'avance le gibier que
ses invités allaient trouver sur ses terres. C'était un grand Normand,
un de ces hommes puissants, sanguins, osseux, qui lèvent sur leurs épaules des
voitures de pommes. Demi-paysan, demi-monsieur, riche, respecté, influent,
autoritaire, il avait fait suivre ses classes, jusqu'en troisième, à son fils
Hautot César, afin qu'il eût de l'instruction, et il avait arrêté là ses
études de peur qu'il devint un monsieur indifférent à la terre.
Hautot César, presque aussi haut que son père, mais plus maigre, était un
bon garçon de fils, docile, content de tout, plein d'admiration, de respect
et de déférence pour les volontés et les opinions de Hautot père.
M. Bermont, le percepteur, un petit gros qui montrait sur ses joues rouges
de minces réseaux de veines violettes pareils aux affluents et au cours
tortueux des fleuves sur les cartes de géographie, demandait :
- Et du lièvre - y en a-t-il, du lièvre ?...
Hautot père répondit :
Tant que vous en voudrez, surtout dans les fonds du Puysatier.
- Par où commençons-nous ? interrogea le notaire, un bon vivant de notaire
gras et pâle, bedonnant aussi et sanglé dans un costume de chasse tout neuf,
acheté à Rouen l'autre semaine.
- Eh bien, par là, par les fonds. Nous jetterons les perdrix dans la plaine
et nous nous rabattrons dessus.
Et Hautot père se leva. Tous l'imitèrent, prirent leurs fusils dans les
coins, examinèrent les batteries, tapèrent du pied pour s'affermir dans leurs
chaussures un peu dures, pas encore assouplies par la chaleur du sang ; puis ils
sortirent ; et les chiens se dressant au bout des attaches poussèrent
des hurlements aigus en battant l'air de leurs pattes.
On se mit en route vers les fonds. C'était un petit vallon, ou plutôt une
grande ondulation de terres de mauvaise qualité, demeurées incultes pour
cette raison, sillonnées de ravines, couvertes de fougères, excellente réserve
de gibier.
Les chasseurs s'espacèrent, Hautot père tenant la droite, Hautot fils tenant
la gauche, et les deux invités au milieu. Le garde et les porteurs de
carniers suivaient. C'était l'instant solennel où on attend le premier coup de
fusil, où le coeur bat un peu, tandis que le doigt nerveux tâte à tout instant
les gâchettes.
Soudain, il partit, ce coup ! Hautot père avait tiré. Tous s'arrêtèrent et
virent une perdrix, se détachant d'une compagnie qui fuyait à tire-d'aile,
tomber dans un ravin sous une broussaille épaisse. Le chasseur excité se mit à
courir, enjambant, arrachant les ronces qui le retenaient, et il disparut
à son tour dans le fourré, à la recherche de sa pièce.
Presque aussitôt, un . second coup de feu retentit.
- Ah ! ah ! le gredin, cria M. Bermont, il aura déniché un lièvre
là-dessous.
Tous attendaient, les yeux sur ce tas de branches impénétrables au regard.
Le notaire, faisant un porte-voix de ses mains, hurla : "Les avez-vous ?"
Hautot père ne répondit pas ; alors, César, se tournant vers le garde, lui
dit : "Va donc l'aider, Joseph. Il faut marcher en ligne. Nous attendrons."
Et Joseph, un vieux tronc d'homme sec, noueux, dont toutes les articulations
faisaient des bosses, partit d'un pas tranquille et descendit dans le
ravin, en cherchant les trous praticables avec des précautions de renard. Puis,
tout de suite, il cria :
- Oh ! v'nez ! v'nez ! y a un malheur d'arrivé.
Tous accoururent et plongèrent dans les ronces. Hautot père, tombé sur le
flanc, évanoui, tenait à deux mains son ventre d'où coulaient à travers sa
veste de toile déchirée par le plomb de longs filets de sang sur l'herbe.
Lâchant son fusil pour saisir la perdrix morte à portée de sa main, il avait
laissé tomber l'arme dont le second coup, partant au choc, lui avait crevé les
entrailles. On le tira du fossé, on le dévêtit, et on vit une plaie affreuse
par où les intestins sortaient. Alors, après qu'on l'eut ligaturé tant bien que
mal, on le reporta chez lui et on attendit le médecin qu'on avait été quérir,
avec un prêtre.
Quand le docteur arriva, il remua la tête gravement, et se tournant vers
Hautot fils qui, sanglotait sur une chaise :
- Mon pauvre garçon, dit-il, ça n'a pas bonne tournure.
Mais quand le pansement fut fini, le blessé remua les doigts, ouvrit la
bouche, puis les yeux, jeta devant lui des regards troubles, hagards, puis
parut chercher dans sa mémoire, se souvenir, comprendre, et il murmura :
- Nom d'un nom, ça y est.
Le médecin lui, tenait la main.
- Mais non, mais non, quelques jours de repos seulement, ça ne sera rien.
Hautot reprit :
- Ça y est ! j'ai l'ventre crevé ! Je le sais bien.
Puis soudain :
- J'veux parler au fils, si j'ai le temps.
Hautot fils, malgré lui, larmoyait et répétait comme un petit garçon :
- P'pa, p'pa, pauv'e p'pa !
Mais le père, d'un ton plus ferme :
- Allons pleure pu, c'est pas le moment. J'ai à te parler, Mets-toi là, tout
près, ça sera vite fait, et je serai plus tranquille. Vous autres, une
minute s'il vous plaît.
Tous sortirent laissant le fils en face du père.
Dès qu'ils furent seuls :
- Écoute, fils, tu as vingt-quatre ans, on peut te dire les choses. Et puis
il n'y a pas tant de mystère à ça que nous en mettons. Tu sais bien que
ta mère est morte depuis sept ans, pas vrai, et que je n'ai pas plus de
quarante-cinq ans, moi, vu que je me suis marié à dix-neuf. Pas vrai ?
Le fils balbutia :
- Oui, c'est vrai.
- Donc ta mère est morte depuis sept ans, et moi je suis resté veuf. Eh bien
! ce n'est pas un homme comme moi qui peut rester veuf à trente-sept ans,
pas vrai ?
Le fils répondit :
- Oui, c'est vrai.
Le père, haletant, tout pâle et la face crispée, continua :
- Dieu que j'ai mal ! Eh bien, tu comprends. L'homme n'est pas fait pour
vivre seul, mais je ne voulais pas donner une suivante à ta mère, vu que je
lui avais promis ça. Alors... tu comprends ?
- Oui, père.
- Donc, j'ai pris une petite à Rouen, rue de l'Éperlan, 18, au troisième, la
seconde porte - je te dis tout ça, n'oublie pas -, mais une petite qui
a été gentille tout plein pour moi, aimante, dévouée, une vraie femme, quoi ? Tu
saisis, mon gars ?
- Oui, père.
- Alors, si je m'en vas, je lui dois quelque chose, mais quelque chose de
sérieux qui la mettra à l'abri. Tu comprends ?
- Oui, père.
- Je te dis que c'est une brave fille, mais là, une brave, et que, sans toi,
et sans le souvenir de ta mère, et puis sans la maison où nous avons vécu
tous trois, je l'aurais amenée ici, et puis épousée, pour sûr... écoute...
écoute... mon gars... j'aurais pu faire un testament... je n'en ai point fait !
Je n'ai pas voulu... car il ne faut point écrire les choses... ces choses-là...
ça nuit trop aux légitimes... et puis ça embrouille tout... ça ruine tout
le monde ! Vois-tu, le papier timbré, n'en faut pas, n'en fais jamais usage. Si
je suis riche, c'est que je ne m'en suis point servi de ma vie. Tu comprends,
mon fils !
- Oui, père.
- Écoute encore... Écoute bien... Donc, je n'ai pas fait de testament... je
n'ai pas voulu.... et puis je te connais, tu as bon coeur, tu n'es pas
ladre, pas regardant, quoi. Je me suis dit que, sur ma fin, je te conterais les
choses et que je te prierais de ne pas oublier la petite : - Caroline Donet,
rue de l'Éperlan, 18, au troisième, la seconde porte, n'oublie pas. - Et puis,
écoute encore. Vas-y tout de suite quand je serai parti - et puis arrange-toi
pour qu'elle ne se plaigne pas de ma mémoire. - Tu as de quoi. - Tu le peux, je
te laisse assez... Écoute... En semaine on ne la trouve pas. Elle travaille
chez Mme Moreau, rue Beauvoisine. Vas-y le jeudi. Ce jour-là elle m'attend.
C'est mon jour, depuis six ans. Pauvre p'tite, va-t-elle pleurer !... Je te
dis tout ça, parce que je te connais bien, mon fils. Ces choses-là on ne les
conte pas au public, ni au notaire, ni au curé. Ça se fait, tout le monde
le sait, mais ça ne se dit pas, sauf nécessité. Alors personne d'étranger dans
le secret, personne que la famille, parce que la famille, c'est tous en
un seul. Tu comprends ?
- Oui, père.
- Tu promets ?
- Oui, père.
- Tu jures ?
- Oui, père.
- Je t'en prie, je t'en supplie, fils, n'oublie pas. J'y tiens.
- Non, père.
- Tu iras toi-même. Je veux que tu t'assures de tout.
- Oui, père.
- Et puis, tu verras... tu verras ce qu'elle t'expliquera. Moi, je ne peux
pas te dire plus. C'est juré ?
- Oui, père.
- C'est bon, mon fils. Embrasse-moi. Adieu. Je vas claquer, j'en suis sûr.
Dis-leur qu'ils entrent.
Hautot fils embrassa son père en gémissant, puis toujours docile, ouvrit la
porte, et le prêtre parut, en surplis blanc, portant les saintes huiles.
Mais le moribond avait fermé les yeux, et il refusa de les rouvrir, il
refusa de répondre, il refusa de montrer, même par un signe, qu'il comprenait.
Il avait assez parlé, cet homme, il n'en pouvait plus. Il se sentait
d'ailleurs à présent le coeur tranquille, il voulait mourir en paix. Qu'avait-il
besoin de se confesser au délégué de Dieu, puisqu'il venait de se confesser à
son fils, qui était de la famille, lui ?
Il fut administré, purifié, absous, au milieu de ses amis et de ses
serviteurs agenouillés, sans qu'un seul mouvement de son visage révélât qu'il
vivait
encore.
Il mourut vers minuit, après quatre heures de tressaillements indiquant
d'atroces souffrances.
II
Ce fut le mardi qu'on l'enterra, la chasse ayant ouvert le dimanche. Rentré
chez lui, après avoir conduit son père au cimetière, César Hautot passa
le reste du jour à pleurer. Il dormit à peine la nuit suivante et il se sentit
si triste en s'éveillant qu'il se demandait comment il pourrait continuer
à vivre.
Jusqu'au soir cependant il songea que, pour obéir à la dernière volonté
paternelle, il devait se rendre à Rouen le lendemain, et voir cette fille
Caroline
Donet qui demeurait rue de l'Éperlan, 18, au troisième étage. la seconde porte .
Il avait répété, tout bas, comme on marmotte une prière, ce nom et cette
adresse, un nombre incalculable de fois, afin de ne pas les oublier, et il
finissait par les balbutier indéfiniment, sans pouvoir s'arrêter ou penser à
quoi que ce fût, tant sa langue et son esprit étaient possédés par cette phrase.
Donc le lendemain, vers huit heures, il ordonna d'atteler Graindorge au
tilbury et partit au grand trot du lourd cheval normand sur la grand-route
d'Ainville à Rouen. Il portait sur le dos sa redingote noire, sur la tête son
grand chapeau de soie et sur les jambes sa culotte à sous-pieds, et il n'avait
pas voulu, vu la circonstance, passer par-dessus son beau costume la blouse
bleue qui se gonfle au vent, garantit le drap de la poussière et des taches,
et qu'on ôte prestement à l'arrivée, dès qu'on a sauté de voiture.
Il entra dans Rouen alors que dix heures sonnaient, s'arrêta comme toujours
à l'hôtel des Bons-Enfants, rue des Trois-Mares, subit les embrassades
du patron, de la patronne et de ses cinq fils, car on connaissait la triste
nouvelle ; puis, il dut donner des détails sur l'accident, ce qui le fit
pleurer,
repousser les services de toutes ces gens, empressés parce qu'ils le savaient
riche, et refuser même leur déjeuner, ce qui les froissa.
Ayant donc épousseté son chapeau, brossé sa redingote, et essuyé ses
bottines, il se mit à la recherche de la rue de l'Éperlan, sans oser prendre de
renseignements près de personne, de crainte d'être reconnu et d'éveiller les
soupçons.
A la fin, ne trouvant pas, il aperçut un prêtre, et se fiant à la discrétion
professionnelle des hommes d'église, il s'informa auprès de lui.
Il n'avait que cent pas à faire, c'était justement la deuxième rue à droite.
Alors, il hésita. Jusqu'à ce moment, il avait obéi comme une brute à la
volonté du mort. Maintenant il se sentait tout remué, confus, humilié à l'idée
de se trouver, lui, le fils, en face de cette femme qui avait été la maîtresse
de son père. Toute la morale qui gît en nous, tassée au fond de nos sentiments
par des siècles d'enseignement héréditaire, tout ce qu'il avait appris depuis le
catéchisme sur les créatures de mauvaise vie, le mépris instinctif que
tout homme porte en lui contre elles, même s'il en épouse une, toute son
honnêteté bornée de paysan, tout cela s'agitait en lui, le retenait, le rendait
honteux et rougissant.
Mais il pensa : "J'ai promis au père, faut pas y manquer." Alors il poussa
la porte entrebâillée de la maison, marquée du numéro 18, découvrit un escalier
sombre, monta trois étages, aperçut une porte, puis une seconde, trouva une
ficelle de sonnette et tira dessus.
Le din-din qui retentit dans la chambre voisine lui fit passer un frisson
dans le corps. La porte s'ouvrit et il se trouva en face d'une jeune dame
très bien habillée, brune, au teint coloré, qui le regardait avec des yeux
stupéfaits.
Il ne savait que lui dire, et, elle, qui ne se doutait de rien, et qui
attendait l'autre, ne l'invitait pas à entrer. Ils se contemplèrent ainsi
pendant
près d'une demi-minute. A la fin elle demanda :
- Vous désirez, monsieur ?
Il murmura :
- Je suis Hautot fils.
Elle eut un sursaut, devint pâle, et balbutia comme si elle le connaissait
depuis longtemps.
- Monsieur César ?
- Oui.
- Et alors ?
- J'ai à vous parler de la part du père.
Elle fit - Oh ! mon Dieu ! - et recula pour qu'il entrât. Il ferma la porte
et la suivit.
Alors il aperçut un petit garçon de quatre ou cinq ans, qui jouait avec un
chat, assis par terre devant un fourneau d'où montait une fumée de plats
tenus au chaud.
- Asseyez-vous, disait-elle.
Il s'assit... Elle demanda :
- Eh bien ?
Il n'osait plus parler, les yeux fixés. sur la table dressée au milieu de
l'appartement, et portant trois couverts, dont un d'enfant. Il regardait
la chaise tournée dos au feu, l'assiette, la serviette, les verres, la bouteille
de vin rouge entamée et la bouteille de vin blanc intacte. C'était la
place de son père, dos au feu ! On l'attendait. C'était son, pain qu'il voyait,
qu'il reconnaissait près de la fourchette, car la croûte était enlevée
à cause des mauvaises dents d'Hautot. Puis, levant les yeux, il aperçut, sur le
mur, son portrait, la grande photographie faite à Paris l'année de l'Exposition,
la même qui était clouée au-dessus du lit dans la chambre à coucher d'Ainville.
La jeune femme reprit :
- Eh bien, monsieur César ?
Il la regarda. Une angoisse l'avait rendue livide et elle attendait, les
mains tremblantes de peur.
Alors il osa.
- Eh bien, mam'zelle, papa est mort dimanche, en ouvrant la chasse.
Elle fut si bouleversée qu'elle ne remua pas. Après quelques instants de
silence, elle murmura d'une voix presque insaisissable :
- Oh ! pas possible !
Puis, soudain, des larmes parurent dans ses yeux, et levant ses mains elle
se couvrit la figure en se mettant à sangloter.
Alors, le petit tourna la tête, et voyant sa mère en pleurs, hurla. Puis
comprenant que ce chagrin subit venait de cet inconnu, il se rua sur César,
saisit d'une main sa culotte et de l'autre il lui tapait la cuisse de toute sa
force. Et César demeurait éperdu, attendri, entre cette femme qui pleurait
son père et cet enfant qui défendait sa mère. Il se sentait lui-même gagné par
l'émotion, les yeux enflés par le chagrin ; et, pour reprendre contenance,
il se mit à parler.
- Oui, disait-il, le malheur est arrivé dimanche matin, sur les huit
heures... Et il contait, comme si elle l'eût écouté, n'oubliant aucun détail,
disant les plus petites choses avec une minutie de paysan. Et le petit tapait
toujours, lui lançant à présent des coups de pied dans les chevilles.
Quand il arriva au moment où Hautot père avait parlé d'elle, elle entendit
son nom, découvrit sa figure et demanda :
- Pardon, je ne vous suivais pas, je voudrais bien savoir... Si ça ne vous
contrariait pas de recommencer.
Il recommença dans les mêmes termes : "Le malheur est arrivé dimanche matin
sur les huit heures..."
Il dit tout, longuement, avec des arrêts, des points, des réflexions venues
de lui, de temps en temps. Elle l'écoutait avidement, percevant avec sa
sensibilité nerveuse de femme toutes les péripéties qu'il racontait et
tressaillant d'horreur, faisant : "Oh mon Dieu !" parfois. Le petit, la croyant
calmée, avait cessé de battre César pour prendre la main de sa mère, et il
écoutait aussi, comme s'il eût compris.
Quand le récit fut terminé, Hautot fils reprit :
- Maintenant nous allons nous arranger ensemble suivant son désir. Écoutez,
je suis à mon aise, il m'a laissé du bien. Je ne veux pas que vous ayez
à vous plaindre...
Mais elle l'interrompit vivement.
- Oh ! monsieur César, monsieur César, pas aujourd'hui. J'ai le coeur
coupé... Une autre fois, un autre jour... Non, pas aujourd'hui... Si j'accepte,
écoutez... ce n'est pas pour moi... non, non, non, je vous le jure. C'est pour
le petit. D'ailleurs, on mettra ce bien sur sa tête.
Alors César, effaré, devina, et balbutiant :
- Donc... c'est à lui... le p'tit ?
- Mais oui, dit-elle.
Et Hautot fils regarda son frère avec une émotion confuse, forte et pénible.
Après un long silence, car elle pleurait de nouveau, César, tout à fait
gêné, reprit :
- Eh bien, alors, mam'zelle Donet, je vas m'en aller. Quand voulez-vous que
nous parlions de ça ?
Elle s'écria :
- Oh ! non, ne partez pas, ne partez pas, ne me laissez pas toute seule avec
Émile ! Je mourrais de chagrin. Je n'ai plus personne, personne que mon
petit. Oh ! quelle misère, quelle misère, monsieur César. Tenez, asseyez-vous.
Vous allez encore me parler. Vous me direz ce qu'il faisait, là-bas, toute
la semaine.
Et César s'assit, habitué à obéir.
Elle approcha, pour elle, une autre chaise de la sienne, devant le fourneau
où les plats mijotaient toujours, prit Émile sur ses genoux, et elle demanda
à César mille choses sur son père, des choses intimes où l'on voyait, où il
sentait sans raisonner qu'elle avait aimé Hautot de tout son pauvre coeur de
femme.
Et, par l'enchaînement naturel de ses idées, peu nombreuses, il en revint à
l'accident et se remit à le raconter avec tous les mêmes détails.
Quand il dit : "Il avait un trou dans le ventre, on y aurait mis les deux
poings", elle poussa une sorte de cri, et les sanglots jaillirent de nouveau
de ses yeux. Alors, saisi par la contagion, César se mit aussi à pleurer, et
comme les larmes attendrissent toujours les fibres du coeur, il se pencha
vers Émile dont le front se trouvait à portée de sa bouche et l'embrassa.
La mère, reprenant haleine, murmurait :
- Pauvre gars, le voilà orphelin.
- Moi aussi, dit César.
Et ils ne parlèrent plus.
Mais soudain, l'instinct pratique de ménagère, habituée à songer à tout, se
réveilla chez la jeune femme.
- Vous n'avez peut-être rien pris de la matinée, monsieur César ?
- Non, mam'zelle.
- Oh ! vous devez avoir faim. Vous allez manger un morceau.
- Merci, dit-il, je n'ai pas faim, j'ai eu trop de tourment.
Elle répondit :
- Malgré la peine, faut bien vivre, vous ne me refuserez pas ça ! Et puis
vous resterez un peu plus. Quand vous serez parti, je ne sais pas ce que
je deviendrai.
Il céda, après quelque résistance encore, et s'asseyant dos au feu, en face
d'elle, il mangea une assiette de tripes qui crépitaient dans le fourneau
et but un verre de vin rouge. Mais il ne permit point qu'elle débouchât le vin
blanc.
Plusieurs fois il essuya la bouche du petit qui avait barbouillé de sauce
tout son menton.
Comme il se levait pour partir, il demanda :
- Quand est-ce voulez-vous que je revienne pour parler de l'affaire,
mam'zelle Donet ?
- Si ça ne vous faisait rien, jeudi prochain, monsieur César. Comme ça je ne
perdrais pas de temps. J'ai toujours mes jeudis libres.
- Ça me va, jeudi prochain.
- Vous viendrez déjeuner, n'est-ce pas ?
- Oh ! quant à ça, je ne peux pas le promettre.
- C'est qu'on cause mieux en mangeant. On a plus de temps aussi.
- Eh bien, soit. Midi alors.
Et il s'en alla après avoir encore embrassé le petit Émile, et serré la main
de Mlle Donet.
III
La semaine parut longue à César Hautot. Jamais il ne s'était trouvé seul, et
l'isolement lui semblait insupportable. Jusqu'alors, il vivait à côté
de son père, comme son ombre, le suivait aux champs, surveillait l'exécution de
ses ordres, et quand il l'avait quitté pendant quelque temps le retrouvait
au dîner. Ils passaient les soirs à fumer leurs pipes en face l'un de l'autre,
en causant chevaux, vaches ou moutons ; et la poignée de main qu'ils se
donnaient au réveil semblait l'échange d'une affection familiale et profonde.
Maintenant César était seul. Il errait par les labours d'automne,
s'attendant toujours à voir se dresser au bout d'une plaine la grande silhouette
gesticulante du père. Pour tuer les heures, il entrait chez les voisins,
racontait l'accident à tous ceux qui ne l'avaient pas entendu, le répétait
quelquefois
aux autres. Puis, à bout d'occupations et de pensées, il s'asseyait au bord
d'une route en se demandant si cette vie-là allait durer longtemps.
Souvent il songea à Mlle Donet. Elle lui avait plu. Il l'avait trouvée comme
il faut, douce et brave fille, comme avait dit le père. Oui, pour une
brave fille, c'était assurément une brave fille. Il était résolu à faire les
choses grandement et à lui donner deux mille francs de rente en assurant le
capital à l'enfant. Il éprouvait même un certain plaisir à penser qu'il allait
la revoir le jeudi suivant, et arranger cela avec elle. Et puis l'idée de
ce frère, de ce petit bonhomme de cinq ans, qui était le fils de son père, le
tracassait, l'ennuyait un peu et l'échauffait en même temps. C'était une
espèce de famille qu'il avait là dans ce mioche clandestin qui ne s'appellerait
jamais Hautot, une famille qu'il pouvait prendre ou laisser à sa guise,
mais qui lui rappelait le père.
Aussi quand il se vit sur la route de Rouen, le jeudi matin, emporté par le
trot sonore de Graindorge, il sentit son coeur plus léger, plus reposé
qu'il ne l'avait encore eu depuis son malheur.
En entrant dans l'appartement de Mlle Donet, il vit la table mise comme le
jeudi précédent, avec cette seule différence que la croûte du pain n'était
pas ôtée.
Il serra la main de la jeune femme, baisa Émile sur les joues et s'assit, un
peu comme chez lui, le coeur gros tout de même. Mlle Donet lui parut un
peu maigrie, un peu pâlie. Elle avait dû rudement pleurer. Elle avait maintenant
un air gêné devant lui comme si elle eût compris ce qu'elle n'avait pas
senti l'autre semaine sous le premier coup de son malheur, et elle le traitait
avec des égards excessifs, une humilité douloureuse, et des soins touchants
comme pour lui payer en attention et en dévouement les bontés qu'il avait pour
elle. Ils déjeunèrent longuement, en parlant de l'affaire qui l'amenait.
Elle ne voulait pas tant d'argent. C'était trop, beaucoup trop. Elle gagnait
assez pour vivre, elle, mais elle désirait seulement qu'Émile trouvât quelques
sous devant lui quand il serait grand. César tint bon, et ajouta même un cadeau
de mille francs pour elle, pour son deuil.
Comme il avait pris son café, elle demanda :
- Vous fumez ?
- Oui... J'ai ma pipe.
Il tâta sa poche. Nom d'un nom, il l'avait oubliée ! Il allait se désoler
quand elle lui offrit une pipe du père, enfermée dans une armoire. Il accepta,
la prit, la reconnut, la flaira, proclama sa qualité avec une émotion dans la
voix, l'emplit de tabac et l'alluma. Puis il mit Émile à cheval sur sa jambe
et le fit jouer au cavalier pendant qu'elle desservait la table et enfermait,
dans le bas du buffet, la vaisselle sale, pour la laver quand il serait sorti.
Vers trois heures, il se leva à regret, tout ennuyé à l'idée de partir.
- Eh bien ! mam'zelle Donet, dit-il, je vous souhaite le bonsoir et charmé
de vous avoir trouvée comme ça.
Elle restait devant lui, rouge, bien émue, et le regardait en songeant à
l'autre.
- Est-ce que nous ne nous reverrons plus ? dit-elle.
Il répondit simplement :
- Mais oui, mam'zelle, si ça vous fait plaisir.
- Certainement, monsieur César. Alors, jeudi prochain, ça vous irait-il ?
- Oui, mam'zelle Donet.
- Vous venez déjeuner, bien sûr ?
- Mais..., si vous voulez bien, je ne refuse pas.
- C'est entendu, monsieur César, jeudi prochain, midi, comme aujourd'hui.
- Jeudi midi, mam'zelle Donet !
5 janvier 1889
Fabuleusement
Vincent Hoefman
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Guy de Maupassant : Jadis. Texte publié dans Le Gaulois du 13 septembre 1880
sous une première forme, Conseil d'une grand-mère, puis sous une seconde forme,
Jadis, dans Gil Blas du 30 octobre 1883 sous la signature de Maufrigneuse.
Numérisation et mise en forme HTML (13 octobre 1998) :
Thierry Selva
--------------------------------------------------------------------------------
JADIS
Le château, de style ancien, est sur une colline boisée ; de grands arbres
l'entourent d'une verdure sombre, et le parc infini étend ses perspectives
tantôt sur des profondeurs de forêt, tantôt sur les pays environnants. A
quelques mètres de la façade se creuse un bassin de pierre où se baignent des
dames de marbre ; d'autres bassins étagés se succèdent jusqu'au pied du coteau,
et une source emprisonnée fait des cascades de l'un à l'autre. Du manoir,
qui fait des grâces comme une coquette surannée, jusqu'aux grottes incrustées de
coquillages, et où sommeillent des Amours d'un autre siècle, tout en ce
domaine antique a gardé la physionomie des vieux âges ; tout semble parler
encore des coutumes anciennes, des moeurs d'autrefois, des galanteries passées
et des élégances légères où s'exerçaient nos aïeules.
Dans un petit salon Louis XV, dont les murs sont couverts de bergers
marivaudant avec des bergères, de belles dames en panier et des messieurs
galants
et frisés, une toute vieille femme, qui semble morte aussitôt qu'elle ne remue
plus, est presque couchée dans un grand fauteuil et laisse pendre de chaque
côté ses mains osseuses de momie. Son regard voile se perd au loin par la
campagne comme pour suivre à travers le parc des visions de sa jeunesse. Un
souffle
d'air, parfois, arrive par la fenêtre ouverte, apporte des senteurs d'herbe et
des parfums de fleurs, il fait voltiger ses cheveux blancs autour de son
front ridé et des souvenirs vieux dans son coeur.
A ses côtés, sur un tabouret de velours, une jeune fille, aux longs cheveux
blonds tressés sur le dos, brode un ornement d'autel.
Elle a des yeux rêveurs, et, pendant que travaillent ses doigts agiles, on
voit qu'elle songe.
Mais l'aïeule a tourné la tête.
- Berthe, dit-elle, lis-moi donc un peu les gazettes, afin que je sache
encore quelquefois ce qui se passe en ce monde. La jeune fille prit un journal
et le parcourut du regard :
- Il y a beaucoup de politique, grand-mère, faut-il passer ?
- Oui, oui, mignonne. N'y a-t-il pas d'histoires d'amour ? La galanterie est
donc morte, en France, qu'on ne parle plus d'enlèvements, ni de combats
pour les dames, ni d'aventures comme autrefois !
La jeune fille chercha longtemps.
- Voilà, dit-elle, c'est intitulé : "Drame d'amour."
La vieille femme sourit dans ses rides.
- Lis-moi cela, dit-elle.
Et Berthe commença.
C'était une histoire de vitriol. Une dame, pour se venger de la maîtresse de
son mari, lui avait brûlé les deux yeux. Elle était sortie des assises
acquittée, innocentée, félicitée, aux applaudissements de la foule.
L'aïeule s'agitait sur son siège et répétait :
- C'est affreux, mais c'est affreux, cela ! Trouve-moi donc autre chose,
mignonne.
Berthe chercha, et plus loin toujours aux tribunaux, se mit à lire : "Sombre
drame." Une jeune fille de vertu trop mûre s'était laissée choir tout
à coup entre les bras d'un jeune homme, et, pour se venger de son amant dont le
coeur était volage et la rente insuffisante, lui avait tiré à bout portant
quatre coups de revolver.
Deux balles étaient demeurées dans la poitrine, une dans l'épaule, l'autre
dans la hanche. Le monsieur resterait estropié toute sa vie. La jeune fille
avait été acquittée aux applaudissements de la foule, et le journal maltraitait
fort ce séducteur de vierges faciles.
Cette fois la vieille grand-mère se révolta tout à fait, et, la voix
tremblante :
- Mais vous êtes donc fous aujourd'hui, vous êtes fous. Le bon Dieu vous a
donné l'amour, la seule séduction de la vie ; l'homme y a mêlé la galanterie,
la seule distraction de nos heures, et voilà que vous y mettez du vitriol et du
revolver, comme on mettrait de la boue dans un flacon de vin d'Espagne !
Berthe ne paraissait pas comprendre l'indignation de son aïeule.
- Mais, grand-mère, cette femme s'est vengée. Songe donc, elle était mariée,
et son mari la trompait.
La grand-mère eut un soubresaut.
- Quelles idées vous donne-t-on, à vous autres, jeunes filles d'aujourd'hui
?
Berthe répondit :
- Mais le mariage, c'est sacré, grand-mère.
L'aïeule tressaillit en son coeur de femme née encore au grand siècle
galant.
- C'est l'amour qui est sacré, dit-elle. Écoute, fillette, une vieille qui a
vécu trois générations et qui en sait long, bien long sur les hommes et
sur les femmes. Le mariage et l'amour n'ont rien à voir ensemble. On se marie
pour fonder une famille, et on forme une famille pour constituer la société.
La société ne peut pas se passer du mariage. Si la société est une chaîne,
chaque famille en est un anneau.
Pour souder ces anneaux-là, on cherche toujours les métaux pareils. Quand on
se marie, il faut unir les convenances, combiner les fortunes, joindre
les races semblables, travailler pour l'intérêt commun qui est la richesse et
les enfants. On ne se marie qu'une fois, fillette, et parce que le monde
l'exige ; mais on peut aimer vingt fois dans sa vie, parce que la nature nous a
faits ainsi. Le mariage ! c'est une loi, vois-tu, et l'amour, c'est un
instinct qui nous pousse tantôt à droite, tantôt à gauche. On a fait des lois
qui combattent nos instincts, il le fallait ; mais les instincts toujours
sont les plus forts, et on a tort de leur résister, puisqu'ils viennent de Dieu,
tandis que les lois ne viennent que des hommes.
Si on ne poudrait pas la vie avec de l'amour, le plus d'amour possible,
mignonne, comme on met du sucre dans les drogues pour les enfants, personne
ne voudrait la prendre telle qu'elle est.
Berthe, effarée, ouvrait ses grands yeux ; elle murmura :
- Oh ! grand-mère, grand-mère, on ne peut aimer qu'une fois !
L'aïeule leva vers le ciel ses mains tremblantes comme pour invoquer encore
le dieu défunt des galanteries.
Elle s'écria, indignée :
- Vous êtes devenus une race de vilains, une race du commun.
Depuis la Révolution, le monde n'est plus reconnaissable. Vous avez mis de
grands mots partout ; vous croyez à l'égalité et à la passion éternelle.
Des gens ont fait des vers pour vous dire qu'on mourait d'amour. De mon temps on
faisait des vers pour nous apprendre à aimer beaucoup. Quand un gentilhomme
nous plaisait, fillette, on lui envoyait un page. Et quand il nous venait au
coeur un nouveau caprice, on congédiait son dernier amant, à moins qu'on ne
les gardât tous les deux.
La jeune fille, toute pâle, balbutia :
- Alors les femmes n'avaient pas d'honneur ?
La vieille bondit :
- Pas d'honneur ! parce qu'on aimait, qu'on osait le dire et même s'en
vanter ? Mais, fillette, si une de nous, parmi les plus grandes dames de France,
était demeurée sans amant, toute la cour en aurait ri. Et vous vous imaginez que
vos maris n'aimeront que vous toute leur vie ? Comme si ça se pouvait,
vraiment !
Je te dis, moi, que le mariage est une chose nécessaire pour que la société
vive, mais qu'il n'est pas dans la nature de notre race, entends-tu bien ?
Il n'y a dans la vie qu'une bonne chose, c'est l'amour, et on veut nous en
priver. On vous dit maintenant : "Il ne faut aimer qu'un homme", comme si on
voulait me forcer à ne manger toute ma vie que du dindon. Et cet homme-là aura
autant de maîtresses qu'il y a de mois dans l'année !
Il suivra ses instincts galants, qui le poussent vers toutes les femmes,
comme les papillons vont à toutes les fleurs ; et alors, moi, je sortirai
par les rues, avec du vitriol dans une bouteille, et j'aveuglerai les pauvres
filles qui auront obéi à la volonté de leur instinct ! Ce n'est pas sur lui
que je me vengerai, mais sur elles ! Je ferai un monstre. Je ferai un monstre
d'une créature que le bon Dieu a faite pour plaire, pour aimer et pour être
aimée !
Et votre société d'aujourd'hui, votre société de manants, de bourgeois, de
valets parvenus m'applaudira et m'acquittera. Je te dis que c'est infâme,
que vous ne comprenez pas l'amour ; et je suis contente de mourir plutôt que de
voir un monde sans galanteries et des femmes qui ne savent plus aimer.
Vous prenez tout au sérieux à présent ; la vengeance des drôlesses qui tuent
leurs amants fait verser des larmes de pitié aux douze bourgeois réunis
pour sonder les coeurs des criminels. Et voilà votre sagesse, votre raison ? Les
femmes tirent sur les hommes et se plaignent qu'ils ne sont plus galants !
La jeune fille prit en ses mains tremblantes les mains ridées de la vieille
:
- Tais-toi, grand-mère, je t'en supplie. Et à genoux, les larmes aux yeux,
elle demandait au ciel une grande passion, une seule passion éternelle,
selon le rêve nouveau des poètes romantiques, tandis que l'aïeule la baisant au
front, toute pénétrée encore de cette charmante et saine raison dont les
philosophes galants emplirent le dix-huitième siècle, murmura :
- Prends garde, pauvre mignonne, si tu crois à des folies pareilles, tu
seras bien malheureuse.
13 septembre 1880
Vincent Hoefman
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supprimées]
Bonsoir Vincent. Ce texte est plein de rebondissements et de suspense qui m'a
fait le lire jusqu'au bout. Merci beaucoup.
Amitiés.
Vanessa.
----- Original Message -----
From: hoefman vincent
To: onirium@...
Sent: Thursday, April 16, 2009 11:44 AM
Subject: [onirium] Lottin de Laval : les ruines de Palmyre
Les Ruines de Palmyre
par
Lottin de Laval
~*~
I.
Une vingtaine de cavaliers splendidement vêtus, richement armés, montés comme
des émirs, traversaient un jour le Barraï-al-Scham ou désert de Syrie ; les
longues plaines arides étaient colorées par un soleil si ardent qu'elles
semblaient refléter un immense incendie ; les chevaux allaient d'une allure
rapide
dans la direction de l'occident pour échapper à l'atmosphère accablante de ces
plaines qui semblaient interminables, et les cavaliers, jetant de sombres
regards autour d'eux, paraissaient désirer vivement d'entendre quelque bruit
s'élever au milieu de cette vaste et profonde solitude.
Enfin ils virent se dessiner à l'horizon une chaîne de montagnes violacées ;
sur la couleur foncée de ces montagnes se détachaient en relief les parasols
brûlés de quelques palmiers, des attiques élégants, de longues files de
colonnades en marbre blanc et de nombreuses et imposantes ruines de la plus
admirable
architecture de Corinthe. Il y a là une honte éternelle attachée au nom des
races conquérantes : ce sont les ruines de Palmyre !
Les cavaliers disparurent derrière les vastes édifices, et bientôt ils
arrivèrent à une espèce de campement où les attendaient leurs esclaves et leurs
chameliers. Alors le chef sauta d'un bond à bas de son cheval, demanda d'une
voix dure son tchibouk, et s'assit sur une natte à l'ombre d'une colonnade.
« Avant de songer aux douceurs du repos, reprit le chef en examinant ses
cavaliers, il faut voir si vos armes sont en bon état ; vérifiez vos pistolets
et vos carabines ; car si, à la faveur de la nuit, l'infâme hékim voulait
fuir, songez tous que je veux le voir mort !... et sa complice. Oh ! ils
mourront
sans espoir de vengeance, car le désert est comme l'Océan, il ne garde aucune
trace du sang répandu. Les chacals et le semoûn viendront à notre aide !
»
Après ces paroles il congédia ses cavaliers et s'endormit. Cet homme était le
chef de la milice turque du pacha d'Alep ; c'était un misérable Osmanli souillé
de vices, ne reculant jamais en face d'un crime, et profitant sans cesse de sa
position pour jeter dans le deuil les familles arabes ou syriennes qui avaient
le malheur de se trouver sur son passage.
Un jour une nombreuse caravane venue des hautes régions de l'Euphrate entrait
dans Alep à l'heure où Joussouf inspectait sa milice ; le bruit étourdissant
de ces soldats grossiers effraya un cheval ardent que montait une femme voilée
; elle tomba, et dans sa chute son voile s'étant soulevé livra aux regards
avides de Joussouf la perle de tout l'Orient. Ce misérable mit tout en oeuvre
pour posséder cette admirable créature ; il offrit une somme considérable,
mais née dans une condition libre elle n'était pas à vendre. Il voulut
l'épouser, mais elle était fiancée ; que faire alors ? Son pouvoir était grand ;
il laissa s'éloigner la caravane, et, la rejoignant à deux journées d'Alep,
avec une horde armée, il l'attaqua, la mit en fuite, et enleva Mazzili.
Elle demeura sept mois dans son harem, l'infortunée ! Tout ce qu'une femme
peut endurer de plus horrible, elle l'endura. Après quarante jours de tortures
infinies, Mazzili s'aperçut qu'elle était mère, et pour échapper aux
persécutions odieuses de Joussouf, autant que pour apaiser les angoisses de son
fiancé
Abd-el-Kébir, elle résolut de se laisser mourir.
Elle était si belle que Joussouf la voulait conserver au prix de tous ses
trésors. Il appela les plus célèbres hékims (docteurs) du pachalick ; la maladie
de Mazzili résistait toujours à leur science. Enfin, un très jeune médecin
arménien s'offrit pour la guérir ; cette offre combla de joie le coeur du
farouche
janissaire. Le hékim tint sa promesse ; Mazzili se ranima par degrés, comme
une fleur à demi fanée sur laquelle on jette de l'eau goutte à goutte ; mais
à mesure que la jeune fille redevenait belle, le visage du hékim au contraire
s'assombrissait, ses yeux se creusait, on eût dit qu'il s'était inoculé les
douleurs de Mazzili ! Joussouf heureux, enivré, rêvait les délices des cieux ;
il vantait partout son savant hékim qu'il comblait de présents ; il se disposait
à partir pour son palais d'été situé sur les bords du lac Arlésie ; quand, un
matin, il s'aperçut de la fuite de Mazzili et du médecin. Qu'on juge de sa
fureur.
Le hékim, c'était Abd-el-Kébir.
II.
Ecoutez ! voilà des cavaliers qui viennent ! Le sable du chemin crie sous le
sabot des cavales de l'Yémen ; si la nuit n'étendait pas sur le ciel son vaste
et sombre manteau, l'on pourrait voir dans la plaine les vêtements flottants
des Arabes et le voile soyeux de Mazzili. Prenez garde, pauvres fiancés ;
la vengeance, semblable au reptile, vous attend dans l'ombre pour vous frapper
plus sûrement.
Abd-el-Kébir et Mazzili, suivis de quelques esclaves, s'avançaient alors,
l'âme pleine de joie, vers les ruines de Tadmor (1), cette reine du désert. Le
jeune Arabe avait su par des chameliers la route qu'avait prise le janissaire.
Il le croyait vers les confins du territoire d'Emèse, dans le comté de Tripoli,
et, joyeux, il arrivait enfin vers le désert, vers le beau fleuve d'Euphrate,
sur les bords duquel il avait ouvert les yeux à la lumière.
Les voyageurs cheminaient silencieusement ; Abd-el-Kébir ouvrait la marche ;
il se penchait souvent vers Mazzili, afin de l'encourager à supporter les
dernières fatigues ; alors, en voyant cet homme si empressé après l'opprobre
dont on l'avait couverte et dont elle portait un fruit dans ses flancs, elle
souriait tristement en lui abandonnant sa main, mais au fond du coeur elle
était désolée.
Ils arrivaient dans une vallée assez profonde dont les versants sont couverts
de grandes tours carrées. Ce sont les sépulcres de Palmyriens. L'Arabe,
reconnaissant
ces lieux qu'il avait autrefois visités, s'approcha de la jeune fille et lui
dit avec un accent profond :
« Demain, Mazzili, si tu peux continuer à souffrir l'allure du cheval, demain
nous verrons l'Euphrate ; et maintenant nous pouvons respirer librement comme
le cheik au désert. Voici les ruines de la majestueuse Tadmor.
- Béni soit Allah ! repartit la jeune fille, car la souffrance épuise mon
reste de forces.
- Et malheur à Joussouf d'Istamboul : » dit Abd-el-Kébir d'une voix sombre.
Ils allaient vers les ruines avec assurance, lorsqu'un bruit étrange arriva
tout à coup jusqu'à eux, et vint remplir leur âme de terreur. L'oeil étincelant
de l'Arabe plongea dans les vastes profondeurs de la cité détruite, et il vit
une faible lueur rougeâtre au pied d'une colonne qu'entouraient quelques
Osmanlis. Il s'avance seul ; il écoute, et, avec cette finesse de perception
de la race arabe habituée au désert, il reconnaît Joussouf et ses miliciens
!
Désespéré il revient vers Mazzili, qu'il trouve à terre se roulant dans
d'horribles convulsions ; elle mordait son voile pour étouffer ses cris. La
malheureuse,
brisée par la fatigue, sentait les premières tortures de l'enfantement !
« Ah ! c'est vouloir la mort de ton serviteur, Allah ! murmure l'infortuné
Kébir ; mon coeur était assez tourmenté sans le déchirer encore ! Comment
échapper
au péril qui nous entoure ? Si la nuit se passe sans malheur, demain, au lever
du soleil, le féroce Joussouf nous égorgera comme des gazelles !... Ah !
n'importe, il n'aura pas Mazzili vivante ! »
Ayant placé la jeune fille sur une natte, il la transporta avec un de ses
esclaves à quelque distance, sous le portique d'un petit temple édifié dans une
des parties basses de Palmyre. Placée sous le vent, dans une direction opposée
aux Osmanlis, ses gémissements étouffés n'étaient pas entendus ; mais c'étaient
des tourments inouïs, d'intolérables souffrances ! Abd-el-Kébir, la tête
baissée, était là, impuissant à soulager cette femme qu'il adorait, redoutant
que ces gémissements, si courageusement étouffés par Mazzili et si faibles
qu'ils fussent, ne donnassent l'éveil à Joussouf.
Tout à coup la cavale de la jeune femme, excitée sans doute par les chevaux de
l'Osmanli, commence à hennir ; l'Arabe, de plus en plus effrayé, s'élance
vers elle ; il essaie de l'apaiser, flatte ses naseaux ; mais à peine
s'éloigne-t-il pour retourner vers Mazzili, que la cavale fait entendre de
nouveau
un hennissement prolongé. Furieux, sans calculer que cette cavale lui est
indispensable, Abd-el-Kébir saisit son poignard et la jette sur la poussière.
Il revient vers la jeune femme qu'il trouve dans une affreuse angoisse. Sa
bouche est souillée d'écume, son voile est en lambeaux ; il s'assied près
d'elle,
l'entoure de ses bras, l'exhorte au courage ; mais ses douleurs sont
insupportables ; elle étouffe ; elle se meurt !...
« Eh bien ! Mazzili, s'écrie-t-il d'une voix sourde, donne un libre essor à
tes plaintes. Je vendrai chèrement ta vie et la mienne. Esclaves, préparez-vous
à combattre les Osmanlis ! »
Mais la noble femme comprend trop le dévouement de son amant ; la protection
admirable de Kébir relève son énergie défaillante ; elle se roîdit contre
les douleurs et met enfin au jour une pauvre créature toute souffreteuse.
Mazzili est enfin délivrée ; son grand oeil noir, baigné de pleurs, s'arrête
sur Abd-el-Kébir qu'elle remercie, qu'elle bénit ! Ah ! elle est admirablement
belle, cette noble Arménienne ! Mais d'autres craintes ne tardent pas à
renaître plus vives, plus poignantes ! Voici les premières lueurs du crépuscule
qui apparaissent et l'enfant commence à pousser des vagissements prolongés ;
rien ne peut le calmer, ni l'agitation, ni le sein de la mère ; il crie, il
crie sans cesse ! C'et que la vie est un passage plein de douleurs ; elles
commencent dès qu'on en touche le seuil et ne finissent qu'à l'heure à laquelle
l'âme abandonne le corps.
Abd-el-Kébir, prévoyant que cet enfant peut lui devenir fatal, prend une
résolution extrême. Il s'approche de la pauvre créature, la prend, et, la
confiant
à un de ses esclaves, il revient demander à Mazzili si elle est assez forte
pour continuer la route durant quelques heures.
« Oui, Kébir, puisqu'il s'agit de notre vie à tous. »
Une longue natte soutenue sur des lances est aussitôt placée sur deux chevaux
et l'Arménienne est posée dessus ; les chevaux iront au pas et elle n'aura
aucune secousse. Mais l'enfant ?
« L'enfant est mort, dit l'esclave ; il était si débile ! »
Mazzili l'avait porté dans ses flancs, mais non avec un amour de mère. C'était
le fruit d'un attentat ; aussi, sans s'abandonner à une trop vive douleur,
elle partit.
« Dirigez-vous vers l'orient, dit Abd-el-Kébir à ses esclaves, toujours vers
le fleuve ; et toi, ma bien-aimée Mazzili, couvre ton corps de ce vaste feredgé
et ta tête de ce beau yachmak (le voile). Je ne tarderai guère à te rejoindre
; sois sans crainte. »
La faible caravane s'éloigna ; l'Arabe, appuyé contre une colonne, la suivait
avec un regard plein de sollicitude ; sa physionomie remarquable annonçait
une inquiétude extrême ; il souffrait cruellement. Enfin son front s'éclaircit
quand il la vit disparaître derrière une des hautes ondulations de sable
que les vents forment dans le désert, et il revint d'un pas rapide s'asseoir
vers son beau coursier qui le regardait d'un oeil intelligent.
« Repose-toi vite, El-Moddhi, lui dit-il en le caressant ; bientôt il te
faudra faire preuve de ta supériorité. »
Et il attendit encore deux longues heures. Puis, prenant le cadavre de
l'enfant resté sur le sable, il s'élança sur son cheval et se dirigea vers le
campement
de Joussouf. Le soleil était déjà haut à l'horizon, le désert était d'un calme
effrayant et les Osmanlis, gravement assis, fumaient en prenant le café.
Tout à coup Abd-el-Kébir apparaît devant eux ; il jette le cadavre aux pieds
de Joussouf, et, relevant le capuce de son bernous, il s'écrie d'une voix
retentissante :
« En ma qualité de hékim j'ai dû venir te remettre ton fils, infâme Osmanli !
Le voici, en attendant une vengeance ! »
Puis il disparaît au petit trot de son superbe El-Moddhi. Joussouf, furieux,
s'élance vers ses chevaux, monte le plus rapide et se met à la poursuite de
l'Arabe qui foule déjà le sable du désert. Les Osmanlis suivent leur maître,
mais, dans sa rage, il éperonne si ardemment sa cavale, qu'il laisse bien
loin en arrière ses compagnons. Tout à coup la course d'El-Moddhi se ralentit
; Joussouf se flatte d'atteindre bientôt le hékim, et tous deux s'enfoncent
de plus en plus dans le désert. Après une lutte assez longue l'Arabe presse de
nouveau son coursier, qui vole comme un trait ; Joussouf ensanglante les
flancs de sa cavale, lorsque, arrivés sur une éminence, ils aperçoivent, non
loin d'eux, Mazzili sur sa litière ; Abd-el-Kébir fait alors volte-face et,
s'élançant vers Joussouf, il lui dit avec un sourire cruel :
« Imprudent, qui oublies si vite la vengeance que je t'ai promise ! »
Et d'un bras vigoureux il le frappe à la tête avec son cimeterre. Joussouf
chancelle et tombe. Aussitôt Kébir se jette à terre, coupe une des sangles de
la selle, attache Joussouf, vivant encore, à la queue de sa cavale, et,
laissant pendre à ses crins quelques branches épineuses de rhamnus, il la lance
dans la direction de Palmyre avec une étonnante vigueur.
« Tu ne déshonoreras plus les familles, odieux Osmanli, » s'écrie-t-il d'une
voix terrible.
Et désormais exempt de crainte et vengé, il se dirige joyeux, avec sa belle et
noble compagne, vers les rives fortunées de l'Euphrate.
LOTTIN DE LAVAL
(1) Palmyre.
Vincent Hoefman
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Les Ruines de Palmyre
par
Lottin de Laval
~*~
I.
Une vingtaine de cavaliers splendidement vêtus, richement armés, montés comme
des émirs, traversaient un jour le Barraï-al-Scham ou désert de Syrie ; les
longues plaines arides étaient colorées par un soleil si ardent qu'elles
semblaient refléter un immense incendie ; les chevaux allaient d'une allure
rapide
dans la direction de l'occident pour échapper à l'atmosphère accablante de ces
plaines qui semblaient interminables, et les cavaliers, jetant de sombres
regards autour d'eux, paraissaient désirer vivement d'entendre quelque bruit
s'élever au milieu de cette vaste et profonde solitude.
Enfin ils virent se dessiner à l'horizon une chaîne de montagnes violacées ; sur
la couleur foncée de ces montagnes se détachaient en relief les parasols
brûlés de quelques palmiers, des attiques élégants, de longues files de
colonnades en marbre blanc et de nombreuses et imposantes ruines de la plus
admirable
architecture de Corinthe. Il y a là une honte éternelle attachée au nom des
races conquérantes : ce sont les ruines de Palmyre !
Les cavaliers disparurent derrière les vastes édifices, et bientôt ils
arrivèrent à une espèce de campement où les attendaient leurs esclaves et leurs
chameliers. Alors le chef sauta d'un bond à bas de son cheval, demanda d'une
voix dure son tchibouk, et s'assit sur une natte à l'ombre d'une colonnade.
« Avant de songer aux douceurs du repos, reprit le chef en examinant ses
cavaliers, il faut voir si vos armes sont en bon état ; vérifiez vos pistolets
et vos carabines ; car si, à la faveur de la nuit, l'infâme hékim voulait fuir,
songez tous que je veux le voir mort !... et sa complice. Oh ! ils mourront
sans espoir de vengeance, car le désert est comme l'Océan, il ne garde aucune
trace du sang répandu. Les chacals et le semoûn viendront à notre aide !
»
Après ces paroles il congédia ses cavaliers et s'endormit. Cet homme était le
chef de la milice turque du pacha d'Alep ; c'était un misérable Osmanli souillé
de vices, ne reculant jamais en face d'un crime, et profitant sans cesse de sa
position pour jeter dans le deuil les familles arabes ou syriennes qui avaient
le malheur de se trouver sur son passage.
Un jour une nombreuse caravane venue des hautes régions de l'Euphrate entrait
dans Alep à l'heure où Joussouf inspectait sa milice ; le bruit étourdissant
de ces soldats grossiers effraya un cheval ardent que montait une femme voilée ;
elle tomba, et dans sa chute son voile s'étant soulevé livra aux regards
avides de Joussouf la perle de tout l'Orient. Ce misérable mit tout en oeuvre
pour posséder cette admirable créature ; il offrit une somme considérable,
mais née dans une condition libre elle n'était pas à vendre. Il voulut
l'épouser, mais elle était fiancée ; que faire alors ? Son pouvoir était grand ;
il laissa s'éloigner la caravane, et, la rejoignant à deux journées d'Alep, avec
une horde armée, il l'attaqua, la mit en fuite, et enleva Mazzili.
Elle demeura sept mois dans son harem, l'infortunée ! Tout ce qu'une femme peut
endurer de plus horrible, elle l'endura. Après quarante jours de tortures
infinies, Mazzili s'aperçut qu'elle était mère, et pour échapper aux
persécutions odieuses de Joussouf, autant que pour apaiser les angoisses de son
fiancé
Abd-el-Kébir, elle résolut de se laisser mourir.
Elle était si belle que Joussouf la voulait conserver au prix de tous ses
trésors. Il appela les plus célèbres hékims (docteurs) du pachalick ; la maladie
de Mazzili résistait toujours à leur science. Enfin, un très jeune médecin
arménien s'offrit pour la guérir ; cette offre combla de joie le coeur du
farouche
janissaire. Le hékim tint sa promesse ; Mazzili se ranima par degrés, comme une
fleur à demi fanée sur laquelle on jette de l'eau goutte à goutte ; mais
à mesure que la jeune fille redevenait belle, le visage du hékim au contraire
s'assombrissait, ses yeux se creusait, on eût dit qu'il s'était inoculé les
douleurs de Mazzili ! Joussouf heureux, enivré, rêvait les délices des cieux ;
il vantait partout son savant hékim qu'il comblait de présents ; il se disposait
à partir pour son palais d'été situé sur les bords du lac Arlésie ; quand, un
matin, il s'aperçut de la fuite de Mazzili et du médecin. Qu'on juge de sa
fureur.
Le hékim, c'était Abd-el-Kébir.
II.
Ecoutez ! voilà des cavaliers qui viennent ! Le sable du chemin crie sous le
sabot des cavales de l'Yémen ; si la nuit n'étendait pas sur le ciel son vaste
et sombre manteau, l'on pourrait voir dans la plaine les vêtements flottants des
Arabes et le voile soyeux de Mazzili. Prenez garde, pauvres fiancés ;
la vengeance, semblable au reptile, vous attend dans l'ombre pour vous frapper
plus sûrement.
Abd-el-Kébir et Mazzili, suivis de quelques esclaves, s'avançaient alors, l'âme
pleine de joie, vers les ruines de Tadmor (1), cette reine du désert. Le
jeune Arabe avait su par des chameliers la route qu'avait prise le janissaire.
Il le croyait vers les confins du territoire d'Emèse, dans le comté de Tripoli,
et, joyeux, il arrivait enfin vers le désert, vers le beau fleuve d'Euphrate,
sur les bords duquel il avait ouvert les yeux à la lumière.
Les voyageurs cheminaient silencieusement ; Abd-el-Kébir ouvrait la marche ; il
se penchait souvent vers Mazzili, afin de l'encourager à supporter les
dernières fatigues ; alors, en voyant cet homme si empressé après l'opprobre
dont on l'avait couverte et dont elle portait un fruit dans ses flancs, elle
souriait tristement en lui abandonnant sa main, mais au fond du coeur elle était
désolée.
Ils arrivaient dans une vallée assez profonde dont les versants sont couverts de
grandes tours carrées. Ce sont les sépulcres de Palmyriens. L'Arabe,
reconnaissant
ces lieux qu'il avait autrefois visités, s'approcha de la jeune fille et lui dit
avec un accent profond :
« Demain, Mazzili, si tu peux continuer à souffrir l'allure du cheval, demain
nous verrons l'Euphrate ; et maintenant nous pouvons respirer librement comme
le cheik au désert. Voici les ruines de la majestueuse Tadmor.
- Béni soit Allah ! repartit la jeune fille, car la souffrance épuise mon reste
de forces.
- Et malheur à Joussouf d'Istamboul : » dit Abd-el-Kébir d'une voix sombre.
Ils allaient vers les ruines avec assurance, lorsqu'un bruit étrange arriva tout
à coup jusqu'à eux, et vint remplir leur âme de terreur. L'oeil étincelant
de l'Arabe plongea dans les vastes profondeurs de la cité détruite, et il vit
une faible lueur rougeâtre au pied d'une colonne qu'entouraient quelques
Osmanlis. Il s'avance seul ; il écoute, et, avec cette finesse de perception de
la race arabe habituée au désert, il reconnaît Joussouf et ses miliciens
!
Désespéré il revient vers Mazzili, qu'il trouve à terre se roulant dans
d'horribles convulsions ; elle mordait son voile pour étouffer ses cris. La
malheureuse,
brisée par la fatigue, sentait les premières tortures de l'enfantement !
« Ah ! c'est vouloir la mort de ton serviteur, Allah ! murmure l'infortuné Kébir
; mon coeur était assez tourmenté sans le déchirer encore ! Comment échapper
au péril qui nous entoure ? Si la nuit se passe sans malheur, demain, au lever
du soleil, le féroce Joussouf nous égorgera comme des gazelles !... Ah !
n'importe, il n'aura pas Mazzili vivante ! »
Ayant placé la jeune fille sur une natte, il la transporta avec un de ses
esclaves à quelque distance, sous le portique d'un petit temple édifié dans une
des parties basses de Palmyre. Placée sous le vent, dans une direction opposée
aux Osmanlis, ses gémissements étouffés n'étaient pas entendus ; mais c'étaient
des tourments inouïs, d'intolérables souffrances ! Abd-el-Kébir, la tête
baissée, était là, impuissant à soulager cette femme qu'il adorait, redoutant
que ces gémissements, si courageusement étouffés par Mazzili et si faibles
qu'ils fussent, ne donnassent l'éveil à Joussouf.
Tout à coup la cavale de la jeune femme, excitée sans doute par les chevaux de
l'Osmanli, commence à hennir ; l'Arabe, de plus en plus effrayé, s'élance
vers elle ; il essaie de l'apaiser, flatte ses naseaux ; mais à peine
s'éloigne-t-il pour retourner vers Mazzili, que la cavale fait entendre de
nouveau
un hennissement prolongé. Furieux, sans calculer que cette cavale lui est
indispensable, Abd-el-Kébir saisit son poignard et la jette sur la poussière.
Il revient vers la jeune femme qu'il trouve dans une affreuse angoisse. Sa
bouche est souillée d'écume, son voile est en lambeaux ; il s'assied près
d'elle,
l'entoure de ses bras, l'exhorte au courage ; mais ses douleurs sont
insupportables ; elle étouffe ; elle se meurt !...
« Eh bien ! Mazzili, s'écrie-t-il d'une voix sourde, donne un libre essor à tes
plaintes. Je vendrai chèrement ta vie et la mienne. Esclaves, préparez-vous
à combattre les Osmanlis ! »
Mais la noble femme comprend trop le dévouement de son amant ; la protection
admirable de Kébir relève son énergie défaillante ; elle se roîdit contre
les douleurs et met enfin au jour une pauvre créature toute souffreteuse.
Mazzili est enfin délivrée ; son grand oeil noir, baigné de pleurs, s'arrête sur
Abd-el-Kébir qu'elle remercie, qu'elle bénit ! Ah ! elle est admirablement
belle, cette noble Arménienne ! Mais d'autres craintes ne tardent pas à renaître
plus vives, plus poignantes ! Voici les premières lueurs du crépuscule
qui apparaissent et l'enfant commence à pousser des vagissements prolongés ;
rien ne peut le calmer, ni l'agitation, ni le sein de la mère ; il crie, il
crie sans cesse ! C'et que la vie est un passage plein de douleurs ; elles
commencent dès qu'on en touche le seuil et ne finissent qu'à l'heure à laquelle
l'âme abandonne le corps.
Abd-el-Kébir, prévoyant que cet enfant peut lui devenir fatal, prend une
résolution extrême. Il s'approche de la pauvre créature, la prend, et, la
confiant
à un de ses esclaves, il revient demander à Mazzili si elle est assez forte pour
continuer la route durant quelques heures.
« Oui, Kébir, puisqu'il s'agit de notre vie à tous. »
Une longue natte soutenue sur des lances est aussitôt placée sur deux chevaux et
l'Arménienne est posée dessus ; les chevaux iront au pas et elle n'aura
aucune secousse. Mais l'enfant ?
« L'enfant est mort, dit l'esclave ; il était si débile ! »
Mazzili l'avait porté dans ses flancs, mais non avec un amour de mère. C'était
le fruit d'un attentat ; aussi, sans s'abandonner à une trop vive douleur,
elle partit.
« Dirigez-vous vers l'orient, dit Abd-el-Kébir à ses esclaves, toujours vers le
fleuve ; et toi, ma bien-aimée Mazzili, couvre ton corps de ce vaste feredgé
et ta tête de ce beau yachmak (le voile). Je ne tarderai guère à te rejoindre ;
sois sans crainte. »
La faible caravane s'éloigna ; l'Arabe, appuyé contre une colonne, la suivait
avec un regard plein de sollicitude ; sa physionomie remarquable annonçait
une inquiétude extrême ; il souffrait cruellement. Enfin son front s'éclaircit
quand il la vit disparaître derrière une des hautes ondulations de sable
que les vents forment dans le désert, et il revint d'un pas rapide s'asseoir
vers son beau coursier qui le regardait d'un oeil intelligent.
« Repose-toi vite, El-Moddhi, lui dit-il en le caressant ; bientôt il te faudra
faire preuve de ta supériorité. »
Et il attendit encore deux longues heures. Puis, prenant le cadavre de l'enfant
resté sur le sable, il s'élança sur son cheval et se dirigea vers le campement
de Joussouf. Le soleil était déjà haut à l'horizon, le désert était d'un calme
effrayant et les Osmanlis, gravement assis, fumaient en prenant le café.
Tout à coup Abd-el-Kébir apparaît devant eux ; il jette le cadavre aux pieds de
Joussouf, et, relevant le capuce de son bernous, il s'écrie d'une voix
retentissante :
« En ma qualité de hékim j'ai dû venir te remettre ton fils, infâme Osmanli ! Le
voici, en attendant une vengeance ! »
Puis il disparaît au petit trot de son superbe El-Moddhi. Joussouf, furieux,
s'élance vers ses chevaux, monte le plus rapide et se met à la poursuite de
l'Arabe qui foule déjà le sable du désert. Les Osmanlis suivent leur maître,
mais, dans sa rage, il éperonne si ardemment sa cavale, qu'il laisse bien
loin en arrière ses compagnons. Tout à coup la course d'El-Moddhi se ralentit ;
Joussouf se flatte d'atteindre bientôt le hékim, et tous deux s'enfoncent
de plus en plus dans le désert. Après une lutte assez longue l'Arabe presse de
nouveau son coursier, qui vole comme un trait ; Joussouf ensanglante les
flancs de sa cavale, lorsque, arrivés sur une éminence, ils aperçoivent, non
loin d'eux, Mazzili sur sa litière ; Abd-el-Kébir fait alors volte-face et,
s'élançant vers Joussouf, il lui dit avec un sourire cruel :
« Imprudent, qui oublies si vite la vengeance que je t'ai promise ! »
Et d'un bras vigoureux il le frappe à la tête avec son cimeterre. Joussouf
chancelle et tombe. Aussitôt Kébir se jette à terre, coupe une des sangles de
la selle, attache Joussouf, vivant encore, à la queue de sa cavale, et, laissant
pendre à ses crins quelques branches épineuses de rhamnus, il la lance
dans la direction de Palmyre avec une étonnante vigueur.
« Tu ne déshonoreras plus les familles, odieux Osmanli, » s'écrie-t-il d'une
voix terrible.
Et désormais exempt de crainte et vengé, il se dirige joyeux, avec sa belle et
noble compagne, vers les rives fortunées de l'Euphrate.
LOTTIN DE LAVAL
(1) Palmyre.
Vincent Hoefman
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Yolande
par
Louise Colet-Révoil
~*~
Il est des femmes qui pensent tard, la pensée n'est éveillée en elles que par le
sentiment ; elles ne manquent pas d'esprit, mais leur esprit vient du coeur
; avant d'avoir aimé elles n'ont que des idées vagues, leurs désirs sont sans
volonté ; l'amour, la passion peut seule leur faire comprendre qu'elles ont
un libre arbitre.
Telle était Yolande de Rocmartine, une des plus nobles jeunes filles de la
Provence, cette vieille terre de la grande aristocratie. La mère d'Yolande avait
émigré ; rentrée en France, veuve et presque sans fortune, elle racheta à
grand'peine le vieux château de ses ancêtres qui dominait un village dont les
habitants, autrefois ses vassaux, étaient devenus, par la confiscation et la
vente de ses biens, ses co-propriétaires. Le malheur avait rendu la marquise
de Rocmartine plus fière et plus hautaine ; ses prétentions nobiliaires,
renforcées par une dévotion rigoriste, la faisaient invulnérable à toute idée
nouvelle ; elle se croyait encore femme d'un président au parlement et reine de
la capitale du comté.
Elle avait deux enfants, un fils, héritier de tous les titres de sa haute
maison, médiocre intelligence, qu'elle faisait élever dans un séminaire, et
Yolande,
plus âgée que son frère, confiée depuis son enfance aux Ursulines de la ville
d'Aix. Yolande ne voyait sa mère qu'une ou deux fois par an ; elle avait
involontairement pour elle plus de respect que d'amour, de ce respect de crainte
qui glace l'âme prête à s'épancher, et non de ce respect de vénération
qui nous attire comme un refuge. A dix-huit ans elle sortit du couvent ; son âme
sommeillait encore, rien n'aurait pu lui donner l'éveil dans ce cloître
aux règles sévères. On avait appris à Yolande assez passablement la grammaire
française, un peu de musique et les ouvrages d'aiguille ; en histoire elle
connaissait des abrégés arides, renfermant des dates, des noms et peu de faits ;
pour toute littérature le poème sur la Religion de Louis Racine. Ce qu'Yolande
avait reçu de la nature valait mieux que ce qu'on lui avait enseigné ; elle
avait une de ces voix belles et rares dont les vibrations étendues et touchantes
faisaient naître l'émotion ; lorsqu'elle chantait pieusement un de ces cantiques
où l'amour divin s'exprime parfois en langage profane, elle trouvait des
élans de tendresse ineffable vers Dieu, où se trahissait la sensibilité d'une
âme qui s'ignorait encore. A dix-huit ans, la seule poésie d'Yolande était
sa voix ; en l'écoutant chanter on comprenait que cette femme saurait aimer ;
mais si on avait interrogé son coeur on l'aurait trouvé muet. Elle était
fort belle ; elle avait de sa mère, ce qui l'avait rendue très fière dans sa
jeunesse, une taille élevée et majestueuse, un port imposant, une tête
admirablement
posée sur un beau cou de cygne, des pieds et des mains aristocratiques, tout ce
qui fait dire d'une femme quand elle entre dans un salon : « Elle est d'un
haut rang ! » Elle avait de plus que sa mère, pour enivrer et ravir, un de ces
teints purs où se reflètent les sensations, où le sang écrit la pensée ;
un oeil noir, grand et limpide, qui n'exprimait encore que la candeur et une
caressante bonté, mais qui serait irrésistible du jour où il exprimerait l'amour
; puis avec cela la séduisante fraîcheur d'une jeune fille vivant dans un calme
insoucieux, sans souvenirs amers, sans prévisions douloureuses.
La bonté, la douceur étaient les seules qualités d'Yolande bien nettement
dessinées ; elle quitta avec douleur ses amies d'enfance, et éprouva une sorte
d'effroi plein de timidité, en se trouvant seule avec sa mère dans le vieux
château seigneurial de Rocmartine.
« Je vous marie dans quinze jours, lui dit la marquise ; préparez-vous à ce
grand acte avec piété. L'homme que je vous ai choisi est croyant, noble et
riche ; je bénis Dieu de m'avoir dirigée. »
Yolande écoutait avec étonnement et sans bien comprendre ce qu'on lui annonçait.
« Ce sont des voeux éternels que vous allez faire, continua la marquise ; Dieu
vous protégera si vous les tenez. »
L'idée d'une novice qui prend le voile se présenta involontairement à l'esprit
de la jeune fille ; elle ne s'en effrayait point ; rien ne la préoccupait
alors. Le vieux château de Rocmartine prit un air de fête, l'étiquette
l'exigeait. Le frère sortit du séminaire pour assister au mariage de sa soeur ;
quelques nobles familles furent conviées. Ce mouvement charmait Yolande par sa
nouveauté et l'empêchait de penser ; on lui avait présenté son fiancé ;
elle avait été surprise, mais rien de plus.
L'époux que la marquise destinait à sa fille était un type de gentilhomme
campagnard, impayable pour exciter l'hilarité d'un Parisien blasé qui va
chercher
aux champs quelques éléments de cette franche gaîté, délassement des fatigues et
des tourments de l'intelligence.
Le comte de Villabren, héritier du domaine de ce nom qui lui rapportait quinze
mille francs de rente, était un homme court et replet qui, à cinquante ans,
ne se sentait pas vieilli, et dont le visage fortement coloré tenait de la pomme
d'api et de la betterave. Son oeil petit et rond semblait goûter à ce
qu'il regardait, si je puis m'exprimer ainsi ; sa lèvre épaisse était friande et
pleine de convoitise ; on voyait que cet homme avait des sensations, mais
de sentiments point. L'instinct de ses intérêts remplaçait en lui l'intelligence
; il avait certaines connaissances en agriculture ; nul ne vendait mieux
que lui ses huiles et ses vins ; il chiffrait assez bien, mettait l'orthographe
à demi, et avait lu en sa vie quelques volumes dépareillés de Voltaire,
dont il parlait fort plaisamment. En fait d'art il connaissait à fond l'art
culinaire ; il en aurait remontré à sa cuisinière sur l'assaisonnement d'un
civet ou d'une brandade. La chasse était sa passion, non cette noble chasse du
Nord où l'on combat avec ardeur, où l'on poursuit à cheval le cerf ou le
sanglier, mais la chasse timide du piéton indolent et gourmand qui épie, couché
dans les hauts blés, la caille ou la juteuse perdrix rouge qu'il voit en
perspective sur sa table. Jusqu'à cinquante ans les plaisirs de la chasse et de
la table remplirent la vie du comte de Villabren ; il quittait peu ses
terres. Dans les rares visites qu'il faisait à Aix, à ses parents, gentilshommes
provençaux, il avait cherché à se marier ; il tenait à l'argent et aux
titres, et les jeunes filles, riches et nobles, ne voulaient pas de lui.
Cependant, craignant de voir s'éteindre l'illustre race des Villabren, et
s'apercevant
que ses cheveux grisonnaient, il rechercha Yolande de Rocmartine qui était
titrée, mais sans fortune. Ce choix le posa bien dans l'estime des gentillâtres
campagnards ; on le proclama tout-à-fait bonhomme, éloge banal qu'on donne aux
êtres qui n'ont que des qualités négatives. Yolande vit le comte de Villabren
avec indifférence, comme tous les hommes qui avaient passé devant elle.
Le jour du mariage était arrivé, la marquise de Rocmartine, après avoir présidé
à la toilette de sa fille, l'avait quittée pour donner des ordres ; Yolande
était restée avec deux de ses cousines, jeunes filles insouciantes comme elle,
mais dont l'esprit, quoique peu cultivé, avait pourtant des jets lumineux
qui les éclairaient déjà sur la vie. Tout en nouant le large ruban qui serrait
la robe de tulle et de satin de la mariée, tout en posant sur son sein la
rose blanche, dans ses cheveux l'oranger virginal et le beau voile en point
d'Angleterre qu'elles admiraient avec envie, les jeunes filles rieuses jetaient
à Yolande quelques images bouffonnes sur l'homme qui lui avait donné tous ces
beaux atours et dont elle allait devenir la femme. Yolande riait à son tour
et restait sans émotion ; elle se tenait debout, la main appuyée sur le riche
livre d'Heures dans lequel elle allait prier durant la consécration du mariage
; elle était ainsi parfaitement noble et belle, mais un peu inerte. En la voyant
on eût deviné qu'on la dirigeait et qu'elle allait obéir sans regret comme
sans entraînement. Le bruit des pas d'un cheval fit bondir à la fenêtre une de
ses cousines.
« Est-ce un hôte qui nous arrive ? dit-elle en regardant à travers les vitraux
gothiques du vieux châssis ; Dieu le veuille ! Votre noce, ma chère Yolande,
est bien triste ; pas un danseur, pas un jeune homme. Mais voyez, ajouta-t-elle
vivement, j'ai deviné ; c'est un beau cavalier. »
Les trois jeunes filles se penchèrent à la fenêtre et aperçurent, à cheval, un
jeune homme d'une tournure distinguée, et dont le visage pâle et triste
était couronné de cheveux blonds que le vent soulevait sur son front ; il passa
devant le château et ne s'y arrêta pas.
« En vérité, c'est fâcheux, dit l'autre cousine ; il est bien, très bien, mais
peut-être va-t-il nous attendre à l'église. »
Yolande suivit du regard ce cavalier qui fuyait ; elle n'avait distingué
qu'imparfaitement ses traits, mais elle avait compris en le voyant ce charme de
l'élégance dont toutes les femmes ont l'instinct.
La marquise vint rappeler les deux cousines et dit solennellement à sa fille :
« Dans une heure vous serez aux pieds des autels ; priez, recueillez-vous en
songeant au grand acte que vous allez accomplir. » Et elle laissa Yolande
seule.
La pauvre fille resta près de la fenêtre où, comme une apparition, venait de
passer l'inconnu ; l'image de l'homme, jeune et beau, beau par l'intelligence,
se dessinait confusément à sa pensée et l'attristait comme une crainte. Elle
fermait les yeux pour échapper à cette vision et elle entendait le vent gémir
comme une voix qui la plaignait. Son coeur avait froid et peur ; elle éprouvait
une douleur si vague, si inintelligible pour elle, qu'elle pensait dormir
et être dans le monde des songes. Elle sentait d'abord glisser dans ses cheveux,
sur sa bouche, sur ses yeux fermés, sur ses épaules nues, un souffle odorant
comme une brise qui a couru sur des fleurs ; des rayons d'une lumière douce la
caressaient aussi, et ces attouchements de l'air et du soleil lui causaient
d'ineffables sensations. Tout à coup le rêve devint cauchemar ; un sable épais
sembla se dresser vers elle et la menacer comme un flux qui monte ; elle
le sentait venir ; ses pieds d'abord étaient ensevelis ; puis le sable, lourd et
compacte comme la terre d'un cimetière, emboîtait progressivement son
corps, il gagnait sa poitrine qu'il enserrait, il touchait à sa gorge qu'il
étouffait, et déjà elle le sentait monter jusqu'à ses lèvres qui se
desséchaient.
Sa tête allait disparaître, ses yeux se fermer sous ce linceul si lourd qu'elle
ne pouvait soulever, lorsqu'elle fit un cri qui l'éveilla ! Le comte de
Villabren était devant elle et lui tendait galamment sa main rouge et calleuse.
La marquise était auprès de lui.
« Qu'aviez-vous ? dit-elle froidement à sa fille ; d'où vient que votre robe et
votre voile sont froissés ?
- Je ne sais, répondit Yolande ; j'ai dormi ou je me suis évanouie.
- Est-ce ainsi que vous priez ? » reprit sévèrement sa mère.
La jeune fille revint à la réalité sans douleur : le souvenir de son rêve
s'était effacé.
Le mariage fut célébré, et le soir même le comte de Villabren emmena Yolande
dans sa vieille maison seigneuriale, restaurée pour la recevoir. La jeune
femme eut froid et peur, comme dans son rêve, en entrant dans ces chambres
gothiques mal chauffées et faiblement éclairées, qui devaient servir de prison
à sa fraîche jeunesse ; car en se mariant le comte de Villabren avait déclaré
qu'il ne quitterait plus la campagne ; il voulait doubler pour ses enfants,
disait-il, le revenu de ses terres et en surveiller lui-même l'exploitation.
Le sort de Yolande s'accomplit ; un mois après son mariage elle vivait encore
dans une sorte de somnolence douloureuse qui l'empêchait d'apprécier sa
position.
Le comte était tout rajeuni, il soignait sa cuisine, mangeait mieux que jamais,
se couchait à la nuit et se levait à l'aube ; il passait la journée à la
chasse ou auprès de ses paysans avec lesquels on le confondait pour la rudesse
de son teint et la carrure de sa taille. Il avait plié Yolande à sa vie
; elle dormait à ses heures, s'éveillait et vivait machinalement. Pour
distraction elle avait les soins de la basse-cour, la surveillance du jardin ;
elle
passait des journées entières sous une allée de tilleuls qui entourait le
modeste parterre, tout diapré de roses et de giroflées. En respirant les aromes
de ces fleurs, la première partie de son rêve ressaisissait son coeur ; son oeil
s'attachait aux lames de lumière dont le soleil perçait le feuillage des
arbres, son âme se dilatait ; elle pressentait une transformation de son être,
et, pour exprimer ce qu'elle éprouvait, elle chantait de sa voix pure et
sonore une de ces mélodies passionnées que Spontini avait créées dans la
Vestale. La vibration de sa voix l'attendrissait, en s'écoutant chanter sa tête
s'abaissait, et une larme tombait sur sa rêverie. Les objets intérieurs ne
pouvaient la distraire de l'enfantement douloureux de son âme à la pensée, au
sentiment ; la campagne autour d'elle était aride et desséchée ; c'étaient ces
tristes terres de houx, de pâles oliviers et de cailloux dont la Provence
est couverte. Le soir le comte de Villabren reprochait souvent à sa femme sa
taciturnité ; jovial et bavard il aimait à causer en soupant ; Yolande restait
silencieuse et ne mangeait pas.
« Par ma foi ! lui dit-il un jour, c'est comme si j'étais seul ! Tâche de
t'égayer un peu ; j'ai demain un hôte, et je ne veux pas qu'il pense que j'ai
épousé une sotte. C'est un petit monsieur fort roturier, mais qui vient de Paris
et qui s'y connaît ; il veut vendre les terres que son père lui a laissées
en mourant, et comme elles me conviennent je veux tâcher de traiter avec lui ;
ainsi songe à être aimable. »
Le lendemain, lorsqu'Yolande entra dans la vieille salle à boiseries de chêne où
l'on servait le déjeuner, elle trouva son mari causant avec un jeune homme
qui la salua gracieusement. En arrêtant son regard sur lui elle pâlit et fut
près de s'évanouir ; c'était le cavalier inconnu qu'elle avait vu passer le
jour de son mariage.
« Mon Dieu ! » dit-elle en se jetant sur un siége, et elle expliqua cette
exclamation par une douleur subite qui l'avait saisie.
« C'est un point de côté, » dit lourdement le mari.
La première pensée d'Yolande fut de fuir ; mais une ardente curiosité, un
indicible besoin de connaître cet homme l'arrêta.
« Monsieur, dit-elle courageusement avec une sorte d'assurance dont elle ne se
serait jamais crue capable, n'étiez-vous pas à Rocmartine le jour de mon
mariage ?
- Oui, madame, j'ai traversé ce jour-là le village pour me rendre au cimetière.
- Au cimetière ! s'écria avec étonnement le comte de Villabren ; est-ce que vous
osez y aller ? Pour moi je me tins toujours à distance de cette fatale
terre !
- Cette terre est sacrée, monsieur, surtout quand on a un père qui y repose !
- Ah ! c'est vrai, votre pauvre père, ce vieux maître d'école de Rocmartine,
brave homme, il faut en convenir.
- Intelligence peu comprise, monsieur ; homme de bien que seul je puis pleurer
comme il mérite de l'être. »
Yolande écoutait avec intérêt.
« Et vous n'étiez pas auprès de lui quand vous l'avez perdu ? dit-elle.
- Hélas ! non, madame ; il est mort seul. Et moi, pour qui il avait tout
sacrifié, je suis arrivé trop tard pour lui fermer les yeux.
- Ah ! voilà ce que c'est, dit sottement le comte, d'envoyer ses enfants à Paris
pour en faire de grands messieurs. S'il vous avait gardé auprès de lui
il ne serait pas mort seul. »
Le jeune homme sourit avec dédain et ne répondit pas. Yolande se sentit humiliée
du langage de son mari.
« Votre père était un homme éclairé, dit-elle avec bonté, et, si je n'avais pas
été au couvent lorsqu'il est mort, je lui aurais donné des soins.
- Vous êtes un ange, murmura-t-il.
- Ainsi vous voulez vous défaire de vos terres ? reprit le comte qui en revenait
à ses moutons.
- C'est à regret, dit le jeune homme ; mais le climat de la Provence achève de
ruiner ma santé ; ce soleil ardent, ce vent âcre et sec du Mistral me tue.
- Quoi ! vous êtes malade ? dit avec une sorte d'effroi Yolande.
- Je suis poitrinaire, madame, et j'irai languir et mourir en Suisse. »
Yolande ne répondit pas ; elle sentait une oppression douloureuse qui
l'étouffait.
« Bah ! bah ! chassez ces tristes idées, dit le comte en buvant une copieuse
rasade, et venez entendre ma femme nous chanter un air nouveau ; vous me direz
ce que vous pensez de sa voix. »
Le jeune homme offrit le bras à Yolande pour passer au salon, et il sentit sa
main qui tremblait.
Elzéard Duval, fils d'un modeste instituteur villageois, avait montré dès son
enfance une haute intelligence ; son père, homme simple, mais éclairé, sentit
tout ce qu'une culture habilement dirigée pourrait donner de développement à cet
esprit ; il se jugea incapable de cette mission d'enseignement et résolut
d'envoyer son fils à Paris, où toute science a son grand-prêtre, où tous les
arts ont leur représentant. Elzéard répondit à l'espérance de son père ; à
vingt ans son esprit était grand et fort, et son âme en s'éclairant ne s'était
point souillée. Paris lui avait jeté ses lumières et non ses fanges. Il
aimait l'humanité et méprisait la société. Si son corps avait secondé son âme,
Elzéard eût fait de grandes choses ; mais à mesure que son esprit devenait
plus fier et plus vivace il sentait ses forces physiques s'anéantir ; il se
voyait mourir, mais il marchait à la mort avec courage. Une seule pensée
l'accablait,
celle qu'il n'aurait pas connu l'amour, ce complément de la vie de l'homme. Son
âme aspirait ardemment à ce bienfait et il l'attendait comme une dette
de Dieu.
Elzéard était assis ; la tête cachée dans ses mains, il écoutait chanter
Yolande. Elle avait choisi, non à dessein, mais irrésistiblement, un air
passionné,
cet air célèbre de Fernand Cortez :
Je n'ai plus qu'un désir, c'est celui de te plaire ;
Je n'ai plus qu'un besoin, c'est celui de t'aimer.
Sa voix, d'abord tremblante, se raffermit en s'élevant comme une passion qui,
timide à sa naissance, grandit fière et résolue, et fit entendre tous les
accords saisissants de cette mélodie brûlante. Son âme courait dans sa voix et
la rendait plus puissante. Comme un instrument qui se détend, en cessant
de chanter elle éprouva une extrême faiblesse ; tout son corps tremblait. Son
émotion éclata par des sanglots.
Ils étaient seuls ; le comte de Villabren était sorti pour aller surveiller ses
laboureurs. Elzéard en entendant pleurer Yolande leva la tête ; il avait
lui aussi des larmes dans les yeux. L'expression de son attendrissement rendait
son noble visage plus beau encore ; il était pâle ; son oeil avait la double
flamme du génie et du sentiment ; une légère veine azurée partageait son front
intelligent ; sa bouche était pure et charmante ; tous ses traits réunissaient
au plus haut point la seule beauté de l'homme que je comprenne : la beauté
intellectuelle.
Yolande aussi était irrésistible ; jamais Elzéard n'avait vu de femme si belle,
et elle était là devant lui, tendrement émue, et son coeur lui disait que
cette femme pourrait l'aimer !!! Il était enivré. Tout à coup une pensée
l'arracha à son extase :
« Eh ! vous avez pu épouser cet homme, s'écria-t-il, et vous êtes réellement sa
femme ! » Puis il sortit comme s'il eût voulu fuir une grande douleur.
Yolande demeura anéantie ; l'humiliation pesait sur elle comme ce linceul de
sable qui l'avait couverte durant son rêve. Une clairvoyance soudaine lui
montra l'horreur de sa destinée ; tout son être fut ébranlé. Elle eut une fièvre
ardente pendant plusieurs jours ; quand elle revint à la vie, la transformation
de ses sentiments était accomplie. Elle aimait avec passion Elzéard, elle avait
conscience de cet amour, elle le jugeait fatal, mais irrésistible. Elzéard
n'avait pas reparu. Le comte de Villabren ne comprit rien à l'indisposition de
sa femme.
« Or çà, dit-il un matin, notre jeune homme est bien singulier ; il voulait me
vendre ses terres et je n'entends plus parler de lui ; il faut que j'en
finisse de cette affaire, et puisqu'il ne revient pas j'irai le trouver. » Et
après un déjeuner copieux le gentilhomme campagnard monta sur sa mule et
prit la route de la ferme d'Elzéard.
Cette ferme était un des rares oasis de ce désert de la Provence qu'on appelle
la Crau, vaste plaine de cailloux où la végétation n'apparaît que par accident.
On dirait le lit d'une mer qui s'est retirée, et tout porte à croire que la
Méditerranée s'avançait autrefois sur ces terres. Du château de Villabren à
la ferme d'Elzéard on voyait se dérouler durant plusieurs lieues, à perte de
vue, le sol semé de pierres.
Le comte fit cette course en homme qui a l'habitude du pays, et revint le soir
sans fatigue. Pour la première fois Yolande l'attendait avec anxiété ;
qu'allait-elle
apprendre d'Elzéard ?
« J'ai fait une bonne affaire, dit le comte en rentrant chez lui et en se
frottant les mains, mon marché est conclu. Le jeune homme en a passé par où j'ai
voulu. J'ai ses terres ; il sera payé ce soir, et il part demain.
- Il part demain ! dit Yolande d'une voix brisée.
- Oui, demain soir, pour éviter la chaleur ; et je crois, par ma foi ! qu'il
fait bien de quitter le pays. Il avait raison, ce climat ne lui vaut rien
; depuis le jour où nous l'avons vu il a sensiblement dépéri. Je ne jurerais pas
qu'il vive assez pour se rendre en Suisse. »
Yolande était attérée ; le comte lui parlait beaucoup sans qu'elle répondît, et
la croyant endormie il la laissa sur le fauteuil où elle était assise et
sortit.
Elle passa la nuit dans une de ces veilles préparatoires qui affermissent les
âmes pour les grandes résolutions.
Le lendemain le ciel était en feu ; la terre avait des étincelles allumées par
le soleil ; on faisait les moissons, et le comte restait aux champs depuis
l'aube jusqu'au soir ; il y prenait ses repas avec les moissonneurs.
Yolande partit.
Où va-t-elle, seule, à pied, sous cette zone brûlante ? Elle marche sans guide,
sans appui sur cette mer aiguë de cailloux enflammés qui se prolonge devant
elle ; l'instinct la conduit, la passion l'entraîne. Ses pieds saignent et ne
fléchissent pas ; elle est bien forte, elle aime !... Elle marche. elle marche
longtemps ; sa vue, affaiblie par la lumière éclatante qui se répercute sur les
cailloux polis et qu'aucune ombre ne voile, croit distinguer au loin des
arbres, une blanche maison ; mais n'est-ce pas un mirage ? Elle avance dans
cette direction ; son espoir se ranime. Ses pas foulent une prairie ; elle
atteint les bords d'une source. Puis le paysage et le ciel tournoient à sa vue ;
sa force est épuisée, son coeur s'arrête ; elle tombe. En recouvrant ses
sens elle vit autour d'elle des femmes de la campagne qui lui prodiguaient leurs
soins. Yolande était connue et aimée par toutes les pauvres familles du
pays.
« Quoi ! par ce temps de feu, vous ici, madame la comtesse ! » dit une vieille
moissonneuse dont elle crut reconnaître la voix. C'était une bonne femme
renommée comme garde-malade, et qui s'était offerte au château de Villabren pour
veiller quelques nuits au chevet d'Yolande lorsque la fuite d'Elzéard
l'avait laissée mourante.
« Où est-il ? ne le verrai-je plus ? A-t-il succombé ? murmurait Yolande
éperdue.
- De qui parlez-vous, ma bonne dame ? dit une des paysannes.
- Elzéard ! Elzéard ! s'écriait l'infortunée encore en proie à une sorte
d'égarement.
- Laissez-nous, » ajouta la vieille moissonneuse qui paraissait exercer une
sorce d'autorité sur ses compagnes.
Elles s'éloignèrent.
« Oh ! madame, c'est d'Elzéard que vous parlez, c'est mon enfant, de ce brave
jeune homme que j'ai nourri de mon lait. Oh ! je le savais bien que vous
l'aimiez comme il vous aime. Pendant la nuit que j'ai veillé près de vous, je
vous l'ai entendu nommer dans le délire de la fièvre ; je le lui ai dit pour
adoucir son chagrin. Il m'a fendu le coeur ; il avait l'air si malheureux quand
il est parti !
- Parti ! s'écria Yolande en bondissant comme une jeune panthère ; que dis-tu ?
Tu me trompes. Parti ! Il ne savait donc pas qu'il me tuerait en me quittant
ainsi. Oh ! je le vois bien, il me méprisait, il ne m'aimait pas.
- Il ne vous aimait pas ! Ah ! vous ne l'avez pas vu pleurer, dit la pauvre
nourrice en essuyant elle-même ses larmes. Savez-vous que lorsque vous avez
été malade il a passé les nuits près du château de Villabren ? savez-vous que
c'est qui m'a dit : Va, ma bonne Marianne, va te proposer pour veiller la
comtesse, et viens chaque jour à l'aube me parler d'elle, dans le champ
d'oliviers où je t'attendrai ?
- Il m'aimait et il est parti ! répétait Yolande avec désespoir.
- Il disait qu'il le fallait, qu'il ne pouvait rester près de vous sans vous
rendre malheureuse. Si tu la revois, ma bonne Marianne, m'a-t-il dit bien
bas en partant, si elle te parle de moi, remets-lui ceci. » Et portant la main à
son corset la paysanne en tira une lettre.
« - Et tu la gardais ! Oh ! donne, et que je voie si je dois vivre ou mourir. »
Elle lut, les yeux brillants de larmes :
« Vous m'aimez, Yolande, et je pars, je pars avec la pensée que je mourrai
bientôt, que je ne vous reverrai jamais. Si j'ai ce courage, c'est que je vous
aime avec désespoir, c'est qu'un remords m'irrite contre moi-même. Je n'ai pas
arrêté votre destinée quand il en était temps, et de quel droit le ferais-je
aujourd'hui ? Moi qui vous ai laissé vous livrer au malheur, de quel droit vous
dirais-je : Crois en moi ! Ecoutez mon aveu : j'arrivai au village de Rocmartine
le jour de votre mariage ; en apprenant qui vous épousiez je me dis : Cette
jeune fille est vendue ou sans âme. Je vous vis, je m'arrêtai sous votre
fenêtre.
Vous étiez si belle, si touchante, je ne vous crus plus que malheureuse. Ramené
vers vous je passai encore et je vous surpris plongée dans une rêverie
douloureuse dont les impressions se reflétaient sur vos traits. Oh ! s'il était
vrai, me dis-je, si elle souffrait, si elle sentait sa destinée, je
l'arracherais
au martyre ! Je me cachai pour voir passer le cortége qui vous conduisait à
l'église, je résolus de vous sauver du malheur ! Pourquoi ne l'ai-je pas fait
? Votre sérénité m'abusa ; vous passâtes en souriant ; vous aviez l'air vaine et
satisfaite, vous n'étiez qu'insouciante. Pauvre enfant sans expérience,
on vous trompait. Je me dis : La vanité l'a desséchée, elle n'a plus de coeur ;
et, désespéré, je fus pleurer sur la tombe de mon père. J'eusse voulu ne
jamais vous revoir et votre souvenir me poursuivait toujours. Une circonstance
se présenta, je ne pus résister. Nos âmes instinctivement attirées s'unirent
en se rencontrant. Yolande, quand vous pleurâtes devant moi, je compris ce que
j'avais perdu et je vous jetai des paroles de blâme par excès d'amour. Adieu
; j'ai laissé faire le mal et ne puis le punir. Devant tous, celui dont vous
portez le nom a des droits sacrés. Il étouffe votre âme sans s'en douter.
Il vous tue sans dessein. Il n'est pas meurtrier !... On ne se venge pas sur la
pierre qui tombe et nous écrase. Yolande ! pardonnez-moi le passé. pardonnez-moi
d'avoir douté de vous. J'en mourrai !... A présent, je le vois, vous avez un
coeur. vous m'aimez, et il est trop tard. »
« Trop tard, murmura-t-elle, et elle resta immobile, frappée au coeur par ce
dernier mot. Oui, trop tard ; je suis un être sans intelligence. Dieu m'a
refusé la lumière et j'ai perdu ma vie. »
Elle ne pleurait plus ; une insensibilité morne l'avait saisie, elle se faisait
pitié ; elle se sentait humiliée de son organisation qui lui paraissait
incomplète. De quel droit mépriserait-elle le comte de Villabren ? Elle aussi
était une créature sans pensée, à qui le monde des sentiments avait été fermé.
Elle resta là plusieurs heures sans comprendre les paroles de Marianne ; le
bruit des pas d'un cheval la tira de cet égarement muet, tout son sang refoula
vers son coeur. Ce bruit c'était le même qu'elle avait entendu le jour de son
mariage ; ce bruit c'était le glas de sa vie. Son oeil devint hagard. elle
tendit les bras en s'écriant : « Elzéard ! »
Le comte de Villabren parut devant elle. « Vous êtes folle, ma chère petite, lui
dit-il gaîment ; vous étiez donc bien pressée de visiter notre nouvelle
ferme pour y venir par une telle chaleur ? Il fallait me le dire, je vous aurais
fait conduire en carriole.
- Ah ! » fit Yolande presque insensée ; et elle se laissa emmener comme un
enfant. Dès ce jour elle devint douce, impassible, inerte ; elle ne parlait
que forcément. « En vérité, lui disait souvent le comte, tu m'ennuies fort et tu
me fais regretter le célibat. » Il la laissait presque toujours seule,
et pour se distraire il se livrait à des excès de bonne chère.
La solitude ramenait l'âme d'Yolande à ses souvenirs. Elle jouissait de sa
tristesse, elle était moins malheureuse.
Six mois s'étaient écoulés.
Elzéard avait parcouru la Suisse ; l'air des montagnes avait ranimé sa santé ;
il se sentait revivre avec douleur. Il regrettait le climat meurtrier de
la Provence, où il serait mort près d'elle. L'ombre d'Yolande marchait sur ses
pas. Toujours là, toujours dans son âme, et ne pas la revoir ! S'abandonnant
à tous les caprices de son imagination malade, il parcourut les sites les plus
agrestes et les plus délicieux de la Suisse. Il suivit le cours du Rhin,
et sur ces bords chantés par Child-Harold il répétait avec lui :
Nor could on earth a spot be found
To nature and to me so dear
Could thy dear eyes in following mine
Still sweeten more these banks of Rhine !
Un jour il contemplait la chute de ce beau fleuve ; le soleil couchant jetait un
prisme sur la masse bruyante de ses eaux, dont la blanche poussière montait
au ciel comme un encens, ou se répandait en parcelles diamantées sur les arbres,
sur les prés et sur les châlets du rivage. Des paysans suisses s'étaient
réunis sur ces bords pour célébrer une fête. Fuyant le bruit, assis dans de
hautes herbes, Elzéard vit tomber le jour. A cette heure de vague perception,
l'image qui ne le quittait pas se dessinait partout à ses yeux ; elle flottait
sur ces ondes vaporeuses, elle se glissait dans l'air avec la brise ; elle
se perdait dans l'éther couronnée d'un nuage d'or. « Yolande ! s'écria-t-il, oh
! viens, que je te voie, ou je me précipite dans ce fleuve pour te demander
à la mort. !... »
Est-ce un miracle de l'amour ? Une voix a répondu. c'est la voix d'Yolande.
Yolande est devant lui. Elle était libre ; le comte avait été frappé d'une
attaque d'apoplexie.
Quelque temps après ils étaient unis devant Dieu.
LOUISE COLET-RÉVOIL.
Vincent Hoefman
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Bonjour à tous.
Suite à mon récital de lieder d’hier qui s’est bien passé et auquel une
trentaine de personnes a eu la gentillesse de venir, je cherche à remercier
des personnes qui sont venues avec un chien guide beige clair, que je ne
crois pas connaître, et que je n’ai pas pu remercier.
Si elles se reconnaissent, je les remercie de m’écrire en perso ou sur le
groupe pour que je puisse les remercier chaudement de leur présence.
Amitiés à tous.
Agnès ROBERT mailto:agnesrobert2001@...
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
L'UE AUTORISE UNE BAISSE DE LA TVA SUR LES LIVRES AUDIO
Les Ministres des Etats membres de l'UE ont décidé mardi 10 mars 2009 d'intégrer
le livre audio à la liste des produits pouvant être soumis à une baisse
de la TVA. La Suède est à l'origine de cette victoire.
Après sept ans de blocage, les 27 Etats de l'Union européenne se sont finalement
mis d'accord sur une liste de services soumis à des taux réduits de TVA,
dont la restauration et le livre audio. Il s'en est fallu de peu car l'unanimité
des 27 membres était requise pour la signature de cet accord. Or l'Allemagne
a exigé qu'outre la restauration, la liste des services à taux réduit soit
limitée. Mais la Suède a obtenu une dérogation pour qu'elle s'applique également
aux livres audio.
Grâce à cet accord, les pays qui le souhaitent pourront appliquer une TVA de 5%
maximum sur les livres audio. La Suède est à l'origine de cette requête,
depuis plusieurs années déjà, le pays scandinave applique de façon « illégale »
une TVA à 6% sur ses livres audio. En France, la TVA sur les livres audio
est de 19,6%.
Bruxelles avait d'abord ordonné à Stockholm de mettre fin à sa pratique, mais en
juillet 2008, la Commission européenne a changé d'avis. Elle a décidé de
ne pas poursuivre la Suède et a proposé de réduire la TVA sur les livres audio à
partir de 2011. Le mouvement engagé par la Suède avait même encouragé
les éditeurs britanniques à faire pression sur leur Gouvernement pour qu'il
applique la réduction de TVA sur les livres audio au plus vite.
Source : "CNPSAA, cecitroc, onirium"
Vincent Hoefman
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Les beaux parleurs
Par Anne Crignon
Fabrice Luchini
en tête, de nombreux acteurs triomphent en lisant sur scène ou sur CD Beauvoir,
Rabelais, La Fontaine ou Céline. Enquête sur un nouvel art de lire alors
que s'ouvre le Salon du Livre
"le nouvel observateur, cecitroc, onirium"
Où vont les foules sentimentales en 2009? Dans les théâtres, écouter un comédien
sur une scène sans décor. Un soir, à Reims, François Cheng est venu lire
ses poèmes. Cheng n'est pas Luchini. Mais 700 personnes étaient là pour lui. «Il
y avait un silence et une écoute comme j'en ai rarement connus dans une
salle», raconte Emmanuel Demarcy-Mota (1), qui a dirigé cette «scène ouverte»
pendant sept ans. Car si Fabrice Luchini enchante les foules avec Roland
Barthes et La Fontaine tout en cristallisant cette nouvelle passion française,
d'autres acteurs moins connus font aussi salle comble.
C'est François Martouret au Salon de la Poésie ou Patrice Chéreau lisant
Dostoïevski. En librairie ou au théâtre, la plus petite lecture attire son
monde.
«C'est un désir non formulé de se rapprocher de quelque chose d'intime, poursuit
Emmanuel Demarcy-Mota. J'y vois un lien avec l'enfance. On vient chercher
une chose simple: qu'on nous raconte une histoire. C'est le contrepoint dans une
société éclatée et bruyante, de communication permanente. C'est le lieu
d'une concentration collective, d'un recentrage possible.»
Ce «recentrage» n'a pas échappé aux éditeurs. L'un après l'autre, les grands du
métier se sont greffés sur l'entreprise jusqu'ici pilotée par des éditeurs
spécialisés comme Frémeaux & Associés, Thélème ou les Editions des Femmes,
remarquables et ambitieux ouvriers du «livre lu» sur cédérom. Les nouveaux venus
n'ont pas tardé à organiser de savants mariages entre un auteur et un acteur
prié de venir exercer son art devant un micro. Pour le meilleur et pour le
pire.
Anny Duperey est actuellement en studio pour lire les Mémoires de soeur
Emmanuelle. Flammarion s'est empressé d'enregistrer les soupirs médiatisés de
Catherine
Millet, «Jour de souffrance». Créé en 2008 par Hachette et Albin Michel,
Audiolib fait de chaque bestseller, qu'il soit d'Amélie Nothomb ou de Jacques
Salomé, un livre audio. Gallimard s'y est mis aussi, en 2004. «Ecouter un livre,
c'est le même apport que lire une pièce de théâtre puis aller au théâtre»,
explique Paule Dubouchez, responsable de la collection «Ecoutez lire». La maison
enregistre son fonds classique, des «Contes du chat perché» aux «Liaisons
dangereuses», tout en s'autorisant quelques fantaisies du genre Marc Levy lu par
Estelle Lefébure - allô, vous êtes bien chez Gallimard. «Tout le monde
s'y met, résume un éditeur. Il s'agit désormais de sortir les best-sellers en
temps réel.»
L'histoire de la philo de
Michel Onfray?
Et hop, 50.000 coffrets écoulés.
Anna Gavalda
lisant elle-même son roman «Ensemble c'est tout»? 41.000. Après le succès de la
trilogie
«Millénium»
de
Stieg Larsson
, Audiolib a choisi Emmanuel Dekoninck, distingué Lorenzaccio de la scène
publique belge, pour prêter sa voix à Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander. Deux
cents heures de studio, quelques cours pour prononcer comme il se doit les mots
en suédois, et 25.000 exemplaires sont rapidement partis en France et autant
en Belgique.
Favorisé par la commercialisation du lecteur MP3, le livre lu prend un nouvel
essor. Mais ceux qui s'écroulent sur leur canapé au retour du bureau pour
écouter «le Rosier de Madame Husson» de Maupassant lu par Lou Saintagne
(Thélème) ou l'étonnant «Comment on se marie», «Comment on meurt» de Zola joué
par Dominique Blanc et Jean-Pierre Michael (Frémeaux & Associés) sont souvent
les mêmes qui ont traversé la France pour Luchini et Céline. Lire en écoutant
? «C'est une manière de continuer de lire quand on ne peut pas lire, d'utiliser
le temps perdu en voiture, dit un critique. Le fait qu'il y ait une voix
change un peu les choses. Une sorte de fraternité s'installe entre le lecteur et
celui qui écoute. Cela met de la chaleur où il n'y en avait pas forcément.»
«C'est un plaisir de gamin», commente Frédéric, consultant en informatique,
inconditionnel des livres lus depuis qu'il a écouté les «Harry Potter».
«Les Trois Mousquetaires» (25 heures d'écoute), «le Comte de Monte-Cristo», «la
Philosophie pour les nuls» (60 heures), «les causeries de Sartre et les
vieux discours politiques» occupent ses trajets en RER 40 minutes matin et soir.
«Il m'est arrivé de m'arrêter en bas de chez moi dans le hall de mon immeuble
pour terminer la lecture, comme avec un vrai livre.» Frédéric s'est même offert
un casque avec atténuateurs de bruits externes - «une folie». Attentif
aux nouvelles sorties, il attend que soit édité «le Deuxième Sexe» de Beauvoir.
Marina Foïs lui semble faite pour le rôle.
Car les aficionados, le plus souvent grands lecteurs de «vrais» livres, savent
exactement ce qu'ils aiment. Si André Dussollier est devenu la voix de Proust
- tout le monde s'incline devant son époustouflante prestation -, d'autres
mariages font débat. «Il arrive aussi qu'on déteste une voix ou qu'on la trouve
idiote», dit un auditeur. Fanny Ardant lisant Michel Onfray, philosophe?
Frédéric a détesté: «Elle ne sait pas lire, c'est une catastrophe.» Aïe.
Isabelle
Carré en studio avec Colette? Charmant, mais la comédienne a pu sembler trop
ingénue pour figurer une vieille dame racontant ses Mémoires. Quant à Daniel
Mesguich, ô sacrilège, il a lu tout «l'Iliade» sans faire aucune liaison, et
l'amicale des grammairiens n'a pas aimé. Même autour de
Luchini
, emblème de cette autre façon d'appréhender la lecture, le débat est âpre entre
luchinomaniaques et luchinophobes. «Je conseille d'écouter en faisant la
vaisselle, il ne faut pas couper la vie et la culture», a déclaré l'intéressé au
«Parisien».
Les pionniers du livre lu, eux, ceux qui ont souvenir d'un temps où les «Lettres
de mon moulin» par Fernandel et «le Petit Prince» raconté par
Gérard Philipe
s'offraient sur 33-tours, observent avec détachement la sortie des «Propos sur
le bonheur» d'Alain lus par Lorie, la chanteuse, tout en poursuivant
paisiblement
leur travail de fond.
Radio-France exploite depuis 1975 le patrimoine sonore en partenariat avec l'INA
- les entretiens avec Théodore Monod, c'est eux. En mars paraîtra un
enregistrement
de Joseph Kessel, interviewé par Paul Guimard. Et cette courte merveille, pas
très connue : la «Lettre au père» de Kafka, lue par André Dussollier, comme
s'il jouait son propre destin.
«Il y a un beau contraste entre ces archives et leur écoute contemporaine sur
MP3», dit Marie-Annick Huet, responsable de l'édition des «Grandes Heures»
de Radio-France. Le Livre qui Parle, fondé en 1987 du côté de Sarlat, continue
de faire appel aux comédiens de la région sans chercher de tête d'affiche
et de digitaliser les voix d'Anouilh ou Ionesco conservées sur les cassettes de
magnétophone tombées en désuétude
La «Recherche» en 100 CD...
Edgar Haddad, frère de l'écrivain
Hubert Haddad
, raconte qu'en 1986, lorsqu'il a ouvert sa librairie, Mots et Merveilles,
entièrement dévolue aux livres lus, dans le quartier des Gobelins à Paris, les
premiers clients étaient un peu choqués de voir les grands écrivains ainsi
malmenés. Et voici que vingt ans plus tard un public d'habitués vient chercher
ce «plus» qu'apporte la lecture par un acteur d'un grand texte. Il est arrivé
qu'on lui prenne l'intégralité de la «Recherche», soit... 100 CD. Belle
traversée
du siècle pour un objet étrange bricolé en 1964 au sein du Groupement des
Intellectuels aveugles ou amblyopes, à Paris. C'est qu'à l'époque les aveugles
n'ont rien à écouter, sauf les aveugles de guerre, qui disposent d'une
bibliothèque, mais sommaire, constituée de romans de guerre et de policiers. Des
bénévoles se portent volontaires. Le premier enregistrement est un «Que
sais-je?».
«Et on avait cette merveilleuse Jeanne Moreau, qui portait le même nom que la
comédienne. Elle enregistrait pour nous les ouvrages du XVIIe, XVIIIe siècle,
d'une belle manière, très sobre, avec une pointe d'humour», raconte Pernette
Debat, responsable depuis quarante-cinq ans de la bibliothèque baptisée
Jeanne-Moreau
en hommage à l'intéressée qui sera venue pendant vingt ans enregistrer
gracieusement la version hebdomadaire du «Monde». Elle raconte comment Maurice
Barnay,
«speaker» à France-Culture, a passé trois ans à lire magnifiquement pour eux
l'intégralité des «Mémoires d'outre-tombe», «notre joyau», dit-elle. Ces
«Mémoires»,
l'association est en train de les digitaliser sur le système Daisy (digital
accessible information system), qui permet de se déplacer sur cédérom avec
un marque- page virtuel, d'interrompre et de reprendre la lecture à son gré. A
Combourg, mon donjon est sur lecteur MP3.
A.C.
(1) Aujourd'hui, il est directeur du Théâtre de la Ville.
Source : "le nouvel observateur, cecitroc, onirium"
Vincent Hoefman
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[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Madame de Ruremonde
par
Catulle Mendès
~*~
DE toutes les flirteuses qui, dans les salons de Paris, de Pétersbourg et de
Londres, abandonnent longtemps leur main, avec un frémissement bien imité,
entre les doigts de quelque bon jeune homme ébahi, ou, renversées dans un
fauteuil, croisent les jambes sous la jupe étroite qui s'applique et se renfle,
ou bien, penchées, au dessert, vers leur voisin de table, avec l'air d'écouter
une confidence, lui placent sous les yeux, sous le nez, sous les lèvres,
dans son assiette ! le double fruit vivant de leur gorge qui assoiffe et affame,
- Mme de Ruremonde, certes, est la plus parfaitement exécrable! Aucune
n'a poussé plus loin qu'elle l'abominable vertu de toujours s'être refusée après
s'être toujours offerte. On cite d'elle des traits d'audace presque incroyables,
déconcertants. Pendant six semaines, elle a voyagé en Italie avec M. de
Puyroche, beau, jeune, hardi, qui n'a ni froid aux yeux ni froid au coeur, et de
qui la poigne est solide ; ils descendaient dans les mêmes hôtels, et la porte,
entre les deux chambres, d'ordinaire, fermait mal, - un soir, elle l'appela,
ne pouvant elle-même, étant trop lasse, défaire ses cheveux ni dégrafer son
corsage, - ils passaient souvent les nuits dans le petit salon des
spleeping-cars,
retenu pour eux seuls, elle, câline, s'asseyant tout près de son compagnon, lui
mettant parfois la tête sur l'épaule, lui disant : « Aidez-moi », quand
elle voulait monter, à demi déshabillée, sur le plus haut des deux petits lits,
d'où, plus tard, dans la pénombre, elle laissait pendre son pied nu. Eh
bien, de retour en France, M. de Puyroche a juré, - il faut croire un fat qui
s'humilie ! - que Mme de Ruremonde, chemin faisant, avait peut-être été la
maîtresse, à Venise, d'un gondolier, et, à Naples, d'un lazzarone « mais qu'elle
ne s'était jamais donnée à lui, jamais ! pas même le soir ou, à Procida,
alanguie d'une promenade et ravie par la mer elle se baigna devant lui, toute
blanche, dans les lauriers, sous les étoiles !
Une fois cependant, - l'heure de la défaite sonne pour les plus fières, - elle
fut prise de passion, à son tour, oui, conquise, elle, cette conquérante.
Il n'était ni très beau, ni célèbre ! Un jeune homme, voilà tout. Quelqu'un,
même, qui n'était pas du « monde », qui avait été présenté, un soir de redoute,
chez Mme de Soïnoff, était venu par hasard, ne reviendrait plus. N'importe !
elle l'aima, tout à coup, de tout son être ! Elle ne comprit pas d'abord,
s'étonna, se crut folle, se demanda si elle n'avait pas bu trop de champagne, en
causant, au buffet. Mais non, les lèvres à peine trempées dans la mousse
qu'enviaient toutes les lèvres. Qu'était-ce donc qui se passait en elle ? Il ne
lui avait pas parlé, il la regardait, seulement, avec des yeux où s'allumait
la furie d'un inextinguible désir ; cela suffisait pour qu'elle fût
délicieusement extasiée, et, quand ils valsèrent ensemble, - c'était elle qui,
soudain,
saisie de démence, était allée à lui, et lui avait dit : Venez, - quand ils
s'enlacèrent dans le tourbillon berceur des musiques et des soies ; lorsqu'elle
se sentit pressée contre ce jeune coeur inconnu qui battait ardemment, et qu'une
brûlante haleine lui caressa le cou et les frisons près de l'oreille,
elle oublia qui elle était, où elle était, et, se penchant vers lui, mourante :
« Votre nom ! votre adresse ! je vous jure que je serai chez vous, demain,
à trois heures. » Puis, toute la nuit, après la fête, sous les dentelles qui
tant de fois enveloppèrent de blancheurs mouvantes son sommeil d'impassible
mondaine, elle se rappela cette adresse, ce nom, mordant les baisers futurs dans
l'imbécile oreiller muet, acceptant, cherchant les illusoires étreintes
des draps qui se dérobent. Car la plus froide coquette est mordue un jour par le
victorieux Désir qu'en vain elle défie, et l'amour outragé, bafoué, prend,
tôt ou tard, une brusque et terrible revanche.
Le lendemain, après les longues heures d'insomnie qui allument le sang et
exaspèrent les nerfs, elle marchait, très voilée, le long des murs, allant chez
lui. Elle n'avait pas songé à prendre une voiture ; l'air frais était bon à sa
peau qui brûlait. Elle aurait voulu qu'il neigeât, qu'il gelât ; que des
froideurs blanches lui tombassent sur le corps, sur le coeur. De la neige ! qui
l'aurait éteinte peut-être, l'aurait enveloppée comme d'une opaque et lourde
pudeur. Car c'était terrible, vraiment, ce qu'elle faisait, ce qu'elle allait
faire ! Elle qui avait repoussé, après les avoir attirés, les plus beaux
et les plus illustres hommes mendiant à genoux le petit sou d'or d'un regard ou
la monnaie rose d'un sourire, elle apportait, elle-même, presque sans avoir
été sollicitée, toutes les richesses de son coeur et de son corps, à qui ? à un
inconnu, dont le nom ressemblait à tous les noms qu'on lit sur les enseignes,
et qui, logeant à Montmartre, - oh! de l'autre côté du boulevard extérieur ! -
devait être quelque rapin ayant fait un atelier de sa mansarde. Elle se
méprisait, se mettait en colère contre elle-même, aurait voulu se battre. Mais
elle continuait son chemin, furieuse, et charmée. La fatalité d'une inexorable
envie marchait derrière elle, lui mettant aux épaules d'invisibles mains, qui la
poussaient. Elle eût tout donné pour pouvoir retourner sur ses pas, et
souffrait de ne pas être arrivée déjà ! Elle avait des visions de bras qui
s'ouvrent et se referment, de bouches qui se meurent, de regards qui
s'embrasent,
s'alanguissent, se ravivent. Mais qu'était-ce donc enfin qui la possédait de la
sorte ? Elle ne s'était jamais connue ainsi. Elle pensa aux antiques légendes
des enchantements d'amour. Sans nul doute, elle subissait quelque envoûtement,
quelque charme. Elle se disait bien, - marchant toujours plus vite, courant
presque, - qu'il devait y avoir un moyen de vaincre cet obstiné, cet absurde
désir, de se soustraire à une déchéance si long temps évitée. Mais, non, non,
elle n'imaginait rien, se sentait maîtrisée, n'essayait plus de lutter, courait
plus vite.
Comme elle montait la rue Saint-Georges, ses yeux, vaguement, s'arrêtèrent sur
l'étalage d'un magasin de modes.
Vingt chapeaux s'accrochaient derrière la vitrine, vifs, éclatants, ailés,
pareils à un vol d'oiseaux qui s'agriffe à des branches. Il y avait des «
mousquetaires
» de feutre noir, d'où pendent de longues plumes, et des toques de loutre,
gracieusement chiffonnées, moqueuses, impertinentes, qui ont l'air de vouloir
être portées sur l'oreille, et des « coiffes » de satin bouillonné, plus
modestes, dont les brides remuent, lentes et douces. De temps en temps entre les
rideaux de soie paille, très légère, qu'une main écartait, on voyait le joli
visage pâle de la marchande, qui avançait une tête tout auréolée à la diable
d'une courte frisure d'or, souriait aux passants, et aux passantes, avec des
lèvres dont le carmin s'avivait sous le duvet d'une petite moustache.
Mme de Ruremonde s'était arrêtée. A cause des chapeaux sans doute. Même quand on
va à un rendez-vous, on peut être ravie, au passage, par le délicat éclat
d'un oiseau de paradis collant son bec d'émail vert, étageant sa queue de petite
comète sur un retroussis de velours.
Elle entra dans le magasin, pour faire quelque emplette évidemment. Souriante,
affairée, la marchande, - à qui ses vagues moustaches seyaient fort bien
en vérité, - allait, venait dans la mignonne boutique tendue de satin mauve,
comme un boudoir ; et il y avait, au fond, deux tentures qui, s'entr'ouvrant
sous le vent de la robe, laissaient deviner plutôt que voir une autre pièce,
presque sans jour, soyeuse, mystérieuse, tendre.
Tous les chapeaux, vite retirés de l'étalage, faisaient déjà, sur la table en
bois de rose, un pêle-mêle d'ailes vivantes et de fleurs épanouies.
- Voulez-vous essayer cette toque, madame ? Elle est tout à fait à la dernière
mode et vous ira très bien.
- Non, je ne suis pas coiffée. Mettez-la, je vous prie. Je jugerai de l'effet.
La complaisante marchande se coiffa vivement de la toque.
- Ah ! elle est jolie, en effet, dit Mme de Ruremonde en espaçant elle-même, du
bout des doigts, les petits frisons de l'auréole d'or tout autour du chapeau;
et vous êtes adorable ainsi.
Elles se regardèrent, en silence, longtemps, les yeux fixes.
- J'ai d'autres chapeaux, là, dans la chambre voisine, dit enfin la marchande,
et si vouliez prendre la peine de les voir...
- Très volontiers, dit Mme de Ruremonde.
Le soir venu, elle descendait de Montmartre ; car elle n'avait pas manqué
d'aller chez son valseur de la veille ! Un peintre, en effet. Trois heures
durant,-
tandis qu'il la regardait, éperdu, - elle était restée dans l'atelier, curieuse,
furetant, riant aux nymphes étendues sur le sable marin, aux odalisques,
qui se tordent sur des lambeaux de pourpre ou sur des peaux de bêtes,
feuilletant les albums japonais, maniant les bibelots, se mirant dans le miroir
de
Venise ; puis, couchée sur le divan, elle avait écouté, les brides de son
chapeau dénouées, une cigarette rose aux lèvres, les tendres paroles de
l'artiste
agenouillé. Mais pas un sourire trop rapproché de la prière, pas un baiser !
Impeccablement vertueuse. Tous les refus après toutes les promesses. Et
maintenant,
elle s'en retournait, laissant derrière elle un désespéré de plus, ravie,
triomphante, dans sa fierté d'impassible mondaine et de flirteuse immaculée.
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Vincent Hoefman
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Londres, abandonnent longtemps leur main, avec un frémissement bien imité,
entre les doigts de quelque bon jeune homme ébahi, ou, renversées dans un
fauteuil, croisent les jambes sous la jupe étroite qui s'applique et se renfle,
ou bien, penchées, au dessert, vers leur voisin de table, avec l'air d'écouter
une confidence, lui placent sous les yeux, sous le nez, sous les lèvres,
dans son assiette ! le double fruit vivant de leur gorge qui assoiffe et affame,
- Mme de Ruremonde, certes, est la plus parfaitement exécrable! Aucune
n'a poussé plus loin qu'elle l'abominable vertu de toujours s'être refusée après
s'être toujours offerte. On cite d'elle des traits d'audace presque incroyables,
déconcertants. Pendant six semaines, elle a voyagé en Italie avec M. de
Puyroche, beau, jeune, hardi, qui n'a ni froid aux yeux ni froid au coeur, et de
qui la poigne est solide ; ils descendaient dans les mêmes hôtels, et la porte,
entre les deux chambres, d'ordinaire, fermait mal, - un soir, elle l'appela,
ne pouvant elle-même, étant trop lasse, défaire ses cheveux ni dégrafer son
corsage, - ils passaient souvent les nuits dans le petit salon des
spleeping-cars,
retenu pour eux seuls, elle, câline, s'asseyant tout près de son compagnon, lui
mettant parfois la tête sur l'épaule, lui disant : « Aidez-moi », quand
elle voulait monter, à demi déshabillée, sur le plus haut des deux petits lits,
d'où, plus tard, dans la pénombre, elle laissait pendre son pied nu. Eh
bien, de retour en France, M. de Puyroche a juré, - il faut croire un fat qui
s'humilie ! - que Mme de Ruremonde, chemin faisant, avait peut-être été la
maîtresse, à Venise, d'un gondolier, et, à Naples, d'un lazzarone « mais qu'elle
ne s'était jamais donnée à lui, jamais ! pas même le soir ou, à Procida,
alanguie d'une promenade et ravie par la mer elle se baigna devant lui, toute
blanche, dans les lauriers, sous les étoiles !
Une fois cependant, - l'heure de la défaite sonne pour les plus fières, - elle
fut prise de passion, à son tour, oui, conquise, elle, cette conquérante.
Il n'était ni très beau, ni célèbre ! Un jeune homme, voilà tout. Quelqu'un,
même, qui n'était pas du « monde », qui avait été présenté, un soir de redoute,
chez Mme de Soïnoff, était venu par hasard, ne reviendrait plus. N'importe !
elle l'aima, tout à coup, de tout son être ! Elle ne comprit pas d'abord,
s'étonna, se crut folle, se demanda si elle n'avait pas bu trop de champagne, en
causant, au buffet. Mais non, les lèvres à peine trempées dans la mousse
qu'enviaient toutes les lèvres. Qu'était-ce donc qui se passait en elle ? Il ne
lui avait pas parlé, il la regardait, seulement, avec des yeux où s'allumait
la furie d'un inextinguible désir ; cela suffisait pour qu'elle fût
délicieusement extasiée, et, quand ils valsèrent ensemble, - c'était elle qui,
soudain,
saisie de démence, était allée à lui, et lui avait dit : Venez, - quand ils
s'enlacèrent dans le tourbillon berceur des musiques et des soies ; lorsqu'elle
se sentit pressée contre ce jeune coeur inconnu qui battait ardemment, et qu'une
brûlante haleine lui caressa le cou et les frisons près de l'oreille,
elle oublia qui elle était, où elle était, et, se penchant vers lui, mourante :
« Votre nom ! votre adresse ! je vous jure que je serai chez vous, demain,
à trois heures. » Puis, toute la nuit, après la fête, sous les dentelles qui
tant de fois enveloppèrent de blancheurs mouvantes son sommeil d'impassible
mondaine, elle se rappela cette adresse, ce nom, mordant les baisers futurs dans
l'imbécile oreiller muet, acceptant, cherchant les illusoires étreintes
des draps qui se dérobent. Car la plus froide coquette est mordue un jour par le
victorieux Désir qu'en vain elle défie, et l'amour outragé, bafoué, prend,
tôt ou tard, une brusque et terrible revanche.
Le lendemain, après les longues heures d'insomnie qui allument le sang et
exaspèrent les nerfs, elle marchait, très voilée, le long des murs, allant chez
lui. Elle n'avait pas songé à prendre une voiture ; l'air frais était bon à sa
peau qui brûlait. Elle aurait voulu qu'il neigeât, qu'il gelât ; que des
froideurs blanches lui tombassent sur le corps, sur le coeur. De la neige ! qui
l'aurait éteinte peut-être, l'aurait enveloppée comme d'une opaque et lourde
pudeur. Car c'était terrible, vraiment, ce qu'elle faisait, ce qu'elle allait
faire ! Elle qui avait repoussé, après les avoir attirés, les plus beaux
et les plus illustres hommes mendiant à genoux le petit sou d'or d'un regard ou
la monnaie rose d'un sourire, elle apportait, elle-même, presque sans avoir
été sollicitée, toutes les richesses de son coeur et de son corps, à qui ? à un
inconnu, dont le nom ressemblait à tous les noms qu'on lit sur les enseignes,
et qui, logeant à Montmartre, - oh! de l'autre côté du boulevard extérieur ! -
devait être quelque rapin ayant fait un atelier de sa mansarde. Elle se
méprisait, se mettait en colère contre elle-même, aurait voulu se battre. Mais
elle continuait son chemin, furieuse, et charmée. La fatalité d'une inexorable
envie marchait derrière elle, lui mettant aux épaules d'invisibles mains, qui la
poussaient. Elle eût tout donné pour pouvoir retourner sur ses pas, et
souffrait de ne pas être arrivée déjà ! Elle avait des visions de bras qui
s'ouvrent et se referment, de bouches qui se meurent, de regards qui
s'embrasent,
s'alanguissent, se ravivent. Mais qu'était-ce donc enfin qui la possédait de la
sorte ? Elle ne s'était jamais connue ainsi. Elle pensa aux antiques légendes
des enchantements d'amour. Sans nul doute, elle subissait quelque envoûtement,
quelque charme. Elle se disait bien, - marchant toujours plus vite, courant
presque, - qu'il devait y avoir un moyen de vaincre cet obstiné, cet absurde
désir, de se soustraire à une déchéance si long temps évitée. Mais, non, non,
elle n'imaginait rien, se sentait maîtrisée, n'essayait plus de lutter, courait
plus vite.
Comme elle montait la rue Saint-Georges, ses yeux, vaguement, s'arrêtèrent sur
l'étalage d'un magasin de modes.
Vingt chapeaux s'accrochaient derrière la vitrine, vifs, éclatants, ailés,
pareils à un vol d'oiseaux qui s'agriffe à des branches. Il y avait des «
mousquetaires
» de feutre noir, d'où pendent de longues plumes, et des toques de loutre,
gracieusement chiffonnées, moqueuses, impertinentes, qui ont l'air de vouloir
être portées sur l'oreille, et des « coiffes » de satin bouillonné, plus
modestes, dont les brides remuent, lentes et douces. De temps en temps entre les
rideaux de soie paille, très légère, qu'une main écartait, on voyait le joli
visage pâle de la marchande, qui avançait une tête tout auréolée à la diable
d'une courte frisure d'or, souriait aux passants, et aux passantes, avec des
lèvres dont le carmin s'avivait sous le duvet d'une petite moustache.
Mme de Ruremonde s'était arrêtée. A cause des chapeaux sans doute. Même quand on
va à un rendez-vous, on peut être ravie, au passage, par le délicat éclat
d'un oiseau de paradis collant son bec d'émail vert, étageant sa queue de petite
comète sur un retroussis de velours.
Elle entra dans le magasin, pour faire quelque emplette évidemment. Souriante,
affairée, la marchande, - à qui ses vagues moustaches seyaient fort bien
en vérité, - allait, venait dans la mignonne boutique tendue de satin mauve,
comme un boudoir ; et il y avait, au fond, deux tentures qui, s'entr'ouvrant
sous le vent de la robe, laissaient deviner plutôt que voir une autre pièce,
presque sans jour, soyeuse, mystérieuse, tendre.
Tous les chapeaux, vite retirés de l'étalage, faisaient déjà, sur la table en
bois de rose, un pêle-mêle d'ailes vivantes et de fleurs épanouies.
- Voulez-vous essayer cette toque, madame ? Elle est tout à fait à la dernière
mode et vous ira très bien.
- Non, je ne suis pas coiffée. Mettez-la, je vous prie. Je jugerai de l'effet.
La complaisante marchande se coiffa vivement de la toque.
- Ah ! elle est jolie, en effet, dit Mme de Ruremonde en espaçant elle-même, du
bout des doigts, les petits frisons de l'auréole d'or tout autour du chapeau;
et vous êtes adorable ainsi.
Elles se regardèrent, en silence, longtemps, les yeux fixes.
- J'ai d'autres chapeaux, là, dans la chambre voisine, dit enfin la marchande,
et si vouliez prendre la peine de les voir...
- Très volontiers, dit Mme de Ruremonde.
Le soir venu, elle descendait de Montmartre ; car elle n'avait pas manqué
d'aller chez son valseur de la veille ! Un peintre, en effet. Trois heures
durant,-
tandis qu'il la regardait, éperdu, - elle était restée dans l'atelier, curieuse,
furetant, riant aux nymphes étendues sur le sable marin, aux odalisques,
qui se tordent sur des lambeaux de pourpre ou sur des peaux de bêtes,
feuilletant les albums japonais, maniant les bibelots, se mirant dans le miroir
de
Venise ; puis, couchée sur le divan, elle avait écouté, les brides de son
chapeau dénouées, une cigarette rose aux lèvres, les tendres paroles de
l'artiste
agenouillé. Mais pas un sourire trop rapproché de la prière, pas un baiser !
Impeccablement vertueuse. Tous les refus après toutes les promesses. Et
maintenant,
elle s'en retournait, laissant derrière elle un désespéré de plus, ravie,
triomphante, dans sa fierté d'impassible mondaine et de flirteuse immaculée.
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Vincent Hoefman
hoefman@...
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Bonjour,
Comme vous le savez sans doute France2 propose de nouveau cette année des
téléfilms adaptés de contes et nouvelles du XIXème siècle,
pour accompagner cette démarche que nous louons, nous vous offrons aujourd'hui
une nouvelle écrite par Jules Barbey d'Aurevilly intitulée "le plus bel ami de
Don Juan" ;
Nous vous en souhaitons bonne lecture.
Fabuleusement, Vincent
Le plus bel amour de Don Juan
par
Jules Barbey d'Aurevilly
~~~~
Le meilleur régal du diable, c'est une innocence. (A.)
I
IL vit donc toujours, ce vieux mauvais sujet ?
- Par Dieu ! s'il vit ! - et par l'ordre de Dieu, madame, - fis-je en me
reprenant, car je me souvins qu'elle était dévote, - et de la paroissse
Sainte-Clotilde
encore, la paroisse des ducs ! - Le roi est mort ! Vive le roi ! disait-on sous
l'ancienne monarchie avant qu'elle fût cassée, cette vieille porcelaine
de Sèvres. Don Juan, lui, malgré toutes les démocraties, est un monarque qu'on
ne cassera pas.
- Au fait, le diable est immortel ! dit-elle comme une raison qu'elle se serait
donnée.
- Il a même...
- Qui ?... le diable ?...
- Non, Don Juan... soupé, il y a trois jours, en goguette... Devinez où ?
- A votre affreuse Maison-d'Or, sans doute...
- Fi donc, madame ! Don Juan n'y va plus... il n'y a rien là à fricasser pour sa
grandesse. Le seigneur Don Juan a toujours été un peu comme ce fameux
moine d'Arnaud de Brescia qui, racontent les Chroniques, ne vivait que du sang
des âmes. C'est avec cela qu'il aime à roser son vin de Champagne, et cela
ne se trouve plus depuis longtemps dans le cabaret des cocottes !
- Vous verrez - reprit-elle avec ironie - qu'il aura soupé au couvent des
Bénédictines, avec ces dames...
- De l'Adoration perpétuelle, oui, madame ! Car l 'adoration qu'il a inspirée
une fois, ce diable d'homme ! me fait l'effet de durer toujours.
- Pour un catholique, je vous trouve profanant, - dit-elle lentement, mais un
peu crispée, - et je vous prie de m'épargner le détail des soupers de vos
coquines, si c'est une manière inventée par vous de m'en donner des nouvelles
que de me parler, ce soir, de Don Juan.
- Je n'invente rien, madame. Les coquines du souper en question, si ce sont des
coquines, ne sont pas les miennes... malheureusement...
- Assez, monsieur !
- Permettez-moi d'être modeste. C'étaient...
- Les mille è trè ?... - fit-elle, curieuse, se ravisant, presque revenue à
l'amabilité. - Oh ! pas toutes, madame... Une douzaine seulement. C'est déjà,
comme cela, bien assez honnête...
- Et déshonnête aussi, - ajouta-t-elle.
- D'ailleurs, vous savez aussi bien que moi qu'il ne peut pas tenir beaucoup de
monde dans le boudoir de la comtesse de Chiffrevas. On a pu y faire des
choses grandes ; mais il est fort petit, ce boudoir...
- Comment ? - se récria-t-elle, étonnée. - C'est donc dans le boudoir qu'on aura
soupé ?...
- Oui, madame, c'est dans le boudoir. Et pourquoi pas ? On dîne bien sur un
champ de bataille. On voulait donner un souper extraordinaire au seigneur Don
Juan, et c'était plus digne de lui de le lui donner sur le théâtre de sa gloire,
là où les souvenirs fleurissent à la place des orangers. Jolie idée, tendre
et mélancolique ! Ce n'était pas le bal des victimes ; c'en était le souper.
- Et Don Juan ? - dit-elle, comme Orgon dit : «Et Tartufe ?» dans la pièce.
- Don Juan a fort bien pris la chose et très bien soupé,
... Lui, tout seul, devant elles !
dans la personne de quelqu'un que vous connaissez... et qui n'est pas moins que
le comte Jules-Amédée-Hector de Ravila de Ravilès.
- Lui ! C'est bien, en effet, Don Juan, - dit-elle.
Et, quoiqu'elle eût passé l'âge de la rêverie, cette dévote à bec et à ongles,
elle se mit à rêver au comte Jules-Amédée-Hector, - à cet homme de race Juan,
- de cette antique race Juan éternelle, à qui Dieu n'a pas donné le monde, mais
a permis au diable de le lui donner.
II
Ce que je venais de dire à la vieille marquise Guy de Ruy était l'exacte vérité.
Il y avait trois jours à peine qu'une douzaine de femmes du vertueux faubourg
Saint-Germain (qu'elles soient bien tranquilles, je ne les nommerai pas !)
lesquelles, toutes les douze, selon les douairières du commérage, avaient été
du dernier bien (vieille expression charmante) avec le comte Ravila de Ravilès,
s'étaient prises de l'idée singulière de lui offrir à souper, - à lui seul
d'homme - pour fêter... quoi ? elles ne le disaient pas. C'était hardi, qu'un
tel souper ; mais les femmes, lâches individuellement, en troupe sont
audacieuses.
Pas une peut-être de ce souper féminin n'aurait osé l'offrir chez elle, en tête
à tête, au comte Jules-Amédée-Hector ; mais ensemble, et s'épaulant toutes,
les unes par les autres, elles n'avaient pas craint de faire la chaîne du baquet
de Mesmer autour de cet homme magnétique et compromettant, le comte de
Ravila de Ravilès...
- Quel nom !
- Un nom providentiel, madame... Le comte de Ravila de Ravilès, qui, par
parenthèse, avait toujours obéi à la consigne de ce nom impérieux, était bien
l'incarnation de tous les séducteurs dont il est parlé dans les romans et dans
l'histoire, et la marquise Guy de Ruy - une vieille mécontente, aux yeux
bleus, froids et affilés, mais moins froids que son coeur et moins affilés que
son esprit, - convenait elle-même que, dans ce temps, où la question des
femmes perd chaque jour de son importance, s'il y avait quelqu'un qui pût
rappeler don Juan, à coup sûr ce devait être lui ! Malheureusement, c'était Don
Juan au cinquième acte. Le prince de Ligne ne pouvait faire entrer dans sa
spirituelle tête qu'Alcibiade eût jamais eu cinquante ans. Or, par ce côté-là
encore, le comte de Ravila allait continuer toujours Alcibiade. Comme d'Orsay,
ce dandy taillé dans le bronze de Michel-Ange, qui fut beau jusqu'à sa dernière
heure, Ravila avait eu cette beauté particulière à la race Juan, - à cette
mystérieuse race qui ne procède pas de père en fils, comme les autres, mais
qui apparaît, çà et là, à de certaines distances, dans les familles de
l'humanité.
C'était la vraie beauté, - la beauté insolente, joyeuse, impériale, juanesque
enfin ; le mot dit tout et dispense de la description ; et - avait-il fait
un pacte avec le diable ? - Il l'avait toujours... Seulement, Dieu retrouvait
son compte ; les griffes de tigre de la vie commençaient à lui rayer ce front
divin, couronné des roses de tant de lèvres, et sur ses larges tempes impies
apparaissaient les premiers cheveux blancs qui annoncent l'invasion prochaine
des Barbares et la fin de l'Empire... Il les portait, du reste, avec
l'impassibilité de l'orgueil surexcité par la puissance ; mais les femmes qui
l'avaient
aimé les regardaient parfois avec mélancolie. Qui sait ? elles regardaient
peut-être l'heure qu'il était pour elles à ce front ? Hélas, pour elles comme
pour lui, c'était l'heure du terrible souper avec le froid Commandeur de marbre
blanc, après lequel il n'y a plus que l'enfer, - l'enfer de la vieillesse,
en attendant l'autre ! Et voilà pourquoi peut-être, avant de partager avec lui
ce souper amer et suprême, elles pensèrent à lui offrir le leur et qu'elles
en firent un chef-d'oeuvre.
Oui, un chef-d'oeuvre de goût, de délicatesse, de luxe patricien, de recherche,
de jolies idées ; le plus charmant, le plus délicieux, le plus friand, le
plus capiteux, et surtout le plus original des soupers. Original ! pensez donc !
C'est ordinairement la joie, la soif de s'amuser qui donne à souper ;
mais ici, c'était le souvenir, c'était le regret, c'était presque le désespoir,
mais le désespoir en toilette, caché sous des sourires ou sous des rires,
et qui voulait encore cette fête ou cette folie dernière, encore cette escapade
vers la jeunesse revenue pour une heure, encore cette griserie, pour qu'il
en fût fait à jamais !...
Les Amphytrionnes de cet incroyable souper, si peu dans les moeurs trembleuses
de la société à laquelle elles appartenaient, durent y éprouver quelque chose
de ce que Sardanapale ressentit sur son bûcher, quand il y entassa pour périr
avec lui, ses femmes, ses esclaves, ses chevaux, ses bijoux, toutes les
opulences
de sa vie. Elles, aussi, entassèrent à ce souper brûlant toutes les opulences de
la leur. Elles y apportèrent tout ce qu'elles avaient de beauté, d'esprit,
de ressources, de parure, de puissance, pour les verser, en une seule fois, en
ce suprême flamboiement.
L'homme devant lequel elles s'enveloppèrent et se drapèrent dans cette dernière
flamme, était plus à leurs yeux qu'aux yeux de Sardanapale toute l'Asie.
Elles furent coquettes pour lui comme jamais femmes ne le furent pour aucun
homme, comme jamais femmes ne le furent pour un salon plein ; et cette
coquetterie,
elles l'embrasèrent de cette jalousie qu'on cache dans le monde et qu'elles
n'avaient point besoin de cacher, car elles savaient toutes que cet homme avait
été à chacune d'elles, et la honte partagée n'en est plus... C'était, parmi
elles toutes, à qui graverait le plus avant son épitaphe dans son coeur.
Lui, il eut, ce soir-là, la volupté repue, souveraine, nonchalante, dégustatrice
du confesseur de nonnes et du sultan. Assis comme un roi - comme le maître
- au milieu de la table, en face de la comtesse de Chiffrevas, dans ce boudoir
fleur de pêcher ou de... péché (on n'a jamais bien su l'orthographe de la
couleur de ce boudoir), le comte de Ravila embrassait de ses yeux, bleu d'enfer,
que tant de pauvres créatures avaient pris pour le bleu du ciel, ce cercle
rayonnant de douze femmes, mises avec génie, et qui, à cette table, chargée de
cristaux, de bougies allumées et de fleurs, étalaient, depuis le vermillon
de la rose ouverte jusqu'à l'or adouci de la grappe ambrée, toutes les nuances
de la maturité.
Il n'y avait pas là de ces jeunesses vert tendre, de ces petites demoiselles
qu'exécrait Byron, qui sentent la tartelette et qui, par la tournure, ne sont
encore que des épluchettes, mais tous étés splendides et savoureux, plantureux
automnes, épanouissements et plénitudes, seins éblouissants battant leur
plein majestueux au bord découvert des corsages, et, sous les camées de l'épaule
nue, des bras de tout galbe, mais surtout des bras puissants, de ces biceps
de Sabines qui ont lutté avec les Romains, et qui seraient capables de
s'entrelacer, pour l'arrêter, dans les rayons de la roue du char de la vie.
J'ai parlé d'idées. Une des plus charmantes de ce souper avait été de le faire
servir par des femmes de chambre, pour qu'il ne fût pas dit que rien n'eût
dérangé l'harmonie d'une fête dont les femmes étaient les seules reines,
puisqu'elles en faisaient les honneurs... Le seigneur Don Juan - branche de
Ravila
- put donc baigner ses fauves regards dans une mer de chairs lumineuses et
vivantes comme Rubens en met dans ses grasses et robustes peintures, mais il
put plonger aussi son orgueil dans l'éther plus ou moins limpide, plus ou moins
troublé de tous ces coeurs. C'est qu'au fond, et malgré tout ce qui pourrait
empêcher de le croire, c'est un rude spiritualiste que Don Duan ! Il l'est comme
le démon lui-même, qui aime les âmes encore plus que les corps, et qui
fait même cette traite-là de préférence à l'autre, le négrier infernal !
Spirituelles, nobles, du ton le plus faubourg Saint-Germain, mais ce soir-là
hardies comme des pages de la maison du Roi quand il y avait une maison du
Roi et des pages, elles furent d'un étincellement d'esprit, d'un mouvement,
d'une verve et d'un brio incomparables. Elles s'y sentirent supérieures à tout
ce qu'elles avaient été dans leurs plus beaux soirs. Elles y jouirent d'une
puissance inconnue qui se dégageait, du fond d'elles-mêmes, et dont jusque-là
elles ne s'étaient jamais doutées.
Le bonheur de cette découverte, la sensation des forces triplées de la vie ; de
plus, les influences physiques, si décisives sur les êtres nerveux, l'éclat
des lumières, l'odeur pénétrante de toutes ces fleurs qui se pâmaient dans
l'atmosphère chauffée par ces beaux corps aux effluves trop forts pour elles,
l'aiguillon des vins provocants, l'idée de ce souper qui avait justement le
mérite piquant du péché que la Napolitaine demandait à son sorbet pour le
trouver
exquis, la pensée enivrante de la complicité dans ce petit crime d'un souper
risqué, oui ! mais qui ne versa pas vulgairement dans le souper régence ;
qui resta un souper faubourg Saint-Germain et XIXe siècle, et où de tous ces
adorables corsages, doublés de coeurs qui avaient vu le feu et qui aimaient
à l'agacer encore, pas une épingle ne tomba ; - toutes ces choses enfin,
agissant à la fois, tendirent la harpe mystérieuse que toutes ces merveilleuses
organisations portaient en elles, aussi fort qu'elle pouvait être tendue sans se
briser, et elles arrivèrent à des octaves sublimes, à d'inexprimables
diapasons... Ce dut être curieux, n'est-ce pas ? Cette page inouïe de ses
Mémoires, Ravila l'écrira-t-il un jour ?... C'est une question, mais lui seul
peut l'écrire... Comme je le dis à la marquise Guy de Ruy, je n'étais pas à ce
souper, et si j'en vais rapporter quelques détails et l'histoire par laquelle
il finit, c'est que je les tiens de Ravila lui-même, qui, fidèle à
l'indiscrétion traditionnelle et caractéristique de la race Juan, prit la peine,
un
soir, de me les raconter.
III
Il était donc tard, - c'est-à-dire tôt ! Le matin venait. Contre le plafond et à
une certaine place des rideaux de soie rose du boudoir, hermétiquement
fermés, on voyait poindre et rondir une goutte d'opale, comme un oeil
grandissant, l'oeil du jour curieux qui aurait regardé par là ce qu'on faisait
dans
ce boudoir enflammé. L'alanguissement commençait à prendre les chevalières de
cette Table-Ronde, ces soupeuses, si animées il n'y avait qu'un moment. On
connaît ce moment-là de tous les soupers où la fatigue de l'émotion et de la
nuit passée semble se projeter sur tout, sur les coiffures qui s'affaissent,
les joues vermillonnées ou pâlies qui brûlent, les regards lassés dans les yeux
cernés qui s'alourdissent, et même jusque sur les lumières élargies et
rampantes des mille bougies des candélabres, ces bouquets de feu aux tiges
sculptées de bronze et d'or.
La conversation générale, longtemps faite d'entrain, partie de volant où chacun
avait allongé son coup de raquette, s'était fragmentée, émiettée, et rien
de distinct ne s'entendait plus dans le bruit harmonieux de toutes ces voix, aux
timbres aristocratiques, qui se mêlaient et babillaient comme les oiseaux,
à l'aube, sur la lisière d'un bois... quand l'une d'elles, - une voix de tête,
celle-là ! - impérieuse et presque impertinente, comme doit l'être une voix
de duchesse, dit tout à coup, par-dessus toutes les autres, au comte de Ravila,
ces paroles qui étaient sans doute la suite et la conclusion d'une conversation,
à voix basse, entre eux deux, que personne de ces femmes, qui causaient, chacune
avec sa voisine, n'avait entendue :
- Vous qui passez pour le Don Juan de ce temps-ci, vous devriez nous raconter
l'histoire de la conquête qui a le plus flatté votre orgueil d'homme aimé
et que vous jugez, à cette lueur du moment présent, le plus bel amour de votre
vie ?...
Et la question, autant que la voix qui parlait, coupa nettement dans le bruit
toutes ces conversations éparpillées et fit subitement le silence.
C'était la voix de la duchesse de ***. - Je ne lèverai pas son masque
d'astérisques ; mais peut-être la reconnaîtrez-vous, quand je vous aurai dit que
c'est
la blonde la plus pâle de teint et de cheveux, et les yeux les plus noirs sous
ses longs sourcils d'ambre, de tout le faubourg Saint-Germain. - Elle était
assise, comme un juste à la droite de Dieu, à la droite du comte de Ravila, le
dieu de cette fête, qui ne réduisait pas alors ses ennemis à lui servir
de marche-pied ; mince et idéale comme une arabesque et comme une fée, dans sa
robe de velours vert aux reflets d'argent, dont la longue traîne se tordait
autour de sa chaise, et figurait assez bien la queue de serpent par laquelle se
terminait la croupe charmante de Mélusine.
- C'est là une idée ! - fit la comtesse de Chiffrevas, comme pour appuyer, en sa
qualité de maîtresse de maison, le désir et la motion de la duchesse, -
oui, l'amour de tous les amours, inspirés ou sentis, que vous voudriez le plus
recommencer, si c'était possible.
- Oh ! je voudrais les recommencer tous ! -fit Ravila avec cet inassouvissement
d'Empereur romain qu'ont parfois ces blasés immenses. Et il leva son verre
de champagne, qui n'était pas la coupe bête et païenne par laquelle on l'a
remplacé, mais le verre élancé et svelte de nos ancêtres, qui est le vrai verre
de champagne, - celui qu'on appelle une flûte, peut-être à cause de célestes
mélodies qu'il nous verse souvent au coeur ! - Puis il étreignit d'un regard
circulaire toutes ces femmes qui formaient autour de la table une si magnifique
ceinture. - Et cependant, - ajouta-t-il en replaçant son verre devant lui
avec une mélancolie étonnante pour un tel Nabuchodonosor qui n'avait encore
mangé d'herbe que les salades à l'estragon du café Anglais, - et cependant
c'est la vérité, qu'il y en a un entre tous les sentiments de la vie, qui
rayonne toujours dans le souvenir plus fort que les autres, à mesure que la vie
s'avance, et pour lequel on les donnerait tous !
- Le diamant de l'écrin, - dit la comtesse de Chiffrevas songeuse, qui regardait
peut-être dans les facettes du sien.
-... Et de la légende de mon pays, - reprit à son tour la princesse Jable... qui
est du pied des monts Ourals, - ce fameux et fabuleux diamant, rose d'abord,
qui devient noir ensuite, mais qui reste diamant, plus brillant encore noir que
rose... - Elle dit cela avec le charme étrange qui est en elle, cette Bohémienne
! car c'est une Bohémienne, épousée par amour par le plus beau prince de
l'émigration polonaise, et qui a l'air aussi princesse que si elle était née
sous
les courtines des Jagellons.
Alors, ce fut une explosion ! «Oui, firent-elles toutes. - Dites-nous cela,
comte !» ajoutèrent-elles passionnément, suppliantes déjà, avec les
frémissements
de la curiosité jusque dans les frisons de leurs cous, par derrière ; se
tassant, épaule contre épaule ; les unes la joue dans la main, le coude sur la
table ; les autres, renversées au dossier des chaises, l'éventail déplié sur la
bouche ; le fusillant toutes de leurs yeux émerillonnés et inquisiteurs.
- Si vous le voulez absolument... - dit le comte, avec la nonchalance d'un homme
qui sait que l'attente exaspère le désir.
- Absolument ! - dit la duchesse en regardant - comme un despote turc aurait
regardé le fil de son sabre - le fil d'or de son couteau de dessert.
- Écoutez donc, - acheva-t-il, toujours nonchalant.
Elles se fondaient d'attention, en le regardant. Elles le buvaient et le
mangeaient des yeux. Toute histoire d'amour intéresse les femmes ; mais qui sait
? peut-être le charme de celle-ci était-il, pour chacune d'elles, la pensée que
l'histoire qu'il allait raconter pouvait être la sienne... Elles le savaient
trop gentilhomme et de trop grand monde pour n'être pas sûres qu'il sauverait
les noms et qu'il épaissirait, quand il le faudrait, les détails par trop
transparents ; et cette idée, cette certitude leur faisait d'autant plus désirer
l'histoire. Elles en avaient mieux que le désir : elles en avaient l'espérance.
Leur vanité se trouvait des rivales dans ce souvenir évoqué comme le plus beau
souvenir de la vie d'un homme, qui devait en avoir de si beaux et de si nombreux
! Le vieux sultan allait jeter une fois de plus le mouchoir... que nulle main ne
ramasserait, mais que celle à qui il serait jeté sentirait tomber
silencieusement
dans son coeur...
Or voici, avec ce qu'elles croyaient, le petit tonnerre inattendu qu'il fit
passer sur tous ces fronts écoutants :
IV
«J'ai ouï dire souvent à des moralistes, grands expérimentateurs de la vie, -
dit le comte de Ravila, - que le plus fort de tous nos amours n'est ni le
premier, ni le dernier, comme beaucoup le croient ; c'est le second. Mais en
fait d'amour, tout est vrai et tout est faux, et, du reste, cela n'aura pas
été pour moi... Ce que vous me demandez, mesdames, et ce que j'ai, ce soir, à
vous raconter, remonte au plus bel instant de ma jeunesse. Je n'étais plus
précisément ce qu'on appelle un jeune homme, mais j'étais un homme jeune, et,
comme disait un vieil oncle à moi, chevalier de Malte, pour désigner cette
époque de la vie, «j'avais fini mes caravanes». En pleine force donc, je me
trouvais en pleine relation aussi, comme on dit si joliment en Italie, avec
une femme que vous connaissez toutes et que vous avez toutes admirée...»
Ici le regard que se jetèrent en même temps, chacune à toutes les autres, ce
groupe de femmes qui aspiraient les paroles de ce vieux serpent, fut quelque
chose qu'il faut avoir vu, car c'est inexprimable.
«Cette femme était bien, - continua Ravila, - tout ce que vous pouvez imaginer
de plus distingué, dans tous les sens que l'on peut donner à ce mot. Elle
était jeune, riche, d'un nom superbe, belle, spirituelle, d'une large
intelligence d'artiste, et naturelle avec cela, comme on l'est dans votre monde,
quand on l'est... D'ailleurs, n'ayant, dans ce monde-là, d'autre prétention que
celle de me plaire et de se dévouer ; que de me paraître la plus tendre
des maîtresses et la meilleure des amies.
«Je n'étais pas, je crois, le premier homme qu'elle eût aimé... Elle avait déjà
aimé une fois, et ce n'était pas son mari ; mais ç'avait été vertueusement,
platoniquement, utopiquement, de cet amour qui exerce le coeur plus qu'il ne le
remplit ; qui en prépare les forces pour un autre amour qui doit toujours
bientôt le suivre : de cet amour d'essai, enfin, qui ressemble à la messe
blanche que disent les jeunes prêtres pour s'exercer à dire, sans se tromper,
la vraie messe, la messe consacrée... Lorsque j'arrivai dans sa vie, elle n'en
était encore qu'à la messe blanche. C'est moi qui fus la véritable messe,
et elle la dit alors avec toutes les cérémonies de la chose et somptueusement,
comme un cardinal».
A ce mot-là, le plus joli rond de sourires tourna sur ces douze délicieuses
bouches attentives, comme une ondulation circulaire sur la surface limpide d'un
lac.... Ce fut rapide, mais ravissant !
«C'était vraiment un être à part ! - reprit le comte. - J'ai vu rarement plus de
bonté vraie, plus de pitié, plus de sentiments excellents, jusque dans
la passion qui, comme vous le savez, n'est pas toujours bonne... Je n'ai jamais
vu moins de manège, moins de pruderie et de coquetterie, ces deux choses
si souvent emmêlées dans les femmes, comme un écheveau dans lequel la griffe du
chat aurait passé... Il n'y avait point de chat en celle-ci... Elle était
ce que ces diables de faiseurs de livres, qui nous empoisonnent de leurs
manières de parler, appelleraient une nature primitive, parée par la
civilisation
; mais elle n'en avait que les luxes charmants, et pas une seule de ces petites
corruptions qui nous paraissent encore plus charmantes que ces luxes...»
- Était-elle brune ? - interrompit tout à coup et à brûle-pourpoint la duchesse,
impatientée de toute cette métaphysique.
- «Ah ! vous n'y voyez pas assez clair ! - dit Ravila finement. - Oui, elle
était brune, brune de cheveux jusqu'au noir le plus jais, le plus miroir d'ébène
que j'aie jamais vu reluire sur la voluptueuse convexité lustrée d'une tête de
femme, mais elle était blonde de teint, - et c'est au teint et non aux cheveux
qu'il faut juger si on est brune ou blonde, - ajouta le grand observateur, qui
n'avait pas étudié les femmes seulement pour en faire des portraits. - C'était
une blonde aux cheveux noirs...»
Toutes les têtes blondes de cette table, qui ne l'étaient, elles, que de
cheveux, firent un mouvement imperceptible. Il était évident que pour elles
l'intérêt
de l'histoire diminuait déjà.
«Elle avait les cheveux de la Nuit, - reprit Ravila, - mais sur le visage de
l'Aurore, car son visage resplendissait de cette fraîcheur incarnadine,
éblouissante
et rare, qui avait résisté à tout dans cette vie nocturne de Paris dont elle
vivait depuis des années, et qui brûle tant de roses à la flamme de ses
candélabres.
Il semblait que les siennes s'y fussent seulement embrasées, tant sur ses joues
et sur ses lèvres le carmin en était presque lumineux ! Leur double éclat
s'accordait bien, du reste, avec le rubis qu'elle portait habituellement sur le
front, car, dans ce temps-là, on se coiffait en ferronnière, ce qui faisait
dans son visage, avec ses deux yeux incendiaires dont la flamme empêchait de
voir la couleur, comme un triangle de trois rubis ! Élancée, mais robuste,
majestueuse même, taillée pour être la femme d'un colonnel de cuirassiers, - son
mari n'était alors chef d'escadron que dans la cavalerie légère, - elle
avait, toute grande dame qu'elle fût, la santé d'une paysanne qui boit le soleil
par la peau, et elle avait aussi l'ardeur de ce soleil bu, autant dans
l'âme que dans les veines, - oui, présente et toujours prête... Mais voici où
l'étrange commençait ! Cet être puissant et ingénu, cette nature purpurine
et pure comme le sang qui arrosait ses belles joues et rosait ses bras, était...
le croiriez-vous ? maladroite aux caresses...»
Ici quelques yeux se baissèrent, mais se relevèrent, malicieux...
«Maladroite aux caresses comme elle était imprudente dans la vie, - continua
Ravila, qui ne pesa pas plus que cela sur le renseignement. - Il fallait que
l'homme qu'elle aimait lui enseignât incessamment deux choses qu'elle n'a jamais
apprises, du reste... à ne pas se perdre vis-à-vis d'un monde toujours
armé et toujours implacable, et à pratiquer dans l'intimité le grand art de
l'amour, qui empêche l'amour de mourir. Elle avait cependant l'amour ; mais
l'art de l'amour lui manquait... C'était le contraire de tant de femmes, qui
n'en ont que l'art ! Or, pour comprendre et appliquer la politique du Prince,
il faut être déjà Borgia. Borgia précède Machiavel. L'un est le poète ; l'autre,
le critique. Elle n'était nullement Borgia. C'était une honnête femme
amoureuse, naïve, malgré sa colossale beauté, comme la petite fille du dessus de
porte, qui, ayant soif, veut prendre dans sa main de l'eau de la fontaine,
et qui, haletante, laisse tout tomber à travers ses doigts, et reste confuse...
«C'était presque joli, du reste, que le contraste de cette confusion, et de
cette gaucherie avec cette grande femme passionnée, qui, à la voir dans le
monde,
eût trompé tant d'observateurs, - qui avait tout de l'amour, même le bonheur,
mais qui n'avait pas la puissance de le rendre comme on le lui donnait.
Seulement,
je n'étais pas alors assez contemplateur pour me contenter de ce joli d'artiste,
et c'est même la raison qui, à certains jours, la rendait inquiète, jalouse
et violente, - tout ce qu'on est quand on aime, et elle aimait ! - Mais,
jalousie, inquiétude, violence, tout cela mourait dans l'inépuisable bonté de
son coeur, au premier mal qu'elle voulait ou qu'elle croyait faire, maladroite à
la blessure comme à la caresse ! Lionne, d'une espèce inconnue, qui s'imaginait
avoir des griffes, et qui, quand elle voulait les allonger, n'en trouvait jamais
dans ses magnifiques pattes de velours. C'est avec du velours qu'elle
égratignait !»
- Où va-t-il en venir ? - dit la comtesse de Chiffrevas à sa voisine, - car,
vraiment, ce ne peut pas être là le plus bel amour de Don Juan !
Toutes ces compliquées ne pouvaient croire à cette simplicité !
«Nous vivions donc, - dit Ravila, - dans une intimité qui avait parfois des
orages, mais qui n'avait pas de déchirements, et cette intimité n'était, dans
cette ville de province qu'on appelle Paris, un mystère pour personne... La
marquise... elle était marquise...»
Il y en avait trois à cette table, et brunes de cheveux aussi. Mais elles ne
cillèrent pas. Elles savaient trop que ce n'était pas d'elles qu'il parlait...
Le seul velours qu'elles eussent, à toutes les trois, était sur la lèvre
supérieure de l'une d'elles, - lèvre voluptueusement estompée, qui, pour le
moment,
je vous jure, exprimait pas mal de dédain.
«... Et marquise trois fois, comme les pachas peuvent être pachas à trois queues
! - continua Ravila, à qui la verve venait. - La marquise était de ces
femmes qui ne savent rien cacher et qui, quand elles le voudraient, ne le
pourraient pas. Sa fille même, une enfant de treize ans, malgré son innocence,
ne s'apercevait que trop du sentiment que sa mère avait pour moi. Je ne sais
quel poète a demandé ce que pensent de nous les filles dont nous avons aimé
les mères. Question profonde ! que je me suis souvent faite quand je surprenais
le regard d'espion, noir et menaçant, embusqué sur moi, du fond des grands
yeux sombres de cette fillette. Cette enfant, d'une réserve farouche, qui le
plus souvent quittait le salon quand je venais et qui se mettait le plus loin
possible de moi quand elle était obligée d'y rester, avait pour ma personne une
horreur presque convulsive... qu'elle cherchait à cacher en elle, mais
qui, plus forte qu'elle, la trahissait... Cela se révélait dans d'imperceptibles
détails, mais dont pas un ne m'échappait. La marquise, qui n'était pourtant
pas une observatrice, me disait sans cesse : «Il faut prendre garde, mon ami. Je
crois ma fille jalouse de vous...»
«J'y prenais garde beaucoup plus qu'elle.
«Cette petite, aurait-elle été le diable en personne, je l'aurais bien défiée de
lire dans mon jeu... Mais le jeu de sa mère était transparent. Tout se
voyait dans le miroir pourpre de ce visage, si souvent troublé ! A l'espèce de
haine de la fille, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'elle avait surpris
le secret de sa mère à quelque émotion exprimée, dans quelque regard trop noyé,
involontairement, de tendresse. C'était, si vous voulez le savoir, une
enfant chétive, parfaitement indigne du moule splendide où elle était sortie,
laide, même de l'aveu de sa mère, qui ne l'en aimait que davantage ; une
petite topaze brûlée... que vous dirai-je ? une espèce de maquette de bronze,
mais avec des yeux noirs... Une magie ! Et qui, depuis...»
Il s'arrêta après cet éclair... comme s'il avait voulu l'éteindre et qu'il en
eût trop dit... L'intérêt était revenu général, perceptible, tendu, à toutes
les physionomies, et la comtesse avait dit même entre ses belles dents le mot de
l'impatience éclairée : «Enfin !»
V
«Dans les commencements de ma liaison avec sa mère, - reprit le comte de Ravila,
- J'avais eu avec cette petite fille toutes les familiarités caressantes
qu'on a avec tous les enfants... Je lui apportais des sacs de dragées. Je
l'appelais «petite masque», et très souvent, en causant avec sa mère, je
m'amusais
à lui lisser son bandeau sur la tempe, - un bandeau de cheveux malades, noirs,
avec des reflets d'amadou, - mais «la petite masque», dont la grande bouche
avait un joli sourire pour toute le monde, recueillait, repliait son sourire
pour moi, fronçait âprement ses sourcils, et, à force de se crisper, devenait
d'une «petite masque» un vrai masque ridé de cariatide humiliée, qui semblait,
quand ma main passait sur son front, porter le poids d'un entablement sous
ma main.
«Aussi bien, en voyant cette maussaderie toujours retrouvée à la même place et
qui semblait une hostilité, j'avais fini par laisser là cette sensitive,
couleur de souci, qui se rétractait si violemment au contact de la moindre
caresse... et je ne lui parlais même plus ! «Elle sent bien que vous la volez,
- me disait la marquise. - Son instinct lui dit que vous lui prenez une portion
de l'amour de sa mère». Et quelquefois, elle ajoutait dans sa droiture
: «C'est ma conscience que cette enfant, et mon remords, sa jalousie».
«Un jour, ayant voulu l'interroger sur cet éloignement profond qu'elle avait
pour moi, la marquise n'en avait obtenu que ces réponses brisées, têtues,
stupides,
qu'il faut tirer, avec un tire-bouchon d'interrogations répétées, de tous les
enfants qui ne veulent rien dire... «Je n'aie rien... Je ne sais pas», et
voyant la dureté de ce petit bronze, elle avait cessé de lui faire des
questions, et, de lassitude, elle s'était détournée...
«J'ai oublié de vous dire que cette enfant bizarre était très dévote, d'une
dévotion sombre, espagnole, moyen âge, superstitieuse. Elle tordait autour de
son maigre corps toutes sortes de scapulaires et se plaquait sur sa poitrine,
unie comme le dos de la main, et autour de son cou bistré, des tas de croix,
de bonnes Vierges et de Saint-Esprits ! «Vous êtes malheureusement un impie, -
me disait la marquise. - Un jour, en causant, vous l'aurez peut-être
scandalisée.
Faites attention à tout ce que vous dites devant elle, je vous en supplie.
N'aggravez pas mes torts aux yeux de cette enfant envers qui je me sens déjà
si coupable !» Puis, comme la conduite de cette petite ne changeait point, ne se
modifiait point : «Vous finirez par la haïr, - ajoutait la marquise inquiète,
- et je ne pourrai pas vous en vouloir». Mais elle se trompait ; je n'étais
qu'indifférent pour cette maussade fillette, quand elle ne m'impatientait pas.
«J'avais mis entre nous la politesse qu'on a entre grandes personnes, et entre
grandes personnes qui ne s'aiment point. Je la traitais avec cérémonie,
l'appelant
gros comme le bras : «Mademoiselle», et elle me renvoyait un «Monsieur» glacial.
Elle ne voulait rien faire devant moi qui pût la mettre, je ne dis pas
en valeur, mais seulement en dehors d'elle-même... Jamais sa mère ne put la
décider à me montrer un de ses dessins, ni à jouer devant moi un air de piano.
Quand je l'y surprenais, étudiant avec beaucoup d'ardeur et d'attention, elle
s'arrêtait court, se levait du tabouret et ne jouait plus...
«Une seule fois, sa mère l'exigeant (il y avait du monde), elle se plaça devant
l'instrument ouvert avec un de ces airs victime qui, je vous assure, n'avait
rien de doux, et elle commença je ne sais quelle partition avec des doigts
abominablement contrariés. J'étais debout à la cheminée, et je la regardais
obliquement. Elle avait le dos tourné de mon côté, et il n'y avait pas de glace
devant elle dans laquelle elle pût voir que je la regardais... Tout à coup
son dos (elle se tenait habituellement mal, et sa mère lui disait souvent : «Si
tu te tiens toujours ainsi, tu finiras par te donner une maladie de poitrine»),
tout à coup son dos se redressa, comme si je lui avais cassé l'épine dorsale
avec mon regard comme avec une balle ; et abattant violemment le couvercle
du piano, qui fit un bruit effroyable en tombant, elle se sauva du salon... On
alla la chercher ; mais ce soir-là, on ne put jamais l'y faire revenir.
«Eh bien, il paraît que les hommes les plus fats ne le sont jamais assez, car la
conduite de cette ténébreuse enfant, qui m'intéressait si peu, ne me donna
rien à penser sur le sentiment qu'elle avait pour moi. Sa mère, non plus. Sa
mère, qui était jalouse de toutes les femmes de son salon, ne fut pas plus
jalouse que je n'étais fat avec cette petite fille, qui finit par se révéler
dans un de ces faits que la marquise, l'expansion même dans l'intimité, pâle
encore de la terreur qu'elle avait ressentie, et riant aux éclats de l'avoir
éprouvée, eut l'imprudence de me raconter».
Il avait souligné, par inflexion, le mot d'imprudence comme eût fait le plus
habile acteur et en homme qui savait que tout l'intérêt de son histoire ne
tenait plus qu'au fil de ce mot-là !
Mais cela suffisait apparemment, car ces douze beaux visages de femmes s'étaient
renflammés d'un sentiment aussi intense que les visages des Chérubins devant
le trône de Dieu. Est-ce que le sentiment de la curiosité chez les femmes n'est
pas aussi intense que le sentiment de l'adoration chez les Anges ?... Lui,
les regarda tous, ces visages de Chérubins qui ne finissaient pas aux épaules,
et les trouvant à point, sans doute, pour ce qu'il avait à leur dire, il
reprit vite et ne s'arrêta plus :
«Oui, elle riait aux éclats, la marquise, rien que d'y penser ! - me dit-elle à
quelque temps de là, lorsqu'elle me rapporta la chose ; mais elle n'avait
pas toujours ri ! - «Figurez-vous, - me conta-t-elle (je tâcherai de me rappeler
ses propres paroles), - que j'étais assise là où nous sommes maintenant».
«- (C'était sur une de ces causeuses qu'on appelait des dos-à-dos, le meuble le
mieux inventé pour se bouder et se raccommoder sans changer de place).
«Mais vous n'étiez pas où vous voilà, heureusement ! quand on m'annonça...
devinez qui ? vous ne le devineriez jamais... M. le curé de
Saint-Germain-des-Prés.
Le connaissez-vous ?... Non ! Vous n'allez jamais à la messe, ce qui est très
mal... Comment pourriez-vous donc connaître ce pauvre vieux curé qui est
un saint, et qui ne met le pied chez aucune femme de sa paroisse, sinon quand il
s'agit d'une quête pour ses pauvres ou pour son église ? Je crus tout
d'abord que c'était pour cela qu'il venait.
«Il avait dans le temps fait faire sa première communion à ma fille, et elle,
qui communiait souvent, l'avait gardé pour confesseur. Pour cette raison,
bien des fois, depuis ce temps-là, je l'avais invité à dîner, mais en vain.
Quand il entra, il était extrêmement troublé, et je vis sur ses traits,
d'ordinaire
si placides, un embarras si peu dissimulé et si grand, qu'il me fut impossible
de le mettre sur le compte de la timidité toute seule, et que je ne pus
m'empêcher de lui dire pour première parole : Eh ! mon Dieu ! qu'y a-t-il,
monsieur le curé ?
«- Il y a, - me dit-il, - madame, que vous voyez l'homme le plus embarrassé
qu'il y ait au monde. Voilà plus de cinquante ans que je suis dans le saint
ministère, et je n'ai jamais été chargé d'une commission plus délicate et que je
comprisse moins que celle que j'ai à vous faire...»
«Et il s'assit, me demanda de faire fermer ma porte tout le temps de notre
entretien. Vous sentez bien que toutes ces solennités m'effrayaient un peu...
Il s'en aperçut.
«- Ne vous effrayez pas à ce point, madame, - reprit-il ; - vous avez besoin de
tout votre sang-froid pour m'écouter et pour me faire comprendre, à moi,
la chose inouïe dont il s'agit, et qu'en vérité, je ne puis admettre...
Mademoiselle votre fille, de la part de qui je viens, est, vous les avez comme
moi, un ange de pureté et de piété. Je connais son âme. Je la tiens dans mes
mains depuis l'âge de sept ans, et je suis persuadé qu'elle se trompe... à
force d'innocence peut-être... Mais, ce matin, elle est venue me déclarer en
confession qu'elle était, vous ne le croirez pas, madame, ni moi non plus,
mais il faut bien dire le mot... enceinte !»
«Je poussai un cri...
- «J'en ai poussé un comme vous dans mon confessionnal, ce matin, reprit le
curé, à cette déclaration faite par elle avec toutes les marques du désespoir
le plus sincère et le plus affreux ! Je sais à fond cette enfant. Elle ignore
tout de la vie et du péché.. C'est certainement de toutes les jeunes filles
que je confesse celle dont je répondrais le plus devant Dieu. Voilà tout ce que
je puis vous dire ! Nous sommes, nous autres prêtres, les chirurgiens des
âmes, et il nous faut les accoucher des hontes qu'elles dissimulent, avec des
mains qui ne les blessent ni ne les tachent. Je l'ai donc, avec toutes les
précautions possibles, interrogée, questionnée, pressée de questions, cette
enfant au désespoir, mais qui, une fois la chose dite, la faute avouée, qu'elle
appelle un crime et sa damnation éternelle, car elle se croit damnée, la pauvre
fille ! ne m'a plus répondu et s'est obstinément renfermée dans un silence
qu'elle n'a rompu que pour me supplier de venir vous trouver, madame, et de vous
apprendre son crime, - car il faut bien que maman le sache, - a-t-elle
dit, - et jamais je n'aurai la force de le lui avouer !»
«J'écoutais le curé de Saint-Germain-des-Prés. Vous vous doutez bien avec quel
mélange de stupéfaction et d'anxiété ! Comme lui et encore plus que lui,
je croyais être sûre de l'innocence de ma fille ; mais les innocents tombent
souvent, même par innocence... Et ce qu'elle avait dit à son confesseur n'était
pas impossible.. Je n'y croyais pas... Je ne voulais pas y croire ; mais
cependant ce n'était pas impossible !... Elle n'avait que treize ans, mais elle
était une femme, et cette précocité même m'avait effrayée... Une fièvre, un
transport de curiosité me saisit...
«- Je veux et je vais tout savoir ! - dis-je à ce bonhomme de prêtre, ahuri
devant moi et qui, en m'écoutant, débordait d'embarras son chapeau. -
Laissez-moi,
monsieur le curé. Elle ne parlerait pas devant vous. Mais je suis sûre qu'elle
me dira tout... que je lui arracherai tout, et que nous comprendrons alors
ce qui est maintenant incompréhensible !»
«Et le prêtre s'en alla là-dessus, - et dès qu'il fut parti, je montai chez ma
fille, n'ayant pas la patience de la faire demander et de l'attendre.
«Je la trouvai devant le crucifix de son lit, pas agenouillée, mais prosternée,
pâle comme une morte, les yeux secs, mais très rouges, comme des yeux qui
ont beaucoup pleuré. Je la pris dans mes bras, l'assis près de moi, puis sur mes
genoux, et je lui dis que je ne pouvais pas croire ce que venait de m'apprendre
son confesseur.
«Mais elle m'interrompit pour m'assurer avec des navrements de voix et de
physionomie que c'était vrai, ce qu'il avait dit, et c'est alors que, de plus
en plus inquiète et étonnée, je lui demandai le nom de celui qui...
«Je n'achevai pas... Ah ! ce fut le moment terrible ! Elle se cacha la tête et
le visage sur mon épaule... mais je voyais le ton de feu de son cou, par
derrière, et je la sentais frissonner. Le silence qu'elle avait opposé à son
confesseur, elle me l'opposa. C'était un mur.
«- Il faut que ce soit quelqu'un bien au-dessous de toi, puisque tu as tant de
honte ?...» - lui dis-je, pour la faire parler en la révoltant, car je la
savais orgueilleuse.
«Mais c'était toujours le même silence, le même engloutissement de sa tête sur
mon épaule. Cela dura un temps qui me parut infini, quand tout à coup elle
me dit sans se soulever : «Jure-moi que tu me pardonneras, maman».
«Je lui jurai tout ce qu'elle voulut, au risque d'être cent fois parjure ; je
m'en souciais bien ! Je m'impatientais. Je bouillais... Il me semblait que
mon front allait éclater et laisser échapper ma cervelle...
«- Eh bien ! c'est M. de Ravila», fit-elle d'une voix basse ; et elle resta
comme elle était dans mes bras.
«Ah ! l'effet de ce nom, Amédée ! Je recevais d'un seul coup, en plein coeur, la
punition de la grande faute de ma vie ! Vous êtes, en fait de femmes, un
homme si terrible, vous m'avez fait craindre de telles rivalités, que l'horrible
«pourquoi pas ?» dit à propos de l'homme qu'on aime et dont on doute,
se leva en moi... Ce que j'éprouvais, j'eus la force de le cacher à cette
cruelle enfant, qui avait peut-être deviné l'amour de sa mère.
«- M. de Ravila ! - fis-je, avec une voix qui me semblait dire tout, - mais tu
ne lui parles jamais ?» - Tu le fuis, - j'allais ajouter, car la colère
commençait
; je la sentais venir... Vous êtes donc bien faux tous les deux ? - Mais je
réprimai cela... Ne fallait-il pas que je susse les détails, un par un, de
cette horrible séduction ?... Et je les lui demandai avec une douceur dont je
crus mourir, quand elle m'ôta de cet étau, de ce supplice, en me disant
naïvement
:
«- Mère, cétait un soir. Il était dans le grand fauteuil qui est au coin de la
cheminée, en face de la causeuse. Il y resta longtemps, puis il se leva,
et moi j'eus le malheur d'aller m'asseoir après lui dans ce fauteuil qu'il avait
quitté. Oh ! maman !... c'est comme si j'étais tombée dans du feu. Je
voulais me lever, je ne pus pas... le coeur me manqua ! et je sentis... tiens !
là, maman... que ce que j'avais... c'était un enfant !...»
La marquise avait ri, dit Ravila, quand elle lui avait raconté cette histoire ;
mais aucune des douze femmes qui étaient autour de cette table ne songea
à rire, - ni Ravila non plus.
- Et voilà, mesdames, croyez-le, si vous voulez, - ajouta-t-il en forme de
conclusion, - le plus bel amour que j'aie inspiré de ma vie !
Et il se tut, elles aussi. Elles étaient pensives... L'avaient-elles compris ?
Lorsque Joseph était esclave chez Mme Putiphar, il était si beau, dit le Koran,
que, de rêverie, les femmes qu'il servait à table se coupaient les doigts
avec leurs courteaux, en le regardant. Mais nous ne sommes plus au temps de
Joseph, et les préoccupations qu'on a au dessert sont moins fortes.
- Quelle grande bête, avec tout son esprit, que votre marquise, pour vous avoir
dit pareille chose ! - fit la duchesse, qui se permit d'être cynique, mais
qui ne se coupa rien du tout avec le couteau d'or qu'elle tenait toujours à la
main.
La comtesse de Chiffrevas regardait attentivement dans le fond d'un verre de vin
du Rhin, en cristal émeraude, mystérieux comme sa pensée.
- Et la petite masque ? - demanda-t-elle.
- Oh ! elle était morte, bien jeune et mariée en province, quand sa mère me
raconta cette histoire, répondit Ravila.
- Sans cela !... - fit la duchesse songeuse.
Vincent Hoefman
hoefman@...
Pour recevoir l'actualité de Vincent Hoefman,
auteur-compositeur-interprete
envoyez un message vide et sans objet à :
hoefman-abonnement@...
ou rendez-vous sur le site :
http://hoefman.free.fr
Tel : 04 67 06 50 50
Mobile : 06 72 77 24 93
Association "à l'unisson"
4, rue Carlencas
34000 Montpellier
Tel : 0950 28 64 24
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Chers amis, je me fais un plaisir de vous transmettre le message - annonce
du prochain concert de José Licenziato, adhérent de l'UGAMPA
( http://www.ugampamusimuse.fr ) à Toulouse.
Cet artiste de grand talent vous fera découvrir le slam : de la poésie dans
ce monde de brutes !
Allez-y, allez l'entendre si vous le pouvez, car du début à la fin du
concert, vous serez suspendus aux lèvres de cet artiste authentique !
Amitiés à tous, Agnès Robert,
secrétaire générale de l'UGAMPA
_______________
José nous dit :
Venez me voir et m'entendre le vendredi 13/03/09 au café concert du théâtre
du Grand Rond à TOULOUSE:
23 rue Potier,
31200 Toulouse
de 19 à 20 h.
Je vous présenterais "de l'âme au slam", spectacle où se mêlent poésie,
chanson et slam.
A bientôt donc.
Vous pourrez acheter mes CD qui seront à votre disposition au prix de dix
Euros.
Venez nombreux !
josé
Mon myspace:
http://www.myspace.com/jopoz1
Site de l'UGAMPA :
http://www.ugampamusimuse.fr
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Bonjour à tous.
Si vous ne connaissez pas ce genre musical : mélodie en langue allemande
accompagnée ici au piano, qui raconte des histoires, des sentiments, des
humeurs...
Si vous aimez le lied, si vous entendez dans cette musique un art vivant
dont la dynamique résulte de la rencontre du texte, de la musique et du vécu
des interprètes,
VENEZ A CE CONCERT !
-------------------
L'Union Générale des Auteurs et Musiciens Professionnels Aveugles
et
Les Heures Musicales de Bon Secours
présentent
Dimanche 5 avril 2009
à 19H30 précises
RECITAL
DE LIEDER
(Mozart - Schubert - Brahms)
« Cette musique...
Notre langue maternelle ! »
confient les artistes dont c'est le répertoire de prédilection.
par
Agnès ROBERT - soprano
et
Christine SCHACHER - piano
Eglise Protestante du Bon Secours
20 rue Titon - 75011 Paris - Métro : Faidherbe Chaligny (ligne 8)
Entrée gratuite - libre participation aux frais
Vente du coffret « Quelques notes pour Louis Braille » de l`UGAMPA
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Bonsoir à tous.
Je vous transmets sous ma signature une annonce d'orgue à tuyaux, mis en
vente. Le facteur en est Jean Renaud - inutile de vous en vanter la qualité
!
Merci de ne pas me contacter mais de contacter la personne indiquée si vous
êtes intéressé.
Amitiés,
Agnès Robert - agnes.robert@...
---------------
A VENDRE ORGUE A TUYAUX - FACTEUR JEAN RENAUD
A VENDRE : cause décès : Orgue à tuyaux de Jean RENAUD à transmissions
électroniques.
- 2 claviers de 56 notes et pédalier de 30 notes.
- Composition de 4 jeux réels de base.
- Tirages de jeux indépendants à chaque clavier et pédalier, soit 24 boutons
de registres. Ce système de tirages de jeux indépendants, permet de
nombreuses combinaisons de registration.
Aux claviers : Bourdon 8, prolongé en Flûte 4 (chêne) = 68 tuyaux.
Principal 4, prolongé en Doublette 2 (étain) = 68 tuyaux.
Nasard + Tierce 1 3/5 + Larigot (étain) = 68 tuyaux.
Au pédalier : composition manuelle, et en plus : anches douces de 16-8-4
pieds =54 tuyaux.
Encombrement Largeur = 1,32 m.
Profondeur : buffet 0, 64 + claviers = 0,37 m + pédalier + banc
Hauteur = 2,55 m. + motif central emboîtable = + 0,15 m.
Le buffet provient d'un harmonium de Debain vers 1840.
Sculptures et dorures très fines (voir photos)
2 portes ouvrantes pour l'accord de l'orgue ;
PRIX : 22.000 euros.
Frais de transport non compris
Téléphone de Madame CAPELLE, propriétaire : 02. 40. 06. 73. 96
Téléphone de Jean RENAUD Facteur d'Orgues : 02. 40. 76. 82. 21.
E mail : odile.renaud@...
------ Fin du message transféré
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Chers amis,
Cet appel à des aveugles de naissance me vient de notre adhérent de
l¹UGAMPA, le comédien Bruno Netter car une de ses collègues, une comédienne
sourde (Monica Companys dont j¹ai pu apprécier le talent, d¹ailleurs !) lui
a fait communiquer cette annonce.
Cette expérience de photo par un aveugle de naissance me semble vraiment
originale et intéressante.
Lisez et portez-vous candidat si cela vous intéresse.
Le texte de l¹annonce (aussi en fichier joint pour les boites qui peuvent le
recevoir) :
³Le projet de « photographes aveugles » consiste à choisir un photographe
aveugle et un écrivain de chaque pays du monde afin d¹organiser une
exposition dont le titre est « La vie ».
Chaque photographe profitera d¹une formation technique de cinq minutes avec
l¹appareil polaroid. Il disposera d¹un mois pour photographier dix scènes de
vie. Nous lui demanderons également d¹enregistrer pour chaque photo la
raison de son choix dans le magnétoscope que nous lui donnerons avec
l¹appareil photo au début du projet.
Dans la deuxième partie du projet un écrivain compatriote du photographe
après avoir regardé les photos et avoir écouté les enregistrements écrira un
texte.
Lors de l¹exposition les photos seront exposées avec le texte concernant qui
sera affiché en alphabet « braille » prévu pour les visiteurs aveugles.
Cette exposition qui cherche établir une rencontre entre la photographie et
la littérature à travers la cécité, visitera tous les pays participants.
Nous cherchons un aveugle de chaque pays
Si tu es un aveugle de naissance
Si tu te poses des questions sur la vie et si tu as le désir de t¹exprimer
Et tu es intéressé à l¹art conceptuel
Nous te cherchons Š.
Ce projet de « photographes aveugles » vous appels à réfléchir sur le
concept de « voir ».
Si vous êtes intéressé par ce projet vous pouvez envoyer une lettre
électronique à l¹adresse : bfplife@... <mailto:bfplife@...>
Site internet : www.blindphotographers-project.org
<http://www.blindphotographers-project.org/>²
Fin de l¹annonce.
Amitiés à tous.
-- Agnès ROBERT - agnes.robert@...
Secrétaire générale de l¹UGAMPA
http://www.ugampamusimuse.fr
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Un événement ! Notre adhérente chanteuse
Mab RIMOUSKI, auteur compositeur interprète http://www.mab-rimouski.fr
Annonce le CD qui vient de sortir ........
D'où vient,
d'où vient cette musique-là...
de Mab RIMOUSKI.
écouter :
La lune bleue à écouter ici : http://www.myspace.com/mabrimouski
commander ce tout nouveau CD (20 euros, port en sus) :
http://doc.mabulle.com/m/ma/mab-rimouski.mabulle.com/souscriptioncdadhesiona
misdemab.pdf
Contenu du CD :
1 - Tout au bout de la rue
2 - Voilà comment je vois
3 - Les notes en chamade
4 - Les cornets d'adresse
5 - Lautary (Oleg PONOMAREV)
6 - L'oiseau bouvreuil
7 - Et que tout ressouvit
8 - Valse à la vie
9 - La clé de l'année cassée
10 - Danse pour Claire (création de Marie-Agnès MANISIER)
11 - Improvisation (Moneim BRINI)
12 - La maison dorée
13 - Rose épine
14 - Shokrane
15 - Hijaz n°7 (Adnane MATRONE)
16 - L'oiseau migrateur
17 - La lune bleue à écouter ici : http://www.myspace.com/mabrimouski
18 - Les amants de la tour
19 - Dis ce soir
20 - D'où vient, d'où vient cette musique-là
Prise de son : Matthieu BERANGER.
Pour commander ce tout nouveau CD...
http://doc.mabulle.com/m/ma/mab-rimouski.mabulle.com/souscriptioncdadhesiona
misdemab.pdf
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Chers amis, pour information.
Amitiés,
-- Agnès ROBERT agnesrobert2001@...http://www.arobert.fr
MSN : agnesrobert8
Skype : agnesrobert
------ Message transféré
De : Maudy Piot <maudypiot@...>
Répondre à : Maudy Piot <maudypiot@...>
Date : Sun, 15 Feb 2009 22:13:10 +0100
À : Maudy PIOT <maudypiot@...>
Objet : leprintemps du livre
Bonjour
Un événement exceptionnel vous attend!
INVITATION
LE PREMIER PRINTEMPS DU LIVRE
DES ECRIVAINS HANDICAPES
et des autres...
Rencontre organisée par l'Association « Femmes pour le Dire, femmes pour
Agir »
Samedi 21 mars de 10h à 18h
Maison des associations du XV° arrondissement 22 rue de la Saïda, 75015
Paris
Tram 3 arrêt Georges Brassens, ou métro Porte de Versailles
Parrainé par Benoîte Groult, écrivaine et féministe Animé par Michel
Chevalet, journaliste
Programme
10h 15 : Accueil par Nadine Cottet, MDA XV°
Ouverture par Anne Hidalgo, Véronique Dubarry, Hamou Bouakkaz (Mairie de
Paris)
10h 30 : Conférence de Charles Gardou (Lyon 2)
"Le handicap, affaire de liberté"
11h 15 : Table ronde "Les chemins de l'écriture" animé par Michel Chevalet
journaliste, avec Chantal Bruno, Krystel Cahanin-Caillaud, Georges Grard,
Eric Liberge, Marcel Nuss, Henri-Jacques Stiker, Yann et Bernard Thomas,
Elisabeth Zucman
12h 15 : Témoignage de Philippe Streiff
12h 45 : Clôture de la matinée par Benoîte Groult, écrivaine
13h : Pause déjeuner
14h à 18h : Après-midi présidé par Patrick Segal, consacré à la présentation
et à la dédicace des ouvrages par les auteurs invités
Ecrivains invités :
J.Adam, C. Aicardi, B. Besse-Saige, Ph. Balin, J.M. Bardeau-Garneret, N.
Bedjai,
T. Ben-Jelloun, N. Bellity, A. Benmalek, K. Cahanin-Caillaud,
M.M. Carbon, C. Cervellon-Hernadez, C. Chaine, J. Chalude,
M. Chevalet, J. Collard, H. Corvest, E. Emeye, O. Faure-Olory,
C. Gardou, V. Gault, G. Grard, B. Groult, G. Imberty, E. Laborit,
Ph. Le Pelve, E. Liberge, L. Marzec, J.M. Maillet-Contoz,
D. Mausservey, M.F.Milleron, E. Motsch, M. Nuss, J.C. Parisot,
A. Piot, M. Piot, P. Segal, J. Schovanec, D. Siegrist, H.J. Stiker, Ph.
Streiff, F. Suchod, B. & Y. Thomas,Utopsya, L. Vallantin-Dulac, S.
Vouzelaud, E. Zucman...
(liste non exhaustive)
Contact : Maudy Piot, présidente de FDFA - 16, rue Emile Duclaux, 75015
Paris
Tél. 01 45 66 63 97
fdfa.asso@... <mailto:maudypiot@...> www.femmespourledire.asso.fr
<http://www.femmespourledire.asso.fr/>
Maudy PIOT
06 18 20 34 66
------ Fin du message transféré
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Que c'est sympathique ! Et bien, en tant que secrétaire générale de l'Union
Générale des Auteurs et Musiciens Professionnels Aveugles, association qui
contribue elle aussi au développement intellectuel et artistique des
aveugles et des malvoyants, je vous souhaite à mon tour une excellente année
2009 et souhaite pour nous tous que la solidarité continue à nous faire
"courir"...
Avec toutes mes amitiés,
-- Agnès ROBERT - agnesrobert2001@...
Secrétaire générale de l¹UGAMPA
http://www.ugampamusimuse.fr
> De : <jacques.setruck@...>
> Répondre à : <onirium@...>
> Date : Wed, 4 Feb 2009 18:25:57 +0100
> À : <onirium@...>, <cecitroc@...>
> Objet : [onirium] Meilleurs vouex pour 2009
>
> Pour tous les passionnés de lecture, qui devenus non ou mal voyants,; je ne
> peux qu'au nom de nous tous remercier et souhaiter à vous tous, vous remercier
> d'avoir mis entre nos mains et nos oreilles cette merveilleuse chose qu'on
> appelé lecture sonore.
>
> Que Jean louis Blonde, Vincent Hoffman, l'Unadev , Handitron et tous les
> autres que je n'ai pas cité en soient remerciés et que leurs membres actifs
> qui veillent à notre développement intellectuel reçoivent tous nos meilleurs
> voeux pour l'année 2009.
> Que tous les membres de l'AVH, de la Criée, et de toutes les autres
> associations nous permettant d'avoir encore des liens d'aide et d'amitiés
> entre nous ne soient pas non plus oubliées dans l'expression de mes meilleurs
> voeux pour la nouvelle année.
>
> BONNE ANNEE A TOUS
> ----- Original Message -----
> From: hoefman vincent
> To: cecitroc@...
> Sent: Thursday, January 01, 2009 3:21 PM
> Subject: [onirium] Meilleurs vouex pour 2009
>
>
> Bonjour à toutes et tous,
> Une fois n'est pas coutume, je me permet de faire un publipostage pour vous
> souhaiter tous mes voeux pour cette nouvelle année 2009 en espérant qu'elle
> vous apportera amour, chaleur, bonheur et santé.
> Je souhaite par ailleurs que notre espace réponde encore mieux à vos
> attentes et soit un lieu chaleureux d'enrichissement et de découverte
> réciproque.
> Chaleureusement, Vincent
>
> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
> supprimées]
>
>
>
>
>
> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
> supprimées]
>
>
> ------------------------------------
>
> Merci d'avoir partagé ce moment, si vous désirez à votre tour le partager avec
> un ami, n'oubliez pas d'en mentionner l'origine !
> Si vous devez vous absenter et souahitez suspendre provisoirement votre
> abonnement au groupe, envoyez un courriel vide et sans objet à :
> onirium-nomail@...
> dès votre retour, pour recevoir de nouveau nos offrandes, adressez un courriel
> à :
> onirium-normal@...
> VVous voulez inviter un ami ? Faites-lui envoyer un message de chez lui sans
> objet ni contenu à l'adresse :
> onirium-desabonnement@...
>
> le temps vous manque et vous ne pouvez plus nous lire, suspendez votre
> abonnement en envoyant un courriel vide et sans objet à :
> onirium-desabonnement@...
>
> Pour contacter le modérateur d'onirium, écrivez à :
> onirium-proprietaire@...
> ou ttéléphonez au :
> ( 00 33 0 ) 467 06 50 50
> Fabuleusement vôtre !Liens Yahoo! Groupes
>
>
>
Pour tous les passionnés de lecture, qui devenus non ou mal voyants,; je ne peux
qu'au nom de nous tous remercier et souhaiter à vous tous, vous remercier
d'avoir mis entre nos mains et nos oreilles cette merveilleuse chose qu'on
appelé lecture sonore.
Que Jean louis Blonde, Vincent Hoffman, l'Unadev , Handitron et tous les autres
que je n'ai pas cité en soient remerciés et que leurs membres actifs qui
veillent à notre développement intellectuel reçoivent tous nos meilleurs voeux
pour l'année 2009.
Que tous les membres de l'AVH, de la Criée, et de toutes les autres associations
nous permettant d'avoir encore des liens d'aide et d'amitiés entre nous ne
soient pas non plus oubliées dans l'expression de mes meilleurs voeux pour la
nouvelle année.
BONNE ANNEE A TOUS
----- Original Message -----
From: hoefman vincent
To: cecitroc@...
Sent: Thursday, January 01, 2009 3:21 PM
Subject: [onirium] Meilleurs vouex pour 2009
Bonjour à toutes et tous,
Une fois n'est pas coutume, je me permet de faire un publipostage pour vous
souhaiter tous mes voeux pour cette nouvelle année 2009 en espérant qu'elle vous
apportera amour, chaleur, bonheur et santé.
Je souhaite par ailleurs que notre espace réponde encore mieux à vos attentes
et soit un lieu chaleureux d'enrichissement et de découverte réciproque.
Chaleureusement, Vincent
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Bonjour Epervier.
Tu vas trouver ma question étrange mais est-ce un poème que tu as envoyé?
Vanessa.
----- Original Message -----
From: epervier580
To: onirium@...
Sent: Tuesday, February 03, 2009 8:20 PM
Subject: [onirium] Frivolités poudreuses
Frivolités poudreuses.-
Cheveux de neige, pluie glaciale, corps enneigé.
Un vent stupide balayant ma froideur extrême.
L'âpre hiver d'une solitude morbide.
Des pas inquisiteurs, un vent égaré.
Nuages floconneux, la grisaille d'une vie.
Grippe soudaine, fièvre grelottante.
Arbres gélifs, squelettes dénudés.
Un bruit macabre, lune éclipsée.
Perles de verre, paysage spectaculaire.
Le fantastique, outrage blanchâtre.
L'âtre consolateur, bûches apaisantes.
Repos de l'âme, nuit ensommeillée.
André, épervier
http://epervierlepoete.iquebec.com
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Frivolités poudreuses.-
Cheveux de neige, pluie glaciale, corps enneigé.
Un vent stupide balayant ma froideur extrême.
L'âpre hiver d'une solitude morbide.
Des pas inquisiteurs, un vent égaré.
Nuages floconneux, la grisaille d'une vie.
Grippe soudaine, fièvre grelottante.
Arbres gélifs, squelettes dénudés.
Un bruit macabre, lune éclipsée.
Perles de verre, paysage spectaculaire.
Le fantastique, outrage blanchâtre.
L'âtre consolateur, bûches apaisantes.
Repos de l'âme, nuit ensommeillée.
André, épervier
http://epervierlepoete.iquebec.com
Message d¹Agnès Robert, secrétaire générale de l¹UGAMPA (
http://www.ugampamusimuse.fr ).
Chers amis, je vous convie à cette manifestation qui sera certainement très
belle et sympathique, organisée par notre partenaire AXA Atout Coeur,
association qui a déjà organisé des concerts au profit de notre association,
qui invite régulièrement nos artistes adhérents, avec laquelle nous
collaborons de manière à la fois sympathique et efficace.
Je vous invite à venir nombreux à cette manifestation si vous le pouvez, en
vous inscrivant auprès de moi, qui transmettrai à la responsable d¹ici une
huitaine de jours, la liste des personnes qui se seront signalées à moi
puisque ce concert est privé (il faut impérativement se faire connaître
avant de venir).
Je vous remercie de faire toute la publicité que vous pourrez autour de cet
événement car, grâce à cette riche collaboration que nous avons avec AXA
Atout Coeur, nous serons autorisés à vendre le coffret ³Quelques notes pour
Louis Braille², que notre association vient de produire.
Nous comptons sur votre aide, votre présence si vous le pouvez, votre
soutien pour la publicité !
Grand merci d¹avance et... à très vite de vous lire.
(annonce sous ma signature)
-- Agnès ROBERT - agnes.robert@...
Secrétaire générale de l¹UGAMPA
http://www.ugampamusimuse.fr
-------------------
13 ème Concert Les Yeux Fermés organisé par AXA Atout Coeur
Le mercredi 11 février à 17h00, dans notre grand hall du 4 rue Jules
Lefebvre 75009 Paris.
Houria Douchet, chanteuse mal voyante, et l'Ensemble de Musiques Anciennes
du Conservatoire de Vanves (direction Carine Moretton), interpréteront des
pièces du Moyen-âge et de la Renaissance sur des instruments copies
d'anciens (flûtes à bec, violons, clavecin, trombone...). L'âge des élèves
musiciens s'échelonne de 6 à 25 ans.
L'entrée ainsi que le verre de l'amitié qui suit sont offerts, mais votre
générosité sera sollicitée pour la collecte au profit de l'Ecole des chiens
d'aveugles.
Le concert étant un mercredi, vos enfants sont les très bienvenus.
Merci de vous inscrire dès que possible auprès de
agnes.robert@...
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Bonjour Agnès et JP,
Je crois avoir compris le problème qu'il y a sur le site :
En fait il ne doit pas être accessible tout le temps, il faut donc
recommencer et alors on voit apparaitre un dossier comme d'une pièce jointe
qu'on doit "ouvrir ou enregistrer" et après l'avoir enregistrer on pourra
alors écouter normalement une belle voix nous raconter la jolie histoire de
Maupassant
Voila, mes amitiés à tous
Jack
----- Original Message -----
From: <jpbrun@...>
To: <onirium@...>
Sent: Monday, January 26, 2009 4:43 PM
Subject: Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
parisienne mp3
> Un grand merci, ça fonctionne très bien et la lecture est très
> agréable.
>
> Très cordialement.
> Jean Pierre Brun
> Courriel: jpbrun@...
> ----- Original Message -----
> From: "Agn è s ROBERT" <agnesrobert2001@...>
> To: <onirium@...>
> Sent: Monday, January 26, 2009 3:00 PM
> Subject: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
> parisienne mp3
>
>
> Chers amis,
> Le fichier est accessible à l'adresse suivante:
> http://dl.free.fr/qw2sVb5jD
>
> J¹espère que cela va marcher...
> Merci de me dire.
>
> Amitiés à tous.
> -- Agnès ROBERT agnesrobert2001@...
> http://www.arobert.fr
> MSN : agnesrobert8
> Skype : agnesrobert
>
>
>
> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont
> été supprimées]
>
>
>
> __________ Information NOD32 3733 (20090102) __________
>
> Ce message a ete verifie par NOD32 Antivirus System.
> http://www.nod32.com
>
>
>
>
> ------------------------------------
>
> Merci d'avoir partagé ce moment, si vous désirez à votre tour le partager
> avec un ami, n'oubliez pas d'en mentionner l'origine !
> Si vous devez vous absenter et souahitez suspendre provisoirement votre
> abonnement au groupe, envoyez un courriel vide et sans objet à :
> onirium-nomail@...
> dès votre retour, pour recevoir de nouveau nos offrandes, adressez un
> courriel à :
> onirium-normal@...
> VVous voulez inviter un ami ? Faites-lui envoyer un message de chez lui
> sans objet ni contenu à l'adresse :
> onirium-desabonnement@...
>
> le temps vous manque et vous ne pouvez plus nous lire, suspendez votre
> abonnement en envoyant un courriel vide et sans objet à :
> onirium-desabonnement@...
>
> Pour contacter le modérateur d'onirium, écrivez à :
> onirium-proprietaire@...
> ou ttéléphonez au :
> ( 00 33 0 ) 467 06 50 50 Fabuleusement vôtre !Liens Yahoo! Groupes
>
>
Bonjour Orus. Merci pour le lien de ce site. En effet, pour ma part, je le
connais déjà et je vais souvent y faire un tour.
Ce que je trouve dommage sur ce site, c'est que quelquefois nous n'avons que des
extraits d'oeuvres: ex: les poèmes de Rimbaud. ça nous donne l'eau à la bouche
mais... pas autre chose...
Bonne journée.
Vanessa.
----- Original Message -----
From: Horus57
To: onirium@...
Sent: Tuesday, January 27, 2009 5:46 PM
Subject: Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
parisienne mp3
bonsoir
si vous aimez Maupassant ainsi que tous les autres,allez visiter ce site
gratuit:
www.litteratureaudio.com
sans doute que vous le connaissez déjà
----- Original Message -----
From: lotussage
To: onirium@...
Sent: Tuesday, January 27, 2009 9:32 AM
Subject: Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
parisienne mp3
Bonjour Agnès.
Cette fois-ci ça marche bien! Merci et mes compliments pour votre voix! ça
serait vraiment bien si vous pouviez nous en lire d'autres qui n'existent pas
dans le commerce en audio ou qui sont mal lus(cf. les contes de la bécasse
vendus par Livraphone.)
Bonne journée et merci encore.
Vanessa.
----- Original Message -----
From: Agn è s ROBERT
To: onirium@...
Sent: Monday, January 26, 2009 3:00 PM
Subject: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
parisienne mp3
Chers amis,
Le fichier est accessible à l'adresse suivante: http://dl.free.fr/qw2sVb5jD
J¹espère que cela va marcher...
Merci de me dire.
Amitiés à tous.
-- Agnès ROBERT agnesrobert2001@...http://www.arobert.fr
MSN : agnesrobert8
Skype : agnesrobert
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
A vrai dire, ce n'est pas un site de livres audios gratuits !!
C'est que simplement j'ai enregistré pour vous ce livre et que je l'ai mis
en ligne pour que vous puissiez le télécharger, les uns et les autres, parce
que j'ai lu que certains regrettaient qu'il n'existe pas en audio.
Amitiés,
-- Agnès ROBERT agnesrobert2001@...http://www.arobert.fr
MSN : agnesrobert8
Skype : agnesrobert
> De : Horus57 <patrick.dufour136@...>
> Répondre à : <onirium@...>
> Date : Wed, 28 Jan 2009 15:18:35 +0100
> À : <onirium@...>
> Objet : Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
> parisienne mp3
>
> bonjour Agnès
> pourriez-vous me dire si vous connaissez
> d'autres site d'audio livres gratuits avec des livres plus récent
>
> merci
>
> ----- Original Message -----
> From: Agn è s ROBERT
> To: onirium@...
> Sent: Tuesday, January 27, 2009 6:11 PM
> Subject: Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
> parisienne mp3
>
>
> Merci de ce très bon conseil. J'ai dû connaître ce site mais l'avais
> oublié...
> Merci encore.
> -- Agnès ROBERT agnesrobert2001@...
> http://www.arobert.fr
> MSN : agnesrobert8
> Skype : agnesrobert
>
>> De : Horus57 <patrick.dufour136@...>
>> Répondre à : <onirium@...>
>> Date : Tue, 27 Jan 2009 17:46:44 +0100
>> À : <onirium@...>
>> Objet : Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
>> parisienne mp3
>>
>> bonsoir
>>
>> si vous aimez Maupassant ainsi que tous les autres,allez visiter ce site
>> gratuit:
>> www.litteratureaudio.com
>>
>> sans doute que vous le connaissez déjà
>>
>>
>> ----- Original Message -----
>> From: lotussage
>> To: onirium@...
>> Sent: Tuesday, January 27, 2009 9:32 AM
>> Subject: Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
>> parisienne mp3
>>
>>
>> Bonjour Agnès.
>> Cette fois-ci ça marche bien! Merci et mes compliments pour votre voix! ça
>> serait vraiment bien si vous pouviez nous en lire d'autres qui n'existent pas
>> dans le commerce en audio ou qui sont mal lus(cf. les contes de la bécasse
>> vendus par Livraphone.)
>> Bonne journée et merci encore.
>> Vanessa.
>> ----- Original Message -----
>> From: Agn è s ROBERT
>> To: onirium@...
>> Sent: Monday, January 26, 2009 3:00 PM
>> Subject: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
>> parisienne mp3
>>
>> Chers amis,
>> Le fichier est accessible à l'adresse suivante: http://dl.free.fr/qw2sVb5jD
>>
>> J¹espère que cela va marcher...
>> Merci de me dire.
>>
>> Amitiés à tous.
>> -- Agnès ROBERT agnesrobert2001@...
>> http://www.arobert.fr
>> MSN : agnesrobert8
>> Skype : agnesrobert
>>
>> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
>> supprimées]
>>
>> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
>> supprimées]
>>
>>
>>
>>
>>
>> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
>> supprimées]
>>
>>
>> ------------------------------------
>>
>> Merci d'avoir partagé ce moment, si vous désirez à votre tour le partager
>> avec
>> un ami, n'oubliez pas d'en mentionner l'origine !
>> Si vous devez vous absenter et souahitez suspendre provisoirement votre
>> abonnement au groupe, envoyez un courriel vide et sans objet à :
>> onirium-nomail@...
>> dès votre retour, pour recevoir de nouveau nos offrandes, adressez un
>> courriel
>> à :
>> onirium-normal@...
>> VVous voulez inviter un ami ? Faites-lui envoyer un message de chez lui sans
>> objet ni contenu à l'adresse :
>> onirium-desabonnement@...
>>
>> le temps vous manque et vous ne pouvez plus nous lire, suspendez votre
>> abonnement en envoyant un courriel vide et sans objet à :
>> onirium-desabonnement@...
>>
>> Pour contacter le modérateur d'onirium, écrivez à :
>> onirium-proprietaire@...
>> ou ttéléphonez au :
>> ( 00 33 0 ) 467 06 50 50
>> Fabuleusement vôtre !Liens Yahoo! Groupes
>>
>>
>>
>
>
>
>
>
> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
> supprimées]
>
>
> ------------------------------------
>
> Merci d'avoir partagé ce moment, si vous désirez à votre tour le partager avec
> un ami, n'oubliez pas d'en mentionner l'origine !
> Si vous devez vous absenter et souahitez suspendre provisoirement votre
> abonnement au groupe, envoyez un courriel vide et sans objet à :
> onirium-nomail@...
> dès votre retour, pour recevoir de nouveau nos offrandes, adressez un courriel
> à :
> onirium-normal@...
> VVous voulez inviter un ami ? Faites-lui envoyer un message de chez lui sans
> objet ni contenu à l'adresse :
> onirium-desabonnement@...
>
> le temps vous manque et vous ne pouvez plus nous lire, suspendez votre
> abonnement en envoyant un courriel vide et sans objet à :
> onirium-desabonnement@...
>
> Pour contacter le modérateur d'onirium, écrivez à :
> onirium-proprietaire@...
> ou ttéléphonez au :
> ( 00 33 0 ) 467 06 50 50
> Fabuleusement vôtre !Liens Yahoo! Groupes
>
>
>
bonjour Agnès
pourriez-vous me dire si vous connaissez
d'autres site d'audio livres gratuits avec des livres plus récent
merci
----- Original Message -----
From: Agn è s ROBERT
To: onirium@...
Sent: Tuesday, January 27, 2009 6:11 PM
Subject: Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
parisienne mp3
Merci de ce très bon conseil. J'ai dû connaître ce site mais l'avais
oublié...
Merci encore.
-- Agnès ROBERT agnesrobert2001@...http://www.arobert.fr
MSN : agnesrobert8
Skype : agnesrobert
> De : Horus57 <patrick.dufour136@...>
> Répondre à : <onirium@...>
> Date : Tue, 27 Jan 2009 17:46:44 +0100
> À : <onirium@...>
> Objet : Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
> parisienne mp3
>
> bonsoir
>
> si vous aimez Maupassant ainsi que tous les autres,allez visiter ce site
> gratuit:
> www.litteratureaudio.com
>
> sans doute que vous le connaissez déjà
>
>
> ----- Original Message -----
> From: lotussage
> To: onirium@...
> Sent: Tuesday, January 27, 2009 9:32 AM
> Subject: Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
> parisienne mp3
>
>
> Bonjour Agnès.
> Cette fois-ci ça marche bien! Merci et mes compliments pour votre voix! ça
> serait vraiment bien si vous pouviez nous en lire d'autres qui n'existent
pas
> dans le commerce en audio ou qui sont mal lus(cf. les contes de la bécasse
> vendus par Livraphone.)
> Bonne journée et merci encore.
> Vanessa.
> ----- Original Message -----
> From: Agn è s ROBERT
> To: onirium@...
> Sent: Monday, January 26, 2009 3:00 PM
> Subject: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
> parisienne mp3
>
> Chers amis,
> Le fichier est accessible à l'adresse suivante: http://dl.free.fr/qw2sVb5jD
>
> J¹espère que cela va marcher...
> Merci de me dire.
>
> Amitiés à tous.
> -- Agnès ROBERT agnesrobert2001@...
> http://www.arobert.fr
> MSN : agnesrobert8
> Skype : agnesrobert
>
> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
> supprimées]
>
> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
> supprimées]
>
>
>
>
>
> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
> supprimées]
>
>
> ------------------------------------
>
> Merci d'avoir partagé ce moment, si vous désirez à votre tour le partager
avec
> un ami, n'oubliez pas d'en mentionner l'origine !
> Si vous devez vous absenter et souahitez suspendre provisoirement votre
> abonnement au groupe, envoyez un courriel vide et sans objet à :
> onirium-nomail@...
> dès votre retour, pour recevoir de nouveau nos offrandes, adressez un
courriel
> à :
> onirium-normal@...
> VVous voulez inviter un ami ? Faites-lui envoyer un message de chez lui sans
> objet ni contenu à l'adresse :
> onirium-desabonnement@...
>
> le temps vous manque et vous ne pouvez plus nous lire, suspendez votre
> abonnement en envoyant un courriel vide et sans objet à :
> onirium-desabonnement@...
>
> Pour contacter le modérateur d'onirium, écrivez à :
> onirium-proprietaire@...
> ou ttéléphonez au :
> ( 00 33 0 ) 467 06 50 50
> Fabuleusement vôtre !Liens Yahoo! Groupes
>
>
>
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Merci de ce très bon conseil. J'ai dû connaître ce site mais l'avais
oublié...
Merci encore.
-- Agnès ROBERT agnesrobert2001@...http://www.arobert.fr
MSN : agnesrobert8
Skype : agnesrobert
> De : Horus57 <patrick.dufour136@...>
> Répondre à : <onirium@...>
> Date : Tue, 27 Jan 2009 17:46:44 +0100
> À : <onirium@...>
> Objet : Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
> parisienne mp3
>
> bonsoir
>
> si vous aimez Maupassant ainsi que tous les autres,allez visiter ce site
> gratuit:
> www.litteratureaudio.com
>
> sans doute que vous le connaissez déjà
>
>
> ----- Original Message -----
> From: lotussage
> To: onirium@...
> Sent: Tuesday, January 27, 2009 9:32 AM
> Subject: Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
> parisienne mp3
>
>
> Bonjour Agnès.
> Cette fois-ci ça marche bien! Merci et mes compliments pour votre voix! ça
> serait vraiment bien si vous pouviez nous en lire d'autres qui n'existent pas
> dans le commerce en audio ou qui sont mal lus(cf. les contes de la bécasse
> vendus par Livraphone.)
> Bonne journée et merci encore.
> Vanessa.
> ----- Original Message -----
> From: Agn è s ROBERT
> To: onirium@...
> Sent: Monday, January 26, 2009 3:00 PM
> Subject: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
> parisienne mp3
>
> Chers amis,
> Le fichier est accessible à l'adresse suivante: http://dl.free.fr/qw2sVb5jD
>
> J¹espère que cela va marcher...
> Merci de me dire.
>
> Amitiés à tous.
> -- Agnès ROBERT agnesrobert2001@...
> http://www.arobert.fr
> MSN : agnesrobert8
> Skype : agnesrobert
>
> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
> supprimées]
>
> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
> supprimées]
>
>
>
>
>
> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
> supprimées]
>
>
> ------------------------------------
>
> Merci d'avoir partagé ce moment, si vous désirez à votre tour le partager avec
> un ami, n'oubliez pas d'en mentionner l'origine !
> Si vous devez vous absenter et souahitez suspendre provisoirement votre
> abonnement au groupe, envoyez un courriel vide et sans objet à :
> onirium-nomail@...
> dès votre retour, pour recevoir de nouveau nos offrandes, adressez un courriel
> à :
> onirium-normal@...
> VVous voulez inviter un ami ? Faites-lui envoyer un message de chez lui sans
> objet ni contenu à l'adresse :
> onirium-desabonnement@...
>
> le temps vous manque et vous ne pouvez plus nous lire, suspendez votre
> abonnement en envoyant un courriel vide et sans objet à :
> onirium-desabonnement@...
>
> Pour contacter le modérateur d'onirium, écrivez à :
> onirium-proprietaire@...
> ou ttéléphonez au :
> ( 00 33 0 ) 467 06 50 50
> Fabuleusement vôtre !Liens Yahoo! Groupes
>
>
>
bonsoir
si vous aimez Maupassant ainsi que tous les autres,allez visiter ce site
gratuit:
www.litteratureaudio.com
sans doute que vous le connaissez déjà
----- Original Message -----
From: lotussage
To: onirium@...
Sent: Tuesday, January 27, 2009 9:32 AM
Subject: Re: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
parisienne mp3
Bonjour Agnès.
Cette fois-ci ça marche bien! Merci et mes compliments pour votre voix! ça
serait vraiment bien si vous pouviez nous en lire d'autres qui n'existent pas
dans le commerce en audio ou qui sont mal lus(cf. les contes de la bécasse
vendus par Livraphone.)
Bonne journée et merci encore.
Vanessa.
----- Original Message -----
From: Agn è s ROBERT
To: onirium@...
Sent: Monday, January 26, 2009 3:00 PM
Subject: [onirium] Maupassant tentative pour té lécharger Une aventure
parisienne mp3
Chers amis,
Le fichier est accessible à l'adresse suivante: http://dl.free.fr/qw2sVb5jD
J¹espère que cela va marcher...
Merci de me dire.
Amitiés à tous.
-- Agnès ROBERT agnesrobert2001@...http://www.arobert.fr
MSN : agnesrobert8
Skype : agnesrobert
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
[Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont été
supprimées]
Cela ne marche pas non plus, et j'en suis désolé
amitiés
Jack
----- Original Message -----
From: Agn è s ROBERT
To: onirium@...
Sent: Sunday, January 25, 2009 11:03 AM
Subject: Re: [onirium] Maupassant : une aventure parisienne
Désolée...
Et avec ceci :
http://74fzta.blu.livefilestore.com/y1pFD8AsvJyVTu7uo7eB1lh7kcfY8wt4Oqb2tebI
OZJOCVOiAdkMCeCfGH1O5WM3MB9QPnGAimPp_4/Maupassant%20Une%20aventure%20pari.mp
3?download
Cela marche-t-il?
N'hésitez pas à me dire, je chercherai une autre solution sinon.
Amitiés,
-- Agnès ROBERT - agnes.robert@...http://www.arobert.fr
MSN : agnesrobert8
Skype : agnesrobert
> De : lotussage <lotus.sage@...>
> Répondre à : <onirium@...>
> Date : Sun, 25 Jan 2009 09:55:13 +0100
> À : <onirium@...>
> Objet : Re: [onirium] Maupassant : une aventure parisienne
>
> Bonjour Agnès.
> Malheureusement, je n'arrive pas à ouvrir le lien que vous nous avez
gentiment
> envoyé. la synthèse vocale m'indique: non trouvé.
> Bonne journée.
> Vanessa.
> ----- Original Message -----
> From: Agn è s ROBERT
> To: onirium@...
> Sent: Sunday, January 25, 2009 12:20 AM
> Subject: Re: [onirium] Maupassant : une aventure parisienne
>
>
> Bonsoir à vous.
>
> Et bien voilà ce que j'écrivais il y a quelques jours. Vous trouverez le
> lien par lequel télécharger la nouvelle de Maupassant que je lis. Le fichier
> est trop lourd pour passer dans une PJ de mail.
> "Chers amis, j¹ai lu ce jour même par un mail que certains regrettaient
> parmi les amateurs de littérature, qu¹il n¹y ait pas de fichier son de cette
> merveilleuse nouvelle de Maupassant.
> Alors, je l¹ai fait. Bien sûr, il n¹est pas ³léché², mais j¹espère qu¹il
> vous plaira malgré tout.
> Vous pouvez le télécharger en cliquant ici :
> http://74fzta.blu.livefilestore.com/y1phcZK0FnhfLN_Iupkr_FtshRp0kz_5ZBx53a-D
> ploi7oX56awxEP-mI9OSsz7gcuStKK8ZOyfWc5gHcchIKBZAw/Maupassant%20Une%20aventur
> e%20pari.mp3?download
> Amitiés à tous."
>
> Bon téléchargement !
> Amitiés,
> -- Agnès ROBERT - agnes.robert@...
> http://www.arobert.fr
> MSN : agnesrobert8
> Skype : agnesrobert
>
>> De : lotussage <lotus.sage@...>
>> Répondre à : <onirium@...>
>> Date : Sat, 24 Jan 2009 15:09:30 +0100
>> À : <onirium@...>
>> Objet : Re: [onirium] Maupassant : une aventure parisienne
>>
>> Bonjour Agnès.
>> Je serais ravie d'entendre votre voix lire Maupassant! D'autant plus qu'une
>> synthèse vocale reste une synthèse vocale.
>> Par conséquent, si vous le désirez, envoyez-moi vos enregistrements. Je
pense
>> que d'autres seront également intéressés pour vous entendre.
>> Merci par avance.
>> Bien à vous.
>> Vanessa.
>> ----- Original Message -----
>> From: Agn è s ROBERT
>> To: onirium@...
>> Sent: Thursday, January 22, 2009 9:01 PM
>> Subject: Re: [onirium] Maupassant : une aventure parisienne
>>
>>
>> Ah... Et moi qui m'étais donné la peine de vous le faire en sonore, le
>> lisant moi-même pour vous.
>> C'est bien. Amitiés,
>> -- Agnès ROBERT - agnes.robert@...
>> http://www.arobert.fr
>> MSN : agnesrobert8
>> Skype : agnesrobert
>>
>>> De : lotussage <lotus.sage@...>
>>> Répondre à : <onirium@...>
>>> Date : Thu, 22 Jan 2009 19:40:03 +0100
>>> À : <onirium@...>
>>> Objet : Re: [onirium] Maupassant : une aventure parisienne
>>>
>>> Bonsoir Roger.
>>> N'ayant pas ton adresse e-mail, je te réponds sur la liste onirium pour te
>>> remercier car robotbraille a bien fonctionné et la voix de Virginie s'est
>>> faite entendre.
>>> Merci encore.
>>> Bonne soirée.
>>> Amitiés à tous.
>>> Vanessa.
>>> ----- Original Message -----
>>> From: Roger Lecocq
>>> To: onirium@...
>>> Sent: Friday, January 16, 2009 7:43 PM
>>> Subject: Re: [onirium] Maupassant : une aventure parisienne
>>>
>>>
>>> parlefrancais@...
>>>
>>> Il fonctionne très bien
>>>
>>> Le message avec le lien de téléchargement est en français.
>>>
>>> Il faut envoyer le fichier texte en pièce jointe sans rien écrire dans le
>>>
>>> corps du message. Si tu désires avoir une lecture plus lente ou plus
>>>
>>> rapide, tu écris, dans le champ "objet", un ou deux signes moins (-), ou
un
>>>
>>> ou deux signes plus (+).
>>>
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>>>
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>>> Je reste à ta disposition pourd'autres renseignements.
>>>
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>>> [Les parties de ce message comportant autre chose que du texte seul ont
été
>>> supprimées]
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>>>
>>> Merci d'avoir partagé ce moment, si vous désirez à votre tour le partager
>>> avec
>>> un ami, n'oubliez pas d'en mentionner l'origine !
>>> Si vous devez vous absenter et souahitez suspendre provisoirement votre
>>> abonnement au groupe, envoyez un courriel vide et sans objet à :
>>> onirium-nomail@...
>>> dès votre retour, pour recevoir de nouveau nos offrandes, adressez un
>>> courriel
>>> à :
>>> onirium-normal@...
>>> VVous voulez inviter un ami ? Faites-lui envoyer un message de chez lui
sans
>>> objet ni contenu à l'adresse :
>>> onirium-desabonnement@...
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>>> le temps vous manque et vous ne pouvez plus nous lire, suspendez votre
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>>>
>>> Pour contacter le modérateur d'onirium, écrivez à :
>>> onirium-proprietaire@...
>>> ou ttéléphonez au :
>>> ( 00 33 0 ) 467 06 50 50
>>> Fabuleusement vôtre !Liens Yahoo! Groupes
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