La Maison d'Orient <lmomarseille@...> a écrit :
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Objet: 254° Point d'information Palestine du 23/09/2005
Date: Sat, 24 Sep 2005 20:58:57 +0200
DERNIER APPEL - Le 21 févier dernier, nous avons lancé un appel aux dons intitulé : "Qui gagne, perd ?", dans lequel nous vous informions, qu'après 22 mois de procédures (éprouvantes), nous avions gagné le procès que nous avait intenté le Consistoire Israélite de Marseille. Nous vous informions aussi que le coût financier global de cette affaire s'élevait à 16.290 euros. Sur 10.118 destinataires du Point d'information Palestine (au 21/02/2005) nous avons reçu à ce jour, 496 messages de soutien... et 42 dons par chèque ou par virement, pour un montant de 1695 euros... Au mois d'avril, nous avons encore été l'objet d'une attaque informatique, qui a nécessité l'intervention de trois informaticiens. La faible participation à notre opération de soutien financier nous a amené à nous interroger sur la poursuite de cette expérience d'information alternative. Toujours est-il, qu'après avoir très sérieusement songé à mettre un terme définitif à ce travail que nous réalisons bénévolement depuis le 21 novembre 1999, nous avons décidé de continuer, ainsi que de prolonger notre campagne de soutien... Nous comptons plus que jamais sur votre mobilisation financière aussi modeste soit-elle... Merci d'avance. La situation du peuple palestinien est loin de s'améliorer, malgré "l'excellente campagne de communication" menée par le service de presse de l'armée israélienne autour du "retrait" de Gaza, et les perspectives politiques très incertaines. Nous devons plus que jamais rester mobilisés. Il est de notre devoir d'informer sur ce qui se passe réellement en Palestine occupée.Point d'information Palestine N° 254 du 23/09/2005Newsletter privée réalisée par La Maison d'Orient - BP 40105 - 13192 Marseille Cedex 20 - FRANCE
Phone + Fax : +33 491 089 017 - E-mail : lmomarseille@...Association loi 1901 déclarée à la Préfecture des Bouches-du-Rhône sous le N° 0133099659
Rédacteur en chef : Pierre-Alexandre OrsoniNous pouvons, si vous le souhaitez, vous adresser le Point d'information Palestine en format pièce-jointe RTF sur simple demande à : lmomarseille@...Cette newsletter est envoyée directement à un réseau strictement privé de 10.398 destinataires et n'est adossée à aucun site internet. Les propos publiés dans cette lettre d'information n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement le point de vue de La Maison d'Orient. L'accès au Point d'information Palestine est gratuit. Vous en bénéficiez parce que vous êtes déjà inscrit ou que quelqu'un a voulu vous en faire profiter. Conformément à la loi [art.34 de la loi "informatique et Libertés" du 6 janvier 1978], vous disposez d'un droit d'accès, de modification et de suppression des données qui vous concernent. Si vous vous ne souhaitez plus le recevoir, vous pouvez vous désinscrire en renvoyant un message à lmomarseille@... avec pour objet “Désinscription”. Consultez régulièrement les sites francophones de référence :www.babelmed.net - www.ism-france.org - www.mom.fr/guides
www.oulala.net -www.presse-palestine.org - www.protection-palestine.orgOpération SOS Point d'information Palestine 2005 [prolongée jusqu'au 21 novembre 2005]Aidez-nous à poursuivre la réalisation du Point d'information Palestine en nous faisant parvenir d'urgence, un don,en France, par chèque à l'ordre de : La Maison d'Orient - BP 40105 - 13192 Marseille Cedex 20 FRANCE
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(Nous vous adresserons en fin d'année un reçu fiscal par don à joindre à votre déclaration Impôts sur le revenu 2005.)Au sommaireDernières parutionsRéseau1. Vers la 4e guerre mondiale ? de Pascal Boniface aux éditions Armand Colin2. Rester sur la montagne de Moustapha Barghouti Entretiens sur la Palestine avec Eric Hazan
3. Israéliens – Palestiniens, que peut le cinéma ? de Janine Halbreich-Euvrard (Préface de Kenizé Mourad) aux éditions Michalon4. Allers-Retours de Ilan Halevi aux éditions Flammarion5. Alternatives Sud N° 12 (Mars 2005) Palestine : mémoire et perspectives Points de vue palestiniens, coordonnés par Bichara Khader aux éditions Syllepse
1. Israël est occupé à transformer Abbas en bouc émissaire, comme il l’a fait pour Arafat par Hanan Ashrawi (11 avril 2005)
2. Discours de Nurit Peled-Elhanan à la Journée Internationale des Femmes au Parlement Européen de Strasbourg (8 mars 2005)
3. Irak : On reproche aux forces américaines de tirer sur les journalistes (Mars 2005) Un dossier réalisé par l'IFEX (Échange international de la liberté d'expression)
3. Irak : On reproche aux forces américaines de tirer sur les journalistes (Mars 2005) Un dossier réalisé par l'IFEX (Échange international de la liberté d'expression)
Revue de presse
1. Au lendemain des fêtes par Mohamed Moustapha in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 21 septembre 2005
2. "Nos valeurs" et les terroristes par Michel Lelong in L'Intelligent - Jeune Afrique du dimanche 18 septembre 2005
3. Le cri de Chatila : "Droit au retour" par Stefano Chiarini in Il Manifesto du samedi 17 septembre 2005
4. Qui cherche à noyer le… poison ? par Ryadh Fékih in Réalités du jeudi 15 septembre 2005
5. Joha l’Israélien ! par Elias Khoury in Al-Quds Al-Arabi du mardi 13 septembre 2005
6. Et que fait Israël des mosquées ? par Meron Benvenisti in Ha'Aretz du jeudi 8 septembre 2005
7. Leïla Shahid : "Les Israéliens ont atomisé le tissu social de Gaza" entretien réalisé par Emilie Sueur in L’Orient-Le Jour du jeudi 25 août 2005
8. On dit que Tulkarem a été libéré par Amira Hass in Ha'Aretz du mercredi 23 mars 2005
9. Arabes : les mots des maux par Hichem Ben Yaïche in Le Quotidien d'Oran du mardi 22 mars 2005
2. "Nos valeurs" et les terroristes par Michel Lelong in L'Intelligent - Jeune Afrique du dimanche 18 septembre 2005
3. Le cri de Chatila : "Droit au retour" par Stefano Chiarini in Il Manifesto du samedi 17 septembre 2005
4. Qui cherche à noyer le… poison ? par Ryadh Fékih in Réalités du jeudi 15 septembre 2005
5. Joha l’Israélien ! par Elias Khoury in Al-Quds Al-Arabi du mardi 13 septembre 2005
6. Et que fait Israël des mosquées ? par Meron Benvenisti in Ha'Aretz du jeudi 8 septembre 2005
7. Leïla Shahid : "Les Israéliens ont atomisé le tissu social de Gaza" entretien réalisé par Emilie Sueur in L’Orient-Le Jour du jeudi 25 août 2005
8. On dit que Tulkarem a été libéré par Amira Hass in Ha'Aretz du mercredi 23 mars 2005
9. Arabes : les mots des maux par Hichem Ben Yaïche in Le Quotidien d'Oran du mardi 22 mars 2005
10. La tournée de Leïla Shahid dans les lycées crée la polémique par Marie-Estelle Pech in Le Figaro du jeudi 17 mars 2005
11. Des munitions pour repousser toute critique par Amira Hass in Ha'Aretz du mercredi 16 mars 2005
12. Graffitis à Sabra et Chatila par Jalel El Gharbi in BabelMed Newsletter N° 32 du mercredi 16 mars 2005
13. Les vérités cachées par Gabriele Polo in Il Manifesto du samedi 12 mars 2005
14. Violées, enlevées, égorgées, l’enfer au carré des Irakiennes par Anne Sophie Le Mauff in L'Humanité du samedi 12 mars 2005
15. Un oiseau ne passera pas par Gideon Lévy in Ha'Aretz du vendredi 11 mars 2005
11. Des munitions pour repousser toute critique par Amira Hass in Ha'Aretz du mercredi 16 mars 2005
12. Graffitis à Sabra et Chatila par Jalel El Gharbi in BabelMed Newsletter N° 32 du mercredi 16 mars 2005
13. Les vérités cachées par Gabriele Polo in Il Manifesto du samedi 12 mars 2005
14. Violées, enlevées, égorgées, l’enfer au carré des Irakiennes par Anne Sophie Le Mauff in L'Humanité du samedi 12 mars 2005
15. Un oiseau ne passera pas par Gideon Lévy in Ha'Aretz du vendredi 11 mars 2005
16. Jamais elle ne sera achevée par Amira Hass in Ha'Aretz du mercredi 9 mars 2005
17. De l’arabisation à l’internationalisation par Samir Sobh in La Gazette du Maroc du lundi 7 mars 2005
18. Le coût caché de la politique israélienne d'occupation par Chris McGreal in The Guardian du vendredi 25 février 2005
19. Bonjour, la Gauche par Gideon Lévy in Ha'Aretz du dimanche 13 février 2005
20. Le Goush Katif d’en bas par Gideon Lévy in Ha'Aretz du vendredi 11 février 2005
21. Naissance d’une nouvelle langue, dont l’étude est susceptible de révéler les fondements d’une "grammaire humaine" in Le Scienze du 8 février 2005
22. Seul Bush sait ce qui attend les néocons au tournant… par David Ignatius in The Daily Star du lundi 7 février 2005
20. Le Goush Katif d’en bas par Gideon Lévy in Ha'Aretz du vendredi 11 février 2005
21. Naissance d’une nouvelle langue, dont l’étude est susceptible de révéler les fondements d’une "grammaire humaine" in Le Scienze du 8 février 2005
22. Seul Bush sait ce qui attend les néocons au tournant… par David Ignatius in The Daily Star du lundi 7 février 2005
23. Israël redoute Condi, la Mère-Fouettarde de la paix par Tony Allen-Mills & Uzi Mahnaimi in The Sunday Times du dimanche 6 février 2005
24. Lifta, et pas Mei Naftoah par Daphna Golan-Agnon in Ha'Aretz du mercredi 2 février 2005
25. Le procès de qui ? par Akiva Eldar in Ha'Aretz du lundi 31 janvier 2005
26. Route 443 par Gideon Lévy in Ha'Aretz du vendredi 21 janvier 2005
27. Arafat vu par "Le Monde" in Le Monde du jeudi 11 novembre 2004
LE GUÉRILLERO - Eric Rouleau dans Le Monde du 21 Février 1969 La première interview de Yasser Arafat, deux semaines après son élection à la tête du comité exécutif de l'OLP le 4 février 1969.
L'ORATEUR - Henri Pierre dans Le Monde du 15 novembre 1974 Arafat à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU le 13 novembre 1974.
25. Le procès de qui ? par Akiva Eldar in Ha'Aretz du lundi 31 janvier 2005
26. Route 443 par Gideon Lévy in Ha'Aretz du vendredi 21 janvier 2005
27. Arafat vu par "Le Monde" in Le Monde du jeudi 11 novembre 2004
LE GUÉRILLERO - Eric Rouleau dans Le Monde du 21 Février 1969 La première interview de Yasser Arafat, deux semaines après son élection à la tête du comité exécutif de l'OLP le 4 février 1969.
L'ORATEUR - Henri Pierre dans Le Monde du 15 novembre 1974 Arafat à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU le 13 novembre 1974.
LE CATALYSEUR - Edouard Saab dans Le Monde du 15 novembre 1974 Portrait.
LE "VIEUX" - Françoise Chipaux dans Le Monde du 11 septembre 1993 La bataille décisive de Yasser Arafat.
LE "CHEF DE VILLAGE" - Jean-Pierre Langellier dans Le Monde du 13 septembre 1994 Yasser Arafat à l'épreuve de Gaza.
L'ÉLU - Patrice Claude dans Le Monde du 23 janvier 1996 Yasser Arafat "couronné" premier président élu du Conseil de l'autonomie en Cisjordanie et à Gaza.
LE PRISONNIER - Gilles Paris dans Le Monde du 14 mars 2002 Yasser Arafat entre deux cages.
Dernières parutions
1. Vers la 4e guerre mondiale ? de Pascal Boniface
aux éditions Armand Colin
[172 pages - 17 euros - ISBN : 2200269099]
La guerre contre le terrorisme, aux dimensions planétaires, est de plus en plus souvent présentée comme la 4e guerre mondiale. En effet, face à ce défi majeur, le monde occidental est appelé, comme il le fut pendant la 3e guerre mondiale, la guerre froide, à former un bloc sous leadership américain.
La guerre contre le terrorisme, aux dimensions planétaires, est de plus en plus souvent présentée comme la 4e guerre mondiale. En effet, face à ce défi majeur, le monde occidental est appelé, comme il le fut pendant la 3e guerre mondiale, la guerre froide, à former un bloc sous leadership américain.
La condamnation du terrorisme ne doit cependant pas interdire toute réflexion. Certaines questions doivent être posées, en toute liberté. L'actuelle politique des États-Unis ne nourrit-elle pas autant le terrorisme qu'elle le combat ? N'est-on pas précisément, au Proche-Orient, en Irak et ailleurs, en train de créer les conditions d'un choc des civilisations qu'on affirme refuser ? A cet égard, le conflit israélo-palestinien, autrefois marginal, est devenu un enjeu majeur qui dépasse largement le cadre régional. L'avenir de la sécurité internationale se joue dans cette zone devenue l'épicentre d'un éventuel choc des civilisations. Or celui-ci n'est pas inéluctable. Il est encore temps, si l'on y met suffisamment de bonne volonté politique, d'arrêter l'engrenage infernal qui menace de conduire le monde à la ruine.
Pascal Boniface est directeur de l’ Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS). Auteur d’une quarantaine d’ouvrages sur les questions géopolitiques, il enseigne à l’Institut d’Études Européennes de l’Université Paris VIII. Il est membre du Comité Consultatif sur le désarmement auprès du Secrétaire général de l’ONU.
- Sommaire : Introduction - De la Guerre froide au choc des civilisations - Le conflit israélo-palestinien : la matrice d'un éventuel choc des civilisations - De la création d'Israël à l'ONU à l'isolement d'Israël à l'ONU - Un diagnostic largement partagé - États-Unis/Israël : une alliance singulière - Guerre contre le terrorisme : un combat pour l'éternité ? - États-Unis, monde musulman : les limites de l'impopularité - La tentation de l'extension du conflit - Quel rôle pour l'Europe ? - Espérer dans les ressorts de la société israélienne - Conclusion - Annexe : Liste des vetos américains au Conseil de Sécurité des Nations unies concernant le conflit israélo-palestinien.
2. Rester sur la montagne de Moustapha Barghouti
Entretiens sur la Palestine avec Eric Hazan
[96 pages - 12 euros - ISBN : 2913372457]
Ce livre est la transcription d’une série d’entretiens menés à Ramallah en octobre 2004. C’est à la fois le récit d’un parcours personnel, une analyse de la situation actuelle en Palestine et une série de propositions pour y faire face. Barghouti raconte en détail son expérience de négociateur à Madrid, et comment les accords d’Oslo, signés par une direction coupée du peuple, sont venus réduire à néant les espoirs d’une paix dans la justice. Il explique pourquoi la lutte contre l’occupation de la Palestine et la lutte pour la démocratie à l’intérieur du mouvement national sont inséparables. Partisan depuis toujours d’une résistance populaire non-violente, il ironise sur ceux qui viennent lui parler de Gandhi, à lui dont l’homme serait plutôt Gramsci. Une lutte menée sur deux fronts - contre l’occupation et contre la bourgeoisie palestinienne parasitaire et collaboratrice -, une résistance non armée menée par la société civile, un souci de protéger et d’aider un peuple opprimé en menant de front les activités sociales et le mouvement politique, tels sont les principes défendus par Mustafa Barghouti dans ce livre. Ce sont les propos d’un homme libre, indépendant tant de l’Autorité palestinienne que du Hamas et des partis "d’opposition", dont il explique que, touchant de l’argent de l’Autorité, ils lui sont soumis de fait. Un livre passionnant qui donne une nouvelle vision de la résistance palestinienne à venir.
Entretiens sur la Palestine avec Eric Hazan
[96 pages - 12 euros - ISBN : 2913372457]
Ce livre est la transcription d’une série d’entretiens menés à Ramallah en octobre 2004. C’est à la fois le récit d’un parcours personnel, une analyse de la situation actuelle en Palestine et une série de propositions pour y faire face. Barghouti raconte en détail son expérience de négociateur à Madrid, et comment les accords d’Oslo, signés par une direction coupée du peuple, sont venus réduire à néant les espoirs d’une paix dans la justice. Il explique pourquoi la lutte contre l’occupation de la Palestine et la lutte pour la démocratie à l’intérieur du mouvement national sont inséparables. Partisan depuis toujours d’une résistance populaire non-violente, il ironise sur ceux qui viennent lui parler de Gandhi, à lui dont l’homme serait plutôt Gramsci. Une lutte menée sur deux fronts - contre l’occupation et contre la bourgeoisie palestinienne parasitaire et collaboratrice -, une résistance non armée menée par la société civile, un souci de protéger et d’aider un peuple opprimé en menant de front les activités sociales et le mouvement politique, tels sont les principes défendus par Mustafa Barghouti dans ce livre. Ce sont les propos d’un homme libre, indépendant tant de l’Autorité palestinienne que du Hamas et des partis "d’opposition", dont il explique que, touchant de l’argent de l’Autorité, ils lui sont soumis de fait. Un livre passionnant qui donne une nouvelle vision de la résistance palestinienne à venir.
3. Israéliens – Palestiniens, que peut le cinéma ? de Janine Halbreich-Euvrard (Préface de Kenizé Mourad)
aux éditions Michalon
[320 pages - 22 euros - ISBN : 284186247X]
Trois ans après le début de la deuxième Intifada (octobre 2000) Janine Euvrard organisait, dans le cinéma parisien des Trois Luxembourg, une manifestation en images, avec la diffusion d’une cinquantaine de films, donnant à voir les deux côtés de la guerre. Il était temps, à travers le cinéma, de réexaminer le sujet, d’évaluer le chemin parcouru, le présent et les perspectives.
Au-delà d’Amos Gitaï et d’Elia Suleiman, le cinéma israélien et palestinien existe bel et bien, vivace, controversé, engagé.
Janine Euvrard est partie cette année à la rencontre de cinéastes en Palestine et en Israël, pérégrination clandestine et éreintante dont elle rapporte des entretiens, des questionnements, des points de vue et un carnet de route.
Ce livre, c’est ce voyage subjectif, personnel, intime à travers les images et les idées d’un conflit de l’Histoire. Le cinéma peut-il et doit-il jouer un rôle dans ce conflit ?
Israéliens – Palestiniens, que peut le cinéma ? veut croire que oui. Que le cinéma a toujours son mot à dire.
Trois ans après le début de la deuxième Intifada (octobre 2000) Janine Euvrard organisait, dans le cinéma parisien des Trois Luxembourg, une manifestation en images, avec la diffusion d’une cinquantaine de films, donnant à voir les deux côtés de la guerre. Il était temps, à travers le cinéma, de réexaminer le sujet, d’évaluer le chemin parcouru, le présent et les perspectives.
Au-delà d’Amos Gitaï et d’Elia Suleiman, le cinéma israélien et palestinien existe bel et bien, vivace, controversé, engagé.
Janine Euvrard est partie cette année à la rencontre de cinéastes en Palestine et en Israël, pérégrination clandestine et éreintante dont elle rapporte des entretiens, des questionnements, des points de vue et un carnet de route.
Ce livre, c’est ce voyage subjectif, personnel, intime à travers les images et les idées d’un conflit de l’Histoire. Le cinéma peut-il et doit-il jouer un rôle dans ce conflit ?
Israéliens – Palestiniens, que peut le cinéma ? veut croire que oui. Que le cinéma a toujours son mot à dire.
Janine Halbreich-Euvrard est critique de cinéma. Elle a organisé, en 1975 à Royan, le premier Festival du film du tiers-monde et des minorités. Et en 1976, la toute première rencontre européenne entre cinéastes palestiniens et israéliens.
4. Allers-Retours de Ilan Halevi
aux éditions Flammarion
aux éditions Flammarion
[350 pages - 20 euros - ISBN : 2082103390]
Ce livre mélange délibérément l’autobiographie, la fiction et le témoignage. On y découvre la vie de Naïm Hacohen, double fort probable de l’auteur, lequel Naïm est un diplomate de l’OLP depuis 1982 et se définit avec agacement, quand on le presse, comme un « juif palestinien ». Sur ses traces, on entre dans l’histoire peu connue des mouvements d’extrême gauche israéliens, déboucher en Palestine, participer aux combats menés par l’OLP comme à ses déchirements internes, ainsi qu’à la cuisine des négociations israélo-palestiniennes. On y rencontre différents personnages, réels, inspirés ou purement fictifs – agents doubles ou triples, dont les manœuvres donnent le vertige, politiques manipulateurs ou militants généreux d’une cause qui leur vaut la haine et le mépris… Par des des détours nécessaires dans l’espace et dans le temps : à Istanbul et à Jérusalem, dans les années 1870, on comprend comment Naïm a pu naître à Lyon, en 1943 ; au Yémen, au milieu du XIXe siècle, pour revenir sur les origines de Yehiel, un Israélien au teint un peu trop foncé ; en Afrique pour suivre Jonathan, un Palestinien de Saint-Jean-d’Acre …
Un texte qui remet en cause de manière radicale le cloisonnement des identités.
Ce livre mélange délibérément l’autobiographie, la fiction et le témoignage. On y découvre la vie de Naïm Hacohen, double fort probable de l’auteur, lequel Naïm est un diplomate de l’OLP depuis 1982 et se définit avec agacement, quand on le presse, comme un « juif palestinien ». Sur ses traces, on entre dans l’histoire peu connue des mouvements d’extrême gauche israéliens, déboucher en Palestine, participer aux combats menés par l’OLP comme à ses déchirements internes, ainsi qu’à la cuisine des négociations israélo-palestiniennes. On y rencontre différents personnages, réels, inspirés ou purement fictifs – agents doubles ou triples, dont les manœuvres donnent le vertige, politiques manipulateurs ou militants généreux d’une cause qui leur vaut la haine et le mépris… Par des des détours nécessaires dans l’espace et dans le temps : à Istanbul et à Jérusalem, dans les années 1870, on comprend comment Naïm a pu naître à Lyon, en 1943 ; au Yémen, au milieu du XIXe siècle, pour revenir sur les origines de Yehiel, un Israélien au teint un peu trop foncé ; en Afrique pour suivre Jonathan, un Palestinien de Saint-Jean-d’Acre …
Un texte qui remet en cause de manière radicale le cloisonnement des identités.
Ilan Halevi est né en France en 1943 de parents résistants. Il a sillonné le monde avant de s’établir en Israël où il s’engage dans des mouvements d’extrême-gauche rapidement réprimés par le pouvoir en raison de leurs positions pro-palestiniennes. Il est l’un des seuls dans cette mouvance à avoir « franchi la frontière » dans les années soixante-dix pour devenir palestinien. Proche de Yasser Arafat et actuellement vice-ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, il est depuis vingt-deux ans le porte-parole de la Palestine auprès de l’Internationale socialiste et a participé, en tant que membre de la délégation palestinienne, aux négociations de Madrid et de Washington. Il est notamment l’auteur de "Question juive : la tribu, la loi, l’espace" (Minuit, 1981), ouvrage traduit dans plusieurs langues, et de "Face à la guerre. Lettre de Ramallah" (Actes Sud, 2003), ainsi que l'indispensable (mais hélas épuisé) "Sous Israël, la Palestine" (Le Sycomore,
1984).
5. Alternatives Sud N° 12 (Mars 2005) Palestine : mémoire et perspectives
Points de vue palestiniens, coordonnés par Bichara Khader
aux éditions Syllepse
[194 pages - 18 euros - ISBN : 2849500429]
L’histoire contemporaine des Palestiniens s’apparente à un long fleuve tumultueux et à une accumulation de déchirures. L’État d’Israël s’est construit au détriment d’un peuple jeté sur les routes de l’exil ou victime de l’occupation. Pourtant - et c’est sans doute l’une des surprises de l’histoire - les Palestiniens, que les dirigeants sionistes se sont échinés à effacer de leur champ de vision, en gommant leur mémoire ou en les noyant dans « l’océan arabe », apparaissent plus visibles que jamais, d’abord dans la figure du « réfugié-résistant », ensuite dans celle de l’« occupé » qui se soulève. Cette sortie de l’invisibilité permet de déterrer la mémoire palestinienne des gravats de l’histoire officielle des vainqueurs. Les conditions de vie actuelles de la population palestinienne plaident d’elles-mêmes pour une issue urgente et juste au conflit, qui ne pourra pas se résoudre par la formule explosive du « eux ou nous ». Une autre démarche morale s’impose, une démarche visant à surmonter les douleurs du passé et du présent, pour écrire les pages d’un futur partagé, susceptible de mettre fin à l’occupation et à l’exil.
SOMMAIRE
Editorial par Bichara Khader
Nakba, Naksa, Nahda : mémoire et histoire de la Palestine de 1904 à 2004 par Bichara Khader
L’enjeu démographique en Palestine à l’aube du 21e siècle par Youssef Courbage
Le projet colonial israélien : "spatiocide" et "biopolitique" par Sari Hanafi
La création d’un Etat palestinien viable : une priorité sioniste ? par Asem Khalil
Le rapatriement vers le futur Etat palestinien : une solution au problème des réfugiés ? par Jalal Al Husseini
Points de vue palestiniens, coordonnés par Bichara Khader
aux éditions Syllepse
[194 pages - 18 euros - ISBN : 2849500429]
L’histoire contemporaine des Palestiniens s’apparente à un long fleuve tumultueux et à une accumulation de déchirures. L’État d’Israël s’est construit au détriment d’un peuple jeté sur les routes de l’exil ou victime de l’occupation. Pourtant - et c’est sans doute l’une des surprises de l’histoire - les Palestiniens, que les dirigeants sionistes se sont échinés à effacer de leur champ de vision, en gommant leur mémoire ou en les noyant dans « l’océan arabe », apparaissent plus visibles que jamais, d’abord dans la figure du « réfugié-résistant », ensuite dans celle de l’« occupé » qui se soulève. Cette sortie de l’invisibilité permet de déterrer la mémoire palestinienne des gravats de l’histoire officielle des vainqueurs. Les conditions de vie actuelles de la population palestinienne plaident d’elles-mêmes pour une issue urgente et juste au conflit, qui ne pourra pas se résoudre par la formule explosive du « eux ou nous ». Une autre démarche morale s’impose, une démarche visant à surmonter les douleurs du passé et du présent, pour écrire les pages d’un futur partagé, susceptible de mettre fin à l’occupation et à l’exil.
SOMMAIRE
Editorial par Bichara Khader
Nakba, Naksa, Nahda : mémoire et histoire de la Palestine de 1904 à 2004 par Bichara Khader
L’enjeu démographique en Palestine à l’aube du 21e siècle par Youssef Courbage
Le projet colonial israélien : "spatiocide" et "biopolitique" par Sari Hanafi
La création d’un Etat palestinien viable : une priorité sioniste ? par Asem Khalil
Le rapatriement vers le futur Etat palestinien : une solution au problème des réfugiés ? par Jalal Al Husseini
Le système éducatif palestinien en état d'urgence par Omar Massalha
Les Palestiniens des territoires occupés face aux stratégies israéliennes d’insécurisation par Jalal Al Husseini, Jamil Rabah, Matthias Brunner, Isabelle Daneels, Riccardo Bocco et Frédéric Lapeyre
L'épuration ethnique de 1948 et "l'historiophobie" dans l'actuel processus de paix par Ilan Pappe
L'épuration ethnique de 1948 et "l'historiophobie" dans l'actuel processus de paix par Ilan Pappe
Réseau
1. Israël est occupé à transformer Abbas en bouc émissaire, comme il l’a fait pour Arafat par Hanan Ashrawi (11 avril 2005)
[traduit de l'anglais par Claude Zurbach]
[traduit de l'anglais par Claude Zurbach]
Ce texte est basé sur des remarques faites le 11 avril 2005 par le Docteur Hanan Ashrawi, membre élu du Conseil Législatif Palestinien et Secrétaire Général du Miftah.
Le monde politique palestinien évolue en ce moment vers la « politisation » des groupes islamiques tels le Hamas et le Jihad Islamique, dont l’impact aux élections législatives de juillet 2005 peut déjà être évalué. Cependant, si Israël persiste à chercher la paix en dictant aux Palestiniens une solution qui passe par l’expansion des colonies, l’étranglement de l’économie palestinienne et des actions unilatérales - plutôt que d’engager des négociations directes - il y aura alors, de façon certaine, une « islamisation » de la politique en Palestine, explique Hanan Ashrawi, une élue du Conseil Législatif Palestinien.
Parlant le 11 avril 2005 à l’occasion d’une réunion, Ashrawi a pressé les Etats-Unis de changer de politique vis-à-vis d’Israël. « L’attitude des Etast-unis, leur influence et leur crédibilité dans la région ont été déterminées par le comportement d’Israël sur le terrain », a fait savoir Ashrawi. « C’est l’intérêt des Etats-Unis d’avoir une paix viable dans la région ».
Ashrawi s’appuie sur le fait qu’une paix viable peut contrecarrer le fondamentalisme et la violence. Une solution au problème palestinien apporterait la stabilité dans la région et contrebalancerait les dégâts subis par l’image des Etats-Unis au Moyen-Orient.
« Les Palestiniens attendent du président américain qu’il développe une politique qui lui fasse dire qu’Israël est allé trop loin », ajoute Ashrawi. De plus, les Palestiniens attendent de l’administration américaine qu’elle s’engage et qu’elle mette un terme aux actions unilatérales d’Israël et crée une atmosphère propice à des négociations sérieuses.
C’est d’une telle approche de la part des Etats-Unis qu’a besoin le président Mahmoud Abbas de façon à relever les défis qui lui font face. Abbas a été élu sur la base de la non-violence et d’une issue négociée au conflit. Cependant, sa capacité à proposer une solution politique a été diminuée par le manque de disponibilité des Israéliens à travailler avec lui. « Abbas a besoin d’être renforcé aussi bien par les Israéliens que par un sérieux réengagement de l’administration des Etats-Unis », a déclaré Ashrawi. Au contraire, le gouvernement israélien est « occupé à transformer Abbas en bouc émissaire » comme il l’avait fait pour le dernier Président Palestinien, Yasser Arafat.
Ashrawi met en évidence que le premier ministre israélien, Ariel Sharon ,va utiliser son désengagement unilatéral de la bande de Gaza pour s’assurer un appui américain pour son plan d’expansion des colonies en Cisjordanie. Ashrawi souligne également que la décision israélienne d’étendre les colonies de Maal Adumin et d’implanter le plan E-1 vont lier les colonies à Jérusalem. S’il est mis en œuvre, E-1 va disséquer la Cisjordanie et complètement détruire toute chance de construire un Etat Palestinien viable.
Les Etats-Unis attendent des Palestiniens « qu’ils acceptent les changements démographiques sur le terrain » et plutôt que de se préoccuper des menaces sur le processus de paix, ils sont focalisés sur la construction de l’Etat. Les Etats-Unis, pour s’engager dans des négociations, attendent des Palestiniens qu’ils mettent en place un système parfait de bonne gouvernance. « Ceci est difficle sous occupation militaire et lorsque vous n’avez aucun choix politique possible », note Ashrawi.
Malgré les difficultés, la réforme est un point dominant dans l’agenda d’Abbas. La réforme, argumente Ashrawi, sera définie selon les besoins et les priorités des Palestiniens, et non pas par les pressions israéliennes et américaines. Elle ajoute que plusieurs cas ont été déférés devant le ministre de la Justice et que le mouvement vers la réforme est déterminé, en accord avec les règles légales.
La réforme dans l’appareil de sécurité s’est avérée difficile pour Abbas. Israël et les Etats-Unis veulent imposer leur définition de la réforme de la sécurité alors que les Palestiniens veulent un système judiciaire indépendant pour mener à bien ce processus. Abbas, d’un autre côté, doit composer avec des pouvoirs de base centralisés, c’est-à-dire des responsables de la sécurité avec leurs fidèles, et avec la jeune génération qui dispose de milices.
Ashrawi insiste sur l’importance de résoudre le problème de la réforme du système de sécurité d’une façon qui « garantisse la viabilité du système politique palestinien dans son intégralité ».
Un élément crucial du besoin de réforme est le Fatah, le parti politique d’Abbas. Selon Ashrawi, le Fatah a perdu beaucoup de son audience pour avoir soutenu un processus de paix qui a failli dans les années 90. De plus, en tant que Parti au pouvoir, le Fatah est à présent accusé de tous les maux qui frappent l’Autorité Palestinienne. Ceci est la cause du basculement du soutien populaire en faveur du Hamas ou d’autres groupes islamiques.
« Le Fatah a besoin de remettre rapidement de l’ordre dans sa maison s’il veut gagner en influence aux élections de juillet », dit Ashrawi. Elle relève que cela sera difficile, vu que le Fatah est englué dans sa crise interne à cause des luttes pour le pouvoir entre jeune et vieille gardes, faisant référence à la plus jeune génération qui a grandi sous l’occupation israélienne au contraire de ceux qui ont fait partie de l’OLP en exil ; cette jeune génération impose la mentalité née de l’occupation plutôt que celle de la construction d’un Etat.
Ashrawi prévient que s’il n’y a pas de développements positifs et que si Israël continue à se comporter comme un occupant, le Fatah et les réformateurs seront ébranlés. « La carte politique est en train de basculer. A moins qu’il n’y ait un sérieux changement et une contribution à la construction d’un Etat qui renforcent le camp des modérés, nous allons nous orienter vers l’islamisation de la politique palestinienne », prévient Ashrawi.
- Pour plus d'informations : Jerusalem-based Palestinian Initiative for the Promotion of Global Dialogue & Democracy http://www.miftah.org.
2. Discours de Nurit Peled-Elhanan à la Journée Internationale des Femmes au Parlement Européen de Strasbourg (8 mars 2005)
(Nurit Peled-Elhanan a obtenu, avec Izzat Ghazzawi, en 2001, le Prix Sakharov, une sorte de prix "Nobel de la paix" du Parlement Européen. Professeur de linguistique et éducation à l'Université de Jérusalem, Nurit Peled-Elhanan est la fille du célèbre général Matti Peled, décédé en 1995, qui était une figure du mouvement pacifiste israélien. Nurit Peled-Elhanan a perdu une fille agée de treize ans, Smadar, victime d'un attentat kamikaze revendiqué par le Hamas, le 4 septembre 1997. Aujourd'hui, Nurit et son époux sont membres de l'association "Forum de Parents pour la Paix" qui regroupe des parents juifs et palestiniens qui ont perdu leur(s) enfant(s) dans la tragédie meurtrière que vivent les deux peuples depuis des décennies. Ses deux fils sont refuzniks. Invitée le 8 mars dernier à s'exprimer devant le Parlement européen, à l'occasion de la Journée des Femmes, voici ce qu'elle a déclaré.)
(Nurit Peled-Elhanan a obtenu, avec Izzat Ghazzawi, en 2001, le Prix Sakharov, une sorte de prix "Nobel de la paix" du Parlement Européen. Professeur de linguistique et éducation à l'Université de Jérusalem, Nurit Peled-Elhanan est la fille du célèbre général Matti Peled, décédé en 1995, qui était une figure du mouvement pacifiste israélien. Nurit Peled-Elhanan a perdu une fille agée de treize ans, Smadar, victime d'un attentat kamikaze revendiqué par le Hamas, le 4 septembre 1997. Aujourd'hui, Nurit et son époux sont membres de l'association "Forum de Parents pour la Paix" qui regroupe des parents juifs et palestiniens qui ont perdu leur(s) enfant(s) dans la tragédie meurtrière que vivent les deux peuples depuis des décennies. Ses deux fils sont refuzniks. Invitée le 8 mars dernier à s'exprimer devant le Parlement européen, à l'occasion de la Journée des Femmes, voici ce qu'elle a déclaré.)
"Merci de m'avoir invitée à cette journée. C'est toujours un honneur et un plaisir d'être ici, parmi vous. Cependant, je dois admettre que je crois que vous devriez avoir invité une femme palestinienne à ma place, parce que les femmes qui souffrent le plus de la violence dans mon pays sont les femmes palestiniennes. Et je voudrais dédier mon discours à Miriam R'aban et à son mari Kamal, de Bet Lahiya dans la bande de Gaza, dont les cinq petits enfants ont été tués par des soldats israéliens alors qu'ils ramassaient des fraises dans le champ de fraises de la famille. Personne ne passera jamais en jugement pour ce meurtre.
Lorsque j'ai demandé aux gens qui m'ont invitée ici pourquoi ils n'invitaient pas de femme palestinienne, leur réponse a été que cela rendrait la discussion "trop localisée".
Je ne sais pas ce qu'est la violence non localisée. Le racisme et la discrimination peuvent être des concepts théoriques et des phénomènes universels, mais leur impact est toujours local, et bien réel. La douleur est locale, l'humiliation, les abus sexuels, la torture et la mort sont tous très locaux, de même que les cicatrices.
Il est malheureusement vrai que la violence locale infligée aux femmes palestiniennes par le gouvernement d'Israël et l'armée israélienne s'est étendue sur toute la planète. En fait la violence d'Etat et la violence de l'armée, la violence individuelle et collective, sont le lot des femmes musulmanes aujourd'hui, pas seulement en Palestine mais partout où le monde occidental éclairé pose son grand pied impérialiste. C'est une violence qui n'est presque jamais abordée et que la plupart des gens en Europe et aux Etats-Unis excusent du bout des lèvres.
C'est ainsi parce que le soi-disant monde libre a peur de l'utérus musulman.
La grande France de la liberté l'égalité et la fraternité [en Français dans le texte] est effrayée par des petites filles avec des foulards sur la tête, le Grand Israël juif a peur de l'utérus musulman que ses ministres qualifient de menace démographique. L'Amérique toute-puissante et la Grande-Bretagne contaminent leurs citoyens respectifs avec une crainte aveugle des Musulmans, qui sont dépeints comme vils, primitifs et assoiffés de sang - en plus d'être non démocratiques, chauvins/ machistes et des producteurs en masse de futurs terroristes. Cela en dépit du fait que les gens qui détruisent le monde aujourd'hui ne sont pas musulmans. L'un d'entre eux est un Chrétien dévot, l'un est Anglican et l'autre est un Juif non pieux.
Je n'ai jamais vécu la souffrance que les femmes palestiniennes subissent tous les jours, toutes les heures, je ne connais pas le genre de violence qui fait de la vie d'une femme un enfer constant. Cette torture physique et mentale quotidienne des femmes qui sont privées de leurs droits humains fondamentaux et de leurs besoins fondamentaux d'une vie privée et de dignité, des femmes dont on entre par effraction dans la maison à toute heure du jour et de la nuit, à qui on ordonne sous la menace d'une arme de se mettre nue en se déshabillant devant des étrangers et devant leurs propres enfants, dont les
maisons sont détruites, qui sont privées de leurs moyens d'existence et de toute vie de famille normale. Ceci ne fait pas partie de mon épreuve personnelle. Mais je suis une victime de la violence contre les femmes dans la mesure où la violence contre les enfants est en fait une violence contre les femmes. Les femmes palestiniennes, irakiennes, afghanes sont mes sœurs parce que nous sommes toutes prises dans l'étreinte des mêmes criminels sans scrupules qui se désignent comme les dirigeants du monde éclairé libre et qui, au nom de cette liberté et de ces lumières, nous volent nos enfants. De plus, les mères israéliennes, américaines, italiennes et britanniques ont été, pour la plupart, violemment aveuglées et décervelées à un point tel qu'elles ne peuvent pas se rendre compte que leurs seules soeurs, leurs seules alliées dans le monde sont les mères musulmanes palestiniennes, irakiennes ou afghanes dont les enfants sont tués par nos enfants ou qui se font exploser en morceaux avec nos fils et nos filles. Elles sont toutes infectées par les mêmes virus engendrés par les politiciens. Et les virus, bien qu'ils puissent avoir divers noms illustres comme Démocratie, Patriotisme, Dieu, Patrie, sont tous les mêmes. Ils font tous partie d'idéologies fausses et truquées qui ont pour intention d'enrichir les riches et de donner du pouvoir aux puissants.
Nous sommes toutes les victimes de la violence mentale, psychologique et culturelle qui fait de nous un seul groupe homogène de mères endeuillées ou potentiellement endeuillées. Les mères occidentales à qui on apprend à croire que leur utérus est un atout national tout comme on leur apprend à croire que l'utérus musulman est une menace internationale.
On les éduque pour qu'elles ne s'exclament pas : « Je lui ai donné naissance, je lui ai donné le sein, il est à moi et je ne le laisserai pas être celui dont la vie vaut moins que le pétrole, dont l'avenir a moins de valeur qu'un lopin de terre".
Chacune d'entre nous est terrorisée par une éducation qui infecte l'esprit pour que nous croyions que tout ce que nous pouvons faire c'est soit prier pour que nos fils reviennent à la maison ou être fières de leurs corps morts.
Et nous avons toutes été élevées pour supporter tout ceci en silence, pour contenir notre crainte et notre frustration, pour prendre du prozac pour l'anxiété, mais jamais acclamer Mère Courage en public. Ne jamais être de vraies mères juives ou italiennes ou irlandaises.
Je suis une victime de la violence d'Etat. Mes droits naturels et civils en tant que mère ont été violés et sont violés parce que j'ai à craindre le jour où mon fils atteindra son 18ème anniversaire et me sera enlevé pour être l'instrument du jeu de criminels tels que Sharon, Bush, Blair et leur clan de généraux assoiffés de sang, assoiffés de pétrole, assoiffés de terre.
Vivant dans le monde dans lequel je vis, dans l'Etat dans lequel je vis, dans le régime dans lequel je vis, je n'ose pas offrir aux femmes musulmanes quelque idée que ce soit sur la manière de changer leurs vies. Je ne veux pas qu'elles enlèvent leurs foulards ou éduquent leurs enfants différemment, et je ne les presserai pas de constituer des Démocraties à l'image des démocraties occidentales qui les méprisent elles et les gens de leur sorte. Je veux juste leur demander humblement d'être mes soeurs, exprimer mon admiration pour leur persévérance et leur courage de continuer, d'avoir des enfants et de maintenir une vie de famille pleine de dignité en dépit des conditions impossibles dans lesquelles mon monde les met. Je veux leur dire que nous sommes toutes liées par la même douleur, nous sommes toutes les victimes des mêmes sortes de violences même si elles souffrent bien davantage, parce que ce sont elles qui sont maltraitées par mon gouvernement et son armée, avec l'aide de mes impôts.
L'islam en soi, comme le judaïsme en soi et le christianisme en soi, n'est pas une menace pour moi ou pour qui que ce soit. C'est l'impérialisme américain, c'est l'indifférence et la coopération européennes, et le régime israélien raciste et cruel d'occupation qui en sont une. C'est le racisme, la propagande dans l'éducation et la xénophobie inculquée qui convainquent les soldats israéliens d'ordonner aux femmes palestiniennes, sous la menace des armes, de se déshabiller en face de leurs enfants pour des raisons de sécurité, c'est le manque de respect le plus profond pour l'autre qui permet aux soldats américains de violer des femmes irakiennes, qui donne une licence aux geôliers israéliens pour garder des jeunes femmes dans des conditions inhumaines, sans les aides hygiéniques nécessaires, sans électricité en hiver, sans eau propre ou matelas propres et pour les séparer de leurs bébés et de leurs tout-petits nourris au sein. Pour leur barrer la route vers les hôpitaux, pour bloquer leur chemin vers l'éducation, pour confisquer leurs terres, pour déraciner leurs arbres et les empêcher de cultiver leurs champs.
Je ne peux pas complètement comprendre les femmes palestiniennes ou leur souffrance. Je ne sais pas comment j'aurais survécu à une telle humiliation, à un tel manque de respect de la part du monde entier. Tout ce que je sais est que la voix des mères a été étouffée pendant trop longtemps sur cette planète dévastée par la guerre. Le cri des mères n'est pas entendu parce que les mères ne sont pas invitées aux forums internationaux comme celui-ci. Cela je le sais, et c'est très peu. Mais c'est assez pour que je me souvienne que ces femmes sont mes soeurs et qu'elles méritent que je crie pour elles et me batte pour elles. Et quand elles perdent leurs enfants dans des champs de fraises ou sur des routes crasseuses près des check points, quand leurs enfants sont abattus sur le chemin de l'école par des enfants israéliens qui ont été élevés pour croire que l'amour et la compassion s'exercent en dépendant de la race et de la religion, la seule chose que je puisse faire est de me tenir à leurs côtés et à ceux de leurs bébés trahis et de demander ce qu'Anna Akhmatova, une autre mère qui a vécu dans un régime de violence contre les femmes et les enfants, avait demandé : Pourquoi ce filet de sang déchire-t-il le pétale de ta joue ?"
Lorsque j'ai demandé aux gens qui m'ont invitée ici pourquoi ils n'invitaient pas de femme palestinienne, leur réponse a été que cela rendrait la discussion "trop localisée".
Je ne sais pas ce qu'est la violence non localisée. Le racisme et la discrimination peuvent être des concepts théoriques et des phénomènes universels, mais leur impact est toujours local, et bien réel. La douleur est locale, l'humiliation, les abus sexuels, la torture et la mort sont tous très locaux, de même que les cicatrices.
Il est malheureusement vrai que la violence locale infligée aux femmes palestiniennes par le gouvernement d'Israël et l'armée israélienne s'est étendue sur toute la planète. En fait la violence d'Etat et la violence de l'armée, la violence individuelle et collective, sont le lot des femmes musulmanes aujourd'hui, pas seulement en Palestine mais partout où le monde occidental éclairé pose son grand pied impérialiste. C'est une violence qui n'est presque jamais abordée et que la plupart des gens en Europe et aux Etats-Unis excusent du bout des lèvres.
C'est ainsi parce que le soi-disant monde libre a peur de l'utérus musulman.
La grande France de la liberté l'égalité et la fraternité [en Français dans le texte] est effrayée par des petites filles avec des foulards sur la tête, le Grand Israël juif a peur de l'utérus musulman que ses ministres qualifient de menace démographique. L'Amérique toute-puissante et la Grande-Bretagne contaminent leurs citoyens respectifs avec une crainte aveugle des Musulmans, qui sont dépeints comme vils, primitifs et assoiffés de sang - en plus d'être non démocratiques, chauvins/ machistes et des producteurs en masse de futurs terroristes. Cela en dépit du fait que les gens qui détruisent le monde aujourd'hui ne sont pas musulmans. L'un d'entre eux est un Chrétien dévot, l'un est Anglican et l'autre est un Juif non pieux.
Je n'ai jamais vécu la souffrance que les femmes palestiniennes subissent tous les jours, toutes les heures, je ne connais pas le genre de violence qui fait de la vie d'une femme un enfer constant. Cette torture physique et mentale quotidienne des femmes qui sont privées de leurs droits humains fondamentaux et de leurs besoins fondamentaux d'une vie privée et de dignité, des femmes dont on entre par effraction dans la maison à toute heure du jour et de la nuit, à qui on ordonne sous la menace d'une arme de se mettre nue en se déshabillant devant des étrangers et devant leurs propres enfants, dont les
maisons sont détruites, qui sont privées de leurs moyens d'existence et de toute vie de famille normale. Ceci ne fait pas partie de mon épreuve personnelle. Mais je suis une victime de la violence contre les femmes dans la mesure où la violence contre les enfants est en fait une violence contre les femmes. Les femmes palestiniennes, irakiennes, afghanes sont mes sœurs parce que nous sommes toutes prises dans l'étreinte des mêmes criminels sans scrupules qui se désignent comme les dirigeants du monde éclairé libre et qui, au nom de cette liberté et de ces lumières, nous volent nos enfants. De plus, les mères israéliennes, américaines, italiennes et britanniques ont été, pour la plupart, violemment aveuglées et décervelées à un point tel qu'elles ne peuvent pas se rendre compte que leurs seules soeurs, leurs seules alliées dans le monde sont les mères musulmanes palestiniennes, irakiennes ou afghanes dont les enfants sont tués par nos enfants ou qui se font exploser en morceaux avec nos fils et nos filles. Elles sont toutes infectées par les mêmes virus engendrés par les politiciens. Et les virus, bien qu'ils puissent avoir divers noms illustres comme Démocratie, Patriotisme, Dieu, Patrie, sont tous les mêmes. Ils font tous partie d'idéologies fausses et truquées qui ont pour intention d'enrichir les riches et de donner du pouvoir aux puissants.
Nous sommes toutes les victimes de la violence mentale, psychologique et culturelle qui fait de nous un seul groupe homogène de mères endeuillées ou potentiellement endeuillées. Les mères occidentales à qui on apprend à croire que leur utérus est un atout national tout comme on leur apprend à croire que l'utérus musulman est une menace internationale.
On les éduque pour qu'elles ne s'exclament pas : « Je lui ai donné naissance, je lui ai donné le sein, il est à moi et je ne le laisserai pas être celui dont la vie vaut moins que le pétrole, dont l'avenir a moins de valeur qu'un lopin de terre".
Chacune d'entre nous est terrorisée par une éducation qui infecte l'esprit pour que nous croyions que tout ce que nous pouvons faire c'est soit prier pour que nos fils reviennent à la maison ou être fières de leurs corps morts.
Et nous avons toutes été élevées pour supporter tout ceci en silence, pour contenir notre crainte et notre frustration, pour prendre du prozac pour l'anxiété, mais jamais acclamer Mère Courage en public. Ne jamais être de vraies mères juives ou italiennes ou irlandaises.
Je suis une victime de la violence d'Etat. Mes droits naturels et civils en tant que mère ont été violés et sont violés parce que j'ai à craindre le jour où mon fils atteindra son 18ème anniversaire et me sera enlevé pour être l'instrument du jeu de criminels tels que Sharon, Bush, Blair et leur clan de généraux assoiffés de sang, assoiffés de pétrole, assoiffés de terre.
Vivant dans le monde dans lequel je vis, dans l'Etat dans lequel je vis, dans le régime dans lequel je vis, je n'ose pas offrir aux femmes musulmanes quelque idée que ce soit sur la manière de changer leurs vies. Je ne veux pas qu'elles enlèvent leurs foulards ou éduquent leurs enfants différemment, et je ne les presserai pas de constituer des Démocraties à l'image des démocraties occidentales qui les méprisent elles et les gens de leur sorte. Je veux juste leur demander humblement d'être mes soeurs, exprimer mon admiration pour leur persévérance et leur courage de continuer, d'avoir des enfants et de maintenir une vie de famille pleine de dignité en dépit des conditions impossibles dans lesquelles mon monde les met. Je veux leur dire que nous sommes toutes liées par la même douleur, nous sommes toutes les victimes des mêmes sortes de violences même si elles souffrent bien davantage, parce que ce sont elles qui sont maltraitées par mon gouvernement et son armée, avec l'aide de mes impôts.
L'islam en soi, comme le judaïsme en soi et le christianisme en soi, n'est pas une menace pour moi ou pour qui que ce soit. C'est l'impérialisme américain, c'est l'indifférence et la coopération européennes, et le régime israélien raciste et cruel d'occupation qui en sont une. C'est le racisme, la propagande dans l'éducation et la xénophobie inculquée qui convainquent les soldats israéliens d'ordonner aux femmes palestiniennes, sous la menace des armes, de se déshabiller en face de leurs enfants pour des raisons de sécurité, c'est le manque de respect le plus profond pour l'autre qui permet aux soldats américains de violer des femmes irakiennes, qui donne une licence aux geôliers israéliens pour garder des jeunes femmes dans des conditions inhumaines, sans les aides hygiéniques nécessaires, sans électricité en hiver, sans eau propre ou matelas propres et pour les séparer de leurs bébés et de leurs tout-petits nourris au sein. Pour leur barrer la route vers les hôpitaux, pour bloquer leur chemin vers l'éducation, pour confisquer leurs terres, pour déraciner leurs arbres et les empêcher de cultiver leurs champs.
Je ne peux pas complètement comprendre les femmes palestiniennes ou leur souffrance. Je ne sais pas comment j'aurais survécu à une telle humiliation, à un tel manque de respect de la part du monde entier. Tout ce que je sais est que la voix des mères a été étouffée pendant trop longtemps sur cette planète dévastée par la guerre. Le cri des mères n'est pas entendu parce que les mères ne sont pas invitées aux forums internationaux comme celui-ci. Cela je le sais, et c'est très peu. Mais c'est assez pour que je me souvienne que ces femmes sont mes soeurs et qu'elles méritent que je crie pour elles et me batte pour elles. Et quand elles perdent leurs enfants dans des champs de fraises ou sur des routes crasseuses près des check points, quand leurs enfants sont abattus sur le chemin de l'école par des enfants israéliens qui ont été élevés pour croire que l'amour et la compassion s'exercent en dépendant de la race et de la religion, la seule chose que je puisse faire est de me tenir à leurs côtés et à ceux de leurs bébés trahis et de demander ce qu'Anna Akhmatova, une autre mère qui a vécu dans un régime de violence contre les femmes et les enfants, avait demandé : Pourquoi ce filet de sang déchire-t-il le pétale de ta joue ?"
[La traduction en français de ce texte a été diffusée par nord-palestine@... et diffusée par la CAPJPO - Euro-Palestine www.paixjusteauproche-orient.asso.fr]
3. Irak : On reproche aux forces américaines de tirer sur les journalistes (Mars 2005)
Un dossier réalisé par l'IFEX (Échange international de la liberté d'expression)
L'armée américaine subit de nouveau les critiques des groupes de défense de la liberté de la presse pour son rôle dans les homicides de journalistes en Irak, à la suite des blessures infligées la semaine dernière à la journaliste italienne Giuliana Sgrena et du décès d'un journaliste kurde.
L'Institut international de la presse (IIP), Reporters sans frontières (RSF), la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) exigent des explications suffisantes sur les raisons pour lesquelles des soldats américains ont ouvert le feu le 4 mars 2005 sur la voiture qui transportait la journaliste Sgrena.
Accompagnée par des agents des services secrets italiens, Sgrena se dirigeait vers l'aéroport de Bagdad après avoir été libérée par les insurgés irakiens qui l'ont retenue en otage pendant un mois. Les soldats américains présents à un barrage militaire ont fait feu sur la voiture, tuant l'agent du service secret et blessant la journaliste.
Le gouvernement américain prétend que les soldats ont ouvert le feu après que la voiture, qui se déplaçait à grande vitesse, eut refusé de ralentir tandis qu'elle s'approchait du poste de contrôle. Selon Sgrena, le véhicule n'allait pas particulièrement vite et a essuyé un « déluge de feu ». Elle se remet d'une opération mineure à l'épaule, d'où on a retiré des éclats d'obus.
D'après RSF, les Nations Unies doivent enquêter sur cet incident parce que la fiche du Pentagone en matière d'enquêtes sur les incidents de tirs sur les journalistes par les troupes américaines n'inspire pas beaucoup confiance. « L'armée américaine, surtout dans le cas de [l'incident] de l'Hôtel Palestine, a produit des rapports qui visent uniquement à exonérer les militaires », dit le groupe.
En avril 2003, deux journalistes sont morts lorsqu'un char américain a fait feu sur l'Hôtel Palestine à Bagdad (voir : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=9043). L'armée américaine nie toute responsabilité dans ces pertes de vie.
Par ailleurs, le 12 février 2005, Dler Karam Ali a succombé aux blessures qu'il avait subies dans un échange de coups de feu trois jours plus tôt lorsque des soldats américains ont tiré sur sa voiture, selon ce que rapporte la Fédération internationale des journalistes (FIJ). Ali franchissait un barrage militaire américain situé entre Bagdad et la ville septentrionale de Darbandikhan quand des soldats ont donné l'ordre à son véhicule de s'arrêter. Après que le chauffeur d'Ali eut refusé, les soldats américains ont ouvert le feu.
Ali était un journaliste kurde qui travaillait pour deux journaux ? « Al-Ittihad Al-Isalmi » et « Al-Ofoq Al-Islami ». Il était également membre du Syndicat des journalistes du Kurdistan.
La FIJ indique que Ali est le treizième journaliste tué depuis mars 2003 par des soldats américains en Irak. D'après le CPJ, les tirs de l'armée américaine constituent la deuxième cause de décès chez les journalistes dans le pays.
Consulter :
- RSF : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=12760
- FIJ : http://www.ifj.org/default.asp?Index=3002&Language=FR
- IIP : http://www.freemedia.at/Protests2005/pr_Iraq08.03.05.htm
- CPJ : http://www.cpj.org/Briefings/2003/gulf03/iraq_conflict_main.html
- Des questions demeurent quant au traitement des journalistes par les États-Unis : http://www.cpj.org/op_ed/comment_jcamp_17feb05.html
- Incident de l'Hôtel Palestine : htp://www.cpj.org/Briefings/2003/palestine_hotel/palestine_hotel.html
- International News Safety Institute : http://www.newssafety.com/casualties/iraqcasualties.doc
- Les « tirs amis » prélèvent un lourd tribut chez les civils irakiens : http://www.editorandpublisher.com/eandp/news/article_display.jsp?vnu_content_id=1000828863
- FIJ : http://www.ifj.org/default.asp?Index=3002&Language=FR
- IIP : http://www.freemedia.at/Protests2005/pr_Iraq08.03.05.htm
- CPJ : http://www.cpj.org/Briefings/2003/gulf03/iraq_conflict_main.html
- Des questions demeurent quant au traitement des journalistes par les États-Unis : http://www.cpj.org/op_ed/comment_jcamp_17feb05.html
- Incident de l'Hôtel Palestine : htp://www.cpj.org/Briefings/2003/palestine_hotel/palestine_hotel.html
- International News Safety Institute : http://www.newssafety.com/casualties/iraqcasualties.doc
- Les « tirs amis » prélèvent un lourd tribut chez les civils irakiens : http://www.editorandpublisher.com/eandp/news/article_display.jsp?vnu_content_id=1000828863
Revue de presse
1. Au lendemain des fêtes par Mohamed Moustapha
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 21 septembre 2005
Gaza. Les Palestiniens ont célébré le départ des Israéliens de Gaza, mais certains problèmes restent entiers, notamment la crise économique et le désarmement des islamistes.
Gaza, de notre correspondant - Les dirigeants des factions palestiniennes et des milliers de personnes s’étaient rassemblés à Neve Dekalim, l’ex-« capitale » des colons de la bande de Gaza pour fêter le retrait israélien, tentant pour l’occasion de mettre leurs divergences de côté. Cette terre qui, il y a encore un mois, abritait quelque 2 000 Israéliens, est devenue une mer de drapeaux arborés par des partisans des différents groupes palestiniens. Les Israéliens sont donc partis. Les fêtes et les cérémonies de ce genre se sont terminées. Les Palestiniens sont à présent face à leurs responsabilités, notamment une unité des rangs permettant de répondre aux défis qui s’imposent et de traiter à la base l’état de chaos et de dérapage dans la rue palestinienne. Il faut aussi songer à reconstruire ce que la machine de guerre israélienne a détruit au cours de la période de la deuxième Intifada. De plus, cette libération de Gaza est incomplète. Israël maintient son contrôle des passages, des frontières, des eaux territoriales et de l’espace aérien. Israël s’est retiré après avoir détruit presque toute l’infrastructure palestinienne. Selon les chiffres de l’Autorité palestinienne, plus de 60 % des habitants du secteur, estimés à un million et demi, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le taux de chômage est estimé à 40 %. Avant le déclenchement de l’Intifada le 28 septembre 2000, 100 000 ouvriers de Gaza travaillaient à l’intérieur de la ligne verte en Israël. Aujourd’hui, ils sont sans emploi. Dans ce secteur de Gaza, il y a 600 000 réfugiés palestiniens qui vivent dans les camps. Autre chiffre triste et révélateur : 10 000 habitations ont été détruites par Tsahal. Des milliers d’hectares de terres agricoles ont été ravinés par les forces d’occupation au cours des 5 dernières années. La moitié de la population compte sur les assistances qu’apporte l’UNRWA (Agence des Nations-Unies pour le secours des réfugiés). Selon Mazen Soncrate, ministre palestinien de l’Economie, le gouvernement palestinien a décidé de créer une zone industrielle dans les territoires pour développer l’économie palestinienne, l’industrie devant servir d’ossature fondamentale pour relancer l’économie et assurer des emplois. Ces zones seraient installées à Beit Hanoun, dans le nord de Gaza, à Rafah, au sud, sur la frontière égypto-palestinienne, et à Tarkomya, Hébron, en Cisjordanie, outre une zone à Jénine, au nord-ouest de la Cisjordanie.
in Al-Ahram Hebdo (hebdomadaire égyptien) du mercredi 21 septembre 2005
Gaza. Les Palestiniens ont célébré le départ des Israéliens de Gaza, mais certains problèmes restent entiers, notamment la crise économique et le désarmement des islamistes.
Gaza, de notre correspondant - Les dirigeants des factions palestiniennes et des milliers de personnes s’étaient rassemblés à Neve Dekalim, l’ex-« capitale » des colons de la bande de Gaza pour fêter le retrait israélien, tentant pour l’occasion de mettre leurs divergences de côté. Cette terre qui, il y a encore un mois, abritait quelque 2 000 Israéliens, est devenue une mer de drapeaux arborés par des partisans des différents groupes palestiniens. Les Israéliens sont donc partis. Les fêtes et les cérémonies de ce genre se sont terminées. Les Palestiniens sont à présent face à leurs responsabilités, notamment une unité des rangs permettant de répondre aux défis qui s’imposent et de traiter à la base l’état de chaos et de dérapage dans la rue palestinienne. Il faut aussi songer à reconstruire ce que la machine de guerre israélienne a détruit au cours de la période de la deuxième Intifada. De plus, cette libération de Gaza est incomplète. Israël maintient son contrôle des passages, des frontières, des eaux territoriales et de l’espace aérien. Israël s’est retiré après avoir détruit presque toute l’infrastructure palestinienne. Selon les chiffres de l’Autorité palestinienne, plus de 60 % des habitants du secteur, estimés à un million et demi, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le taux de chômage est estimé à 40 %. Avant le déclenchement de l’Intifada le 28 septembre 2000, 100 000 ouvriers de Gaza travaillaient à l’intérieur de la ligne verte en Israël. Aujourd’hui, ils sont sans emploi. Dans ce secteur de Gaza, il y a 600 000 réfugiés palestiniens qui vivent dans les camps. Autre chiffre triste et révélateur : 10 000 habitations ont été détruites par Tsahal. Des milliers d’hectares de terres agricoles ont été ravinés par les forces d’occupation au cours des 5 dernières années. La moitié de la population compte sur les assistances qu’apporte l’UNRWA (Agence des Nations-Unies pour le secours des réfugiés). Selon Mazen Soncrate, ministre palestinien de l’Economie, le gouvernement palestinien a décidé de créer une zone industrielle dans les territoires pour développer l’économie palestinienne, l’industrie devant servir d’ossature fondamentale pour relancer l’économie et assurer des emplois. Ces zones seraient installées à Beit Hanoun, dans le nord de Gaza, à Rafah, au sud, sur la frontière égypto-palestinienne, et à Tarkomya, Hébron, en Cisjordanie, outre une zone à Jénine, au nord-ouest de la Cisjordanie.
Les conditions du sauvetage
Le ministre relève que selon les études auxquelles ont participé des experts américains et palestiniens, la première zone industrielle permettra, dans une première étape, d’absorber 5 ouvriers pour culminer à 10 000 lors de l’étape définitive. Outre ces zones, le plan prévoit des projets d’investissement dans les zones libres, notamment pour des projets agricoles et touristiques. Il est prévu aussi de ne pas réaliser de constructions immobilières pour assurer le maximum de surface aux projets productifs.
Dans le contexte d’une économie fragilisée à laquelle font défaut tous les facteurs, dont l’infrastructure et les ressources, le secteur de Gaza se dirigerait vers la famine s’il n’obtenait pas une aide étrangère. L’Autorité palestinienne a reçu des promesses dans ce sens des pays donateurs. La Banque mondiale a promis d’accorder une assistance pour la réalisation de projets productifs. Mais le hic de l’affaire est que ces assistances sont liées à l’application par l’Autorité palestinienne de ses engagements découlant de la Feuille de route, dont la lutte contre le « terrorisme », c’est-à-dire détruire l’infrastructure de la résistance et désarmer cette dernière. C’est là le plus grand défi que l’Autorité palestinienne doit relever au cours de cette étape.
A la suite du retrait militaire israélien qui s’est terminé le 12 septembre, les responsables palestiniens ont multiplié les déclarations selon lesquelles l’Autorité est déterminée à désarmer la résistance et à mettre fin au chaos du port d’armes dans la rue palestinienne. Rafiq Al-Hussein, chef du cabinet présidentiel, a affirmé que le dirigeant palestinien Mahmoud Abbass allait commencer dans les jours qui viennent à désarmer le groupe des Martyrs d’Al-Aqsa, l’aile militaire du Fatah, avant de procéder au désarmement des autres factions. Abou-Mazen demandera à ces factions de s’autodissoudre et de fusionner dans les forces de sécurité palestiniennes. Les Martyrs d’Al-Aqsa sont composés de plusieurs groupesarmés dont les Brigades d’Aboul-Riche, du martyr Aymane Gouda, des Martyrs de Jénine et de Yasser Arafat.
Le ministre relève que selon les études auxquelles ont participé des experts américains et palestiniens, la première zone industrielle permettra, dans une première étape, d’absorber 5 ouvriers pour culminer à 10 000 lors de l’étape définitive. Outre ces zones, le plan prévoit des projets d’investissement dans les zones libres, notamment pour des projets agricoles et touristiques. Il est prévu aussi de ne pas réaliser de constructions immobilières pour assurer le maximum de surface aux projets productifs.
Dans le contexte d’une économie fragilisée à laquelle font défaut tous les facteurs, dont l’infrastructure et les ressources, le secteur de Gaza se dirigerait vers la famine s’il n’obtenait pas une aide étrangère. L’Autorité palestinienne a reçu des promesses dans ce sens des pays donateurs. La Banque mondiale a promis d’accorder une assistance pour la réalisation de projets productifs. Mais le hic de l’affaire est que ces assistances sont liées à l’application par l’Autorité palestinienne de ses engagements découlant de la Feuille de route, dont la lutte contre le « terrorisme », c’est-à-dire détruire l’infrastructure de la résistance et désarmer cette dernière. C’est là le plus grand défi que l’Autorité palestinienne doit relever au cours de cette étape.
A la suite du retrait militaire israélien qui s’est terminé le 12 septembre, les responsables palestiniens ont multiplié les déclarations selon lesquelles l’Autorité est déterminée à désarmer la résistance et à mettre fin au chaos du port d’armes dans la rue palestinienne. Rafiq Al-Hussein, chef du cabinet présidentiel, a affirmé que le dirigeant palestinien Mahmoud Abbass allait commencer dans les jours qui viennent à désarmer le groupe des Martyrs d’Al-Aqsa, l’aile militaire du Fatah, avant de procéder au désarmement des autres factions. Abou-Mazen demandera à ces factions de s’autodissoudre et de fusionner dans les forces de sécurité palestiniennes. Les Martyrs d’Al-Aqsa sont composés de plusieurs groupesarmés dont les Brigades d’Aboul-Riche, du martyr Aymane Gouda, des Martyrs de Jénine et de Yasser Arafat.
Le non ferme du Hamas et du Djihad
Les Martyrs d’Al-Aqsa n’éprouveront aucune difficulté à rejoindre les forces de sécurité palestiniennes. La plupart de leurs éléments appartiennent en fait à ces forces. Mais le gros problème se pose avec les organisations de résistance islamique du Hamas et du Djihad, qui refusent absolument de dissoudre leurs ailes militaires Ezzeddine Al-Qassam et les Brigades d’Al-Qods.
Les autres factions qui disposent de bras armés, à savoir le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) et le Front Démocratique pour la Libération de la Palestine (FDLP), ainsi que les comités de résistance populaire, ont peu d’éléments militaires par rapport aux deux organisations islamistes. Il serait facile pour l’Autorité palestinienne de s’accorder avec eux sur une formule permettant de les désarmer et de les intégrer dans les services de sécurité palestiniens.
Mohamad Al-Hindi, un des principaux membres du Djihad, rappelle que ce qui s’est passé à Gaza est une victoire pour la résistance palestinienne et celle du peuple. Sans une telle résistance et si Israël n’avait pas subi de pertes, Ariel Sharon n’aurait pas pris la décision d’évacuer Gaza. Ce qui lui fait dire que le Djihad ne renoncera pas à ses armes.
La résistance est la route vers la liberté. On ne peut parier sur les négociations avec Israël et les Etats-Unis. Israël poursuit la colonisation, la judaïsation de Jérusalem, l’expansion des colonies et la construction du mur de séparation. Pour Hind, le plan de Sharon est d’établir un Etat indépendant provisoire à Gaza et dans 40 % de la Cisjordanie, dans le meilleur des cas, abstraction faite de Jérusalem et du retour des réfugiés palestiniens. Un tel Etat déformé n’aura pas de souveraineté sur ses frontières terrestres et maritimes. D’ailleurs, lors de la grande cérémonie, Mahmoud Zahar, un des principaux chefs du Hamas, a dit : « Ceux qui sont rassemblés ici aujourd’hui doivent savoir qu’ils le doivent à nos armes, à la résistance du Hamas et au sang de nos martyrs (...). Nous disons à Abou-Mazen (Abbass) que nous ne permettrons pas la confiscation de la moindre des armes destinées à la résistance ».
Les Martyrs d’Al-Aqsa n’éprouveront aucune difficulté à rejoindre les forces de sécurité palestiniennes. La plupart de leurs éléments appartiennent en fait à ces forces. Mais le gros problème se pose avec les organisations de résistance islamique du Hamas et du Djihad, qui refusent absolument de dissoudre leurs ailes militaires Ezzeddine Al-Qassam et les Brigades d’Al-Qods.
Les autres factions qui disposent de bras armés, à savoir le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) et le Front Démocratique pour la Libération de la Palestine (FDLP), ainsi que les comités de résistance populaire, ont peu d’éléments militaires par rapport aux deux organisations islamistes. Il serait facile pour l’Autorité palestinienne de s’accorder avec eux sur une formule permettant de les désarmer et de les intégrer dans les services de sécurité palestiniens.
Mohamad Al-Hindi, un des principaux membres du Djihad, rappelle que ce qui s’est passé à Gaza est une victoire pour la résistance palestinienne et celle du peuple. Sans une telle résistance et si Israël n’avait pas subi de pertes, Ariel Sharon n’aurait pas pris la décision d’évacuer Gaza. Ce qui lui fait dire que le Djihad ne renoncera pas à ses armes.
La résistance est la route vers la liberté. On ne peut parier sur les négociations avec Israël et les Etats-Unis. Israël poursuit la colonisation, la judaïsation de Jérusalem, l’expansion des colonies et la construction du mur de séparation. Pour Hind, le plan de Sharon est d’établir un Etat indépendant provisoire à Gaza et dans 40 % de la Cisjordanie, dans le meilleur des cas, abstraction faite de Jérusalem et du retour des réfugiés palestiniens. Un tel Etat déformé n’aura pas de souveraineté sur ses frontières terrestres et maritimes. D’ailleurs, lors de la grande cérémonie, Mahmoud Zahar, un des principaux chefs du Hamas, a dit : « Ceux qui sont rassemblés ici aujourd’hui doivent savoir qu’ils le doivent à nos armes, à la résistance du Hamas et au sang de nos martyrs (...). Nous disons à Abou-Mazen (Abbass) que nous ne permettrons pas la confiscation de la moindre des armes destinées à la résistance ».
2. "Nos valeurs" et les terroristes par Michel Lelong
in L'Intelligent - Jeune Afrique du dimanche 18 septembre 2005
(Michel Lelong, père blanc, a été secrétaire de la Commission épiscopale française pour les relations avec l’islam.)
Comme tous ceux qui les ont précédés, les attentats terroristes de Londres et de Charm el-Cheikh doivent, bien entendu, être condamnés sans réserve. Ils sont, en effet, la négation d'une valeur humaine fondamentale, valeur affirmée tant par la civilisation des « Lumières » que par les religions - toutes les religions, y compris l'islam. Peut-être n'est-il pas inutile de le rappeler au moment où, dans les pays occidentaux, comme dans ceux de l'Oumma, certains semblent ignorer que le Coran interdit formellement de tuer un innocent. Les porte-parole les plus représentatifs de l'islam l'ont dit à maintes reprises et ils l'ont rappelé encore ces dernières semaines, de la façon la plus claire.
Croyants et incroyants se retrouvent donc ensemble pour approuver la nécessaire et difficile action que doivent mener tous les États, de l'ouest à l'est et du nord au sud, pour combattre le terrorisme et le vaincre. Mais il ne suffit pas, pour y parvenir, de disposer d'excellents services de renseignements, d'armées puissantes et de policiers efficaces. Il faut aussi une vision politique, fondée sur une analyse exacte des situations régionales et des relations internationales. Il faut enfin que cette vision prenne en compte la dimension « humaine » et, disons-le, « morale » de ce qui se passe actuellement dans le monde.
Comment, tout d'abord, ne pas s'interroger sur le fait que des hommes, des jeunes, dont certains sont instruits, cultivés et nullement marginaux, choisissent librement de mourir pour se faire entendre ? À cette question, il ne suffit pas de répondre - comme on le fait souvent - que ces terroristes « veulent détruire les valeurs démocratiques de l'Occident ». Parmi eux, certes, il y a des fanatiques, endoctrinés, manipulés et conduits à des actes aussi insensés que cruels, par une interprétation aberrante de leur religion. Ceux-là, il faut les trouver, les arrêter, découvrir qui les endoctrine, qui les utilise et prendre toutes les mesures adéquates pour que cessent ces entreprises criminelles.
Ce faisant, il est, bien entendu, essentiel de ne pas soupçonner systématiquement de « terrorisme » tous ceux qui, parmi ces musulmans, sont attachés au strict exercice de leur culte et à certaines pratiques traditionnelles telles que le voile, par exemple.
Mais, il faut aussi - et surtout - se poser une autre question : est-ce vraiment à nos « valeurs occidentales » que s'attaquent les terroristes ? Ne serait-ce pas plutôt au fait que tout en proclamant fièrement ces valeurs - la démocratie, les droits de l'homme, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, l'égalité entre tous, quelles que soient la nationalité, la race et la religion de chacun - les États occidentaux sont bien loin d'y être toujours fidèles ?
Les États-Unis ont déclaré la guerre à l'Irak sans l'accord des Nations unies et même en violation des décisions du Conseil de sécurité. Ils ont conduit cette guerre d'une manière qui a entraîné de terribles souffrances humaines. Ils ont traité des prisonniers de façon barbare. Quant à la situation en Terre sainte, elle est, depuis des années, tragique, car les démocraties occidentales ont été incapables d'imposer à l'État d'Israël ce qu'elles exigent partout ailleurs dans le monde : le respect du droit international.
Il ne suffit pas de proclamer de beaux principes. Il faut les appliquer. Les États-Unis et leurs complices le font-ils vraiment au Proche-Orient ?
3. Le cri de Chatila : "Droit au retour" par Stefano Chiarini
in Il Manifesto (quotidien italien) du samedi 17 septembre 2005
[traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio]
De notre envoyé à Beyrouth - « Nous sommes là, avec nos vivants et avec nos morts, en ce vingt-troisième anniversaire du massacre de Sabra et Chatila et nous n’avons aucune intention de disparaître de la scène du Moyen-Orient et de renoncer à notre droit au retour et à l’indemnisation pour les propriétés que les israéliens nous ont volées, ni à la possibilité de défendre nos camps avec les armes. La déstabilisation du Liban et de la Syrie et la résolution 1559 même, tendent à aboutir elles aussi au résultat qu’Ariel Sharon se proposait : effacer les camps, effacer l’existence politique de millions de réfugiés palestiniens, nous obliger à émigrer toujours plus loin de la Palestine, mais nous serons toujours, comme le dit un de nos poèmes, comme un morceau de verre dans la gorge de nos oppresseurs et de leurs complices ». Abu Mohammed, soixante-cinq ans, instituteur, vient à notre rencontre en boitant mais avec la détermination d’un jeune homme. Devant nous, de l’autre côté de la route pour l’aéroport, il y a l’immeuble couleur crème, à cent mètres à peine de Chatila, d’où les commandants israéliens, les officiers des Forces Libanaises comme Elia Hobeika (1), les hommes des services israéliens, et, bien entendu, Ariel Sharon, alors ministre de la défense, et ses généraux, allaient suivre pas à pas le déroulement du massacre commencé l’après-midi du 16 septembre et terminé, mais en partie seulement, le samedi dix-huit. Les victimes furent plus de 3.000, en grandes parties palestiniennes, mais aussi libanaises et immigrées venant de différents pays arabes. Quelques heures plus tôt, le soir du 14 septembre, avait été tué, à peine élu, le président Béchir Gemayel, leader des Forces libanaises, et Ariel Sharon avait profité de la situation pour oublier la promesse qu’il avait faite à l’émissaire du président étasunien, Philip Habib, de ne pas entrer avec son armée dans Beyrouth ouest, où se tenaient les camps palestiniens, désormais sans défense, après le retrait des fedayin de l’OLP. Les Forces multinationales qui auraient du défendre les camps avaient au contraire quitté précipitamment Beyrouth jours plus tôt, à la demande des USA. Ariel Sharon, une fois les camps encerclés par les blindés « afin de les nettoyer des terroristes » y fit entrer environ 600 phalangistes, qui massacrèrent, éventrèrent, violèrent, volèrent et tuèrent sans répit. Sans s’arrêter même devant des enfants et des nouveaux-nés, dans certains cas coupés en morceaux et recomposés ensuite sur des tables ensanglantées pour former d’horribles poupons de mort. Les photos de ces victimes innocentes représentées à certains moments importants de leur vie, des nouveaux-nés au berceau aux plus grands, en habits de fête et les cheveux bien coiffés pour leur mariage, ou bien ces enfants en col amidonné et chemise à petits carreaux des classes élémentaires, ou les jeunes avec la coupe et la permanente des fiançailles, avec la toque de la thèse ou dans les rues d’un quelconque pays lointain, elles étaient là ces photos hier matin, décolorées par le temps et par les larmes, portées par des mères, des pères, des sœurs, ouvrant le cortège unitaire pour rappeler au monde cette offense inouïe à la vie. Pour rappeler l’existence de ces 700 corps jetés l’un sur l’autre entre deux couches de chaux, là bas dans cette terre rouge remuée et dans le sable de ce qui, avant l’arrivée des réfugiés chassés hors de Palestine avec quelques objets ménagers, puis installés là sous les tentes de l’ONU, était un affaissement de terrain entre les dunes de sable d’une pinède d’où l’on voyait la mer, au sud de Beyrouth. Derrière eux, pendant qu’un important service d’ordre veillait sur le cortège, défilaient les fanfares avec les cornemuses des scouts, les drapeaux des différentes organisations politiques, pour une fois réunies en une occasion aussi importante, et les nombreuses délégations internationales : de la délégation italienne organisée par le Comité pour ne pas oublier Sabra et Chatila, aux arabes américains de l’Arab America Antidiscrimination Comittee, à une centaine de femmes pacifistes, venant d’une trentaine de pays. Le cortège international et les ONG s’est ensuite dirigé vers le camp de Chatila en parcourant en sens opposé la route le long de laquelle, en ce début d’après-midi du 16 septembre 1982, un groupe de vieillards, avec des drapeaux blancs, se dirigea vers les positions israéliennes, pour remettre aux occupants les clés du camp. Personne n’a plus jamais rien su d’eux après. Leurs pas –et leur destin- allaient être suivis peu après par un petit cortège de femmes qui demandaient la fin des bombardements : beaucoup d’entre elles furent violées et tuées dans les ruelles adjacentes au stade qui est juste à côté ; d’autres, les plus jeunes, embarquées sur des camion, et emmenées, pour avoir la même fin, dans les casernes des Forces libanaises. Le tout sous les yeux des soldats de Sharon.
Le cortège dense et bariolé a ensuite conflué vers un grand espace à l’entrée du camp, où se trouve la fosse commune. En 1982, c’était une lande de terre et de ruines creusée au bulldozer et ombragée aujourd’hui par les grands arbres qui ont poussé pendant ces vingt trois années, solides comme la mémoire que les réfugiés ont de leur terre lointaine. L’aire, réduite en décharge jusqu’à il y a trois ans, sera maintenant – comme annoncé dans le discours de clôture de la manifestation par le maire Abu Said al Qansa- l’objet d’un concours international de projets pour l’aménagement définitif.
« Le cortège d’aujourd’hui a rompu le sentiment d’isolement des réfugiés – nous dit Nabil, un jeune technicien de Chatila- avec les deux autres événements importants : la décision du ministère du travail de lever l’interdiction pour les palestiniens d’accéder à plus de 50 métiers, et les possibilités plus importantes de travail à la suite du départ des travailleurs syriens, ont contribué à nous donner quelque espoir pour l’avenir. Mais, quand même, sous ces améliorations, nos craintes ne se dissipent pas, surtout après la demande des USA de désarmer les camps, et la réapparition simultanée, ces jours ci, du groupe le plus férocement anti-palestinien du pays, celui des « gardiens du cèdre » : une organisation connue pendant la guerre civile pour avoir eu l’habitude d’écarteler, après les avoir attachés à deux voitures qui partaient dans les directions opposées , les prisonniers palestiniens et progressistes tombés dans leurs mains ». Leurs chefs prirent la fuite ensuite en Israël et l’on ne sut plus rien d’eux. Et voici que, juste à l’occasion de l’anniversaire du massacre, certains dirigeants ont convoqué une conférence de presse pour relancer leurs slogans préférés : « tout libanais doit tuer un palestinien » jusqu’à ce « Qu’il n’y ait plus un seul palestinien sur le sol libanais ». Nombreux sont ceux qui craignent que ce tragique septembre pour les réfugiés palestiniens ne soit pas encore fini.
- NOTE :
(1) Elie Hobeika, chef des services de renseignements des Forces Libanaises (FL, milice chrétienne armée) surnommé « le tueur froid » a supervisé en personne les massacres (de l’avis des historiens et journaliste de tous bords). Son désir d’aller témoigner à Bruxelles sur la tragédie de Sabra et Chatila ne semble pas forcément relever d’une volonté de protéger ou attaquer Ariel Sharon, le donneur d’ordre, mais surtout de tenter par ses « révélations » de sauver son propre sort. Voir les articles de Chantal Rayes dans Libération (http://www.liberation.com/israel/actu/20010731marg.html) et Pierre Vaudan dans 24 Heures (http://www.entrefilets.com/Cobra_1.html ) sur la responsabilité de « HK » dans la massacre ; et http://www.humanite.presse.fr/2002.01.26/27882 sur l’assassinat non revendiqué de celui-ci en janvier 2002. (Notes de la traductrice).
4. Qui cherche à noyer le… poison ? par Ryadh Fékih
in Réalités (hebdomadaire tunisien) du jeudi 15 septembre 2005
Les circonstances de la mort de l’ancien leader de l’Organisation de Libération de la Palestine et président de l’Autorité autonome palestinienne, le 11 novembre 2004, à l’âge de 75 ans, à l’hôpital militaire Percy, à Clamart, dans la banlieue parisienne, où il avait été emmené d’urgence depuis son QG de Ramallah, en Cisjordanie, le 29 octobre, nourrissent de nouveau les supputations des médias… israéliens et américains.
Le 8 septembre, des confrères des quotidiens américain New York Times et israélien Haaretz ont cru pouvoir affirmer, sur la base du dossier médical du défunt, qu’Arafat a été victime “d’une attaque résultant d’un problème sanguin lié à une infection indéterminée”. Ils ajoutent que les médecins français qui ont soigné Arafat n’ont pas réussi à identifier la nature exacte de l’infection qui a entraîné un effondrement du taux de plaquettes sanguines fatal au dirigeant palestinien. Cette affirmation, trop vague pour constituer un scoop, ne lève pas le mystère qui a entouré – et entoure toujours – la mort d’Arafat. Au contraire: elle l’épaissit davantage. Car dire qu’“Arafat est mort de mort naturelle, mais d’une maladie qui reste mystérieuse” est presque une contradiction. Elle ne suffit pas, en tout cas, à dissiper les soupçons de ceux qui soutiennent l’hypothèse selon laquelle le leader de l’OLP est mort d’empoisonnement.
Hémorragie cérébrale massive, provoquée par une infection, le sida ou autres “saloperies” inconnues !
Liés par le secret médical, les médecins français avaient refusé de rendre public ce dossier médical d’Arafat qui contient 558 pages. Ils l’ont alors confié à la veuve d’Arafat, Souha Arafat, et à son neveu, Nacer Al-Qodwa, actuel ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, qui l’a gardé jusqu’ici jalousement. Le New York Times affirme cependant que c’est “un haut responsable palestinien” qui a transmis le dossier à deux journalistes israéliens : Avi Isacharoff, de Radio Israël et son collègue Amos Harel, qui l’ont reproduit dans une nouvelle édition de leur livre intitulé “La septième guerre”, réédité la semaine dernière en hébreu. Ces derniers ont accepté de le partager avec les quotidiens américain et israélien.
Le journal new-yorkais affirme avoir demandé à des experts médicaux anonymes et indépendants d’examiner le dossier du défunt président. Selon le journal, le rapport médical rédigé par le docteur Bruno Pats, chef du service de soins intensifs de l’hôpital militaire de Percy, élimine presque complètement la piste d’un empoisonnement. On y apprend notamment que le président de l’Autorité palestinienne, assigné à résidence dans son QG de Ramallah et d’abord soigné pour une “grippe”, a reçu des antibiotiques seulement deux semaines après le début de sa maladie, soit deux jours avant son transfert en France et “probablement trop tard”. Selon les médecins français, Arafat a souffert de problèmes digestifs une trentaine de jours avant son décès. Il a également été victime d’une affection sanguine aiguë, une coagulation intra-vasculaire disséminée (CIVD). Le raïs a vu son état de santé s’améliorer, avant de sombrer dans un coma profond à partir du 3 novembre.
Selon les spécialistes consultés par le quotidien, l’empoisonnement est “hautement improbable”. Car, affirme-t-il, les examens toxicologiques réalisés dans plusieurs laboratoires français n’ont détecté aucune substance anormale.
“Les chercheurs disent qu’Arafat ne souffrait pas des lésions étendues aux reins et au foie que l’on constate en cas d’empoisonnement, bien qu’il ait eu effectivement une jaunisse”, poursuit le New York Times.
Les experts écartent également la possibilité d’un décès dû au sida “à cause de l’irruption soudaine de troubles intestinaux”. Ils regrettent néanmoins qu’aucun test du virus HIV, responsable du sida, n’ait été pratiqué, ce qui aurait permis de faire taire une rumeur insistante à ce sujet colportée par des sources israéliennes.
Ainsi, le Dr Gil Lugassi, président de l’Association Israélienne d’Hémato- logie, cité par Haaretz, juge que les syndromes décrits dans le dossier pourraient être ceux du sida. “Ce qui est inacceptable et rend particulièrement perplexe, c’est que la possibilité de sida ait été totalement ignorée”, a-t-il ajouté.
En outre, le rapport français indique que des biopsies réalisées sur le défunt ne sont jamais parvenues au laboratoire d’anatomie pathologique de Tunis, qui les avait demandées. “Cette disparition est très étrange, car elle aurait permis de déterminer clairement de quoi souffrait Yasser Arafat”, estime Avi Isacharov.
Le 7 novembre, les médecins français ont demandé, à leur tour, à la famille l’autorisation de procéder à une biopsie du foie. “Cette biopsie hépatique a été proposée le 07/11/04 à la famille qui l’a refusée”, lit-on dans le rapport officiel français. “Ce refus de la famille est révélateur d’une volonté de ne pas parvenir à une conclusion claire sur les causes du décès”, explique Avi Isacharof, qui cherche visiblement à faire accréditer la thèse d’une mort dont la cause serait honteuse: le sida par exemple ?
Le journaliste israélien relève un autre fait, étrange à ses yeux: le rapport toxicologique français établi par les médecins porte le nom inconnu de Étienne Louvet, tandis qu’il s’agit d’Arafat. Le rapport médical français a-t-il été manipulé ? “Des examens ont disparu, les conclusions sont floues, les symptômes sont ceux du sida, mais le mot n’apparaît pas, et le rapport toxicologique porte un faux nom”, énumère Isacharov.
De son côté, l’ancien médecin personnel d’Arafat, le Jordanien Ashraf Al-Kourdi, qui n’a pas participé aux soins médicaux de son patient durant les dernières semaines de sa vie, affirme, sans avancer de preuves, que des médecins français lui auraient confié avoir trouvé des traces de HIV dans le sang du raïs, lors d’un test qui aurait été soustrait au dossier. Il ajoute que le VIH a pu être inoculé à Arafat par des agents israéliens dans le but d’effacer les traces d’empoisonnement, cause réelle du décès.
“Une discussion parmi un grand nombre d’experts médicaux (...) montre qu’il est impossible de désigner une cause qui expliquerait la combinaison de symptômes qui ont conduit à la mort du patient”, conclut cependant le quotidien israélien. Autrement dit, les experts – si tant est qu’ils aient pu consulter les bons dossiers et non des rapports manipulés – ne donnent pas de résultats convaincants sur les causes du décès d’Arafat. D’autant que le dossier reste muet sur la cause possible de l’hémorragie cérébrale massive qui l’a emporté, comme sur les raisons de la détérioration rapide de son état de santé. Tout le monde est donc renvoyé à la case départ...
Liés par le secret médical, les médecins français avaient refusé de rendre public ce dossier médical d’Arafat qui contient 558 pages. Ils l’ont alors confié à la veuve d’Arafat, Souha Arafat, et à son neveu, Nacer Al-Qodwa, actuel ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, qui l’a gardé jusqu’ici jalousement. Le New York Times affirme cependant que c’est “un haut responsable palestinien” qui a transmis le dossier à deux journalistes israéliens : Avi Isacharoff, de Radio Israël et son collègue Amos Harel, qui l’ont reproduit dans une nouvelle édition de leur livre intitulé “La septième guerre”, réédité la semaine dernière en hébreu. Ces derniers ont accepté de le partager avec les quotidiens américain et israélien.
Le journal new-yorkais affirme avoir demandé à des experts médicaux anonymes et indépendants d’examiner le dossier du défunt président. Selon le journal, le rapport médical rédigé par le docteur Bruno Pats, chef du service de soins intensifs de l’hôpital militaire de Percy, élimine presque complètement la piste d’un empoisonnement. On y apprend notamment que le président de l’Autorité palestinienne, assigné à résidence dans son QG de Ramallah et d’abord soigné pour une “grippe”, a reçu des antibiotiques seulement deux semaines après le début de sa maladie, soit deux jours avant son transfert en France et “probablement trop tard”. Selon les médecins français, Arafat a souffert de problèmes digestifs une trentaine de jours avant son décès. Il a également été victime d’une affection sanguine aiguë, une coagulation intra-vasculaire disséminée (CIVD). Le raïs a vu son état de santé s’améliorer, avant de sombrer dans un coma profond à partir du 3 novembre.
Selon les spécialistes consultés par le quotidien, l’empoisonnement est “hautement improbable”. Car, affirme-t-il, les examens toxicologiques réalisés dans plusieurs laboratoires français n’ont détecté aucune substance anormale.
“Les chercheurs disent qu’Arafat ne souffrait pas des lésions étendues aux reins et au foie que l’on constate en cas d’empoisonnement, bien qu’il ait eu effectivement une jaunisse”, poursuit le New York Times.
Les experts écartent également la possibilité d’un décès dû au sida “à cause de l’irruption soudaine de troubles intestinaux”. Ils regrettent néanmoins qu’aucun test du virus HIV, responsable du sida, n’ait été pratiqué, ce qui aurait permis de faire taire une rumeur insistante à ce sujet colportée par des sources israéliennes.
Ainsi, le Dr Gil Lugassi, président de l’Association Israélienne d’Hémato- logie, cité par Haaretz, juge que les syndromes décrits dans le dossier pourraient être ceux du sida. “Ce qui est inacceptable et rend particulièrement perplexe, c’est que la possibilité de sida ait été totalement ignorée”, a-t-il ajouté.
En outre, le rapport français indique que des biopsies réalisées sur le défunt ne sont jamais parvenues au laboratoire d’anatomie pathologique de Tunis, qui les avait demandées. “Cette disparition est très étrange, car elle aurait permis de déterminer clairement de quoi souffrait Yasser Arafat”, estime Avi Isacharov.
Le 7 novembre, les médecins français ont demandé, à leur tour, à la famille l’autorisation de procéder à une biopsie du foie. “Cette biopsie hépatique a été proposée le 07/11/04 à la famille qui l’a refusée”, lit-on dans le rapport officiel français. “Ce refus de la famille est révélateur d’une volonté de ne pas parvenir à une conclusion claire sur les causes du décès”, explique Avi Isacharof, qui cherche visiblement à faire accréditer la thèse d’une mort dont la cause serait honteuse: le sida par exemple ?
Le journaliste israélien relève un autre fait, étrange à ses yeux: le rapport toxicologique français établi par les médecins porte le nom inconnu de Étienne Louvet, tandis qu’il s’agit d’Arafat. Le rapport médical français a-t-il été manipulé ? “Des examens ont disparu, les conclusions sont floues, les symptômes sont ceux du sida, mais le mot n’apparaît pas, et le rapport toxicologique porte un faux nom”, énumère Isacharov.
De son côté, l’ancien médecin personnel d’Arafat, le Jordanien Ashraf Al-Kourdi, qui n’a pas participé aux soins médicaux de son patient durant les dernières semaines de sa vie, affirme, sans avancer de preuves, que des médecins français lui auraient confié avoir trouvé des traces de HIV dans le sang du raïs, lors d’un test qui aurait été soustrait au dossier. Il ajoute que le VIH a pu être inoculé à Arafat par des agents israéliens dans le but d’effacer les traces d’empoisonnement, cause réelle du décès.
“Une discussion parmi un grand nombre d’experts médicaux (...) montre qu’il est impossible de désigner une cause qui expliquerait la combinaison de symptômes qui ont conduit à la mort du patient”, conclut cependant le quotidien israélien. Autrement dit, les experts – si tant est qu’ils aient pu consulter les bons dossiers et non des rapports manipulés – ne donnent pas de résultats convaincants sur les causes du décès d’Arafat. D’autant que le dossier reste muet sur la cause possible de l’hémorragie cérébrale massive qui l’a emporté, comme sur les raisons de la détérioration rapide de son état de santé. Tout le monde est donc renvoyé à la case départ...
La thèse de l’empoisonnement est-elle crédible ?
Après l’annonce de la mort d’Arafat, le 11 novembre 2004, les médecins français qui se sont occupés de lui durant ses deux dernières semaines étaient catégoriques : “Il n’y a aucun mystère sur la mort du leader palestinien. Après des examens classiques, l’équipe a pu établir un diagnostic. Ce n’est en aucun cas un empoisonnement, et les causes du décès n’ont rien d’exceptionnelles”. Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, a confirmé, de son côté: “Rien ne porte à penser qu’il y a eu un empoisonnement”, tout en reconnaissant ne pas avoir eu en main le dossier médical du défunt. “C’est la famille, et uniquement la famille, qui a eu accès à l’ensemble du dossier médical.
L’équipe médicale de Percy à Clamart a montré évidemment en temps réel et en résumé le dossier à la famille. Mais, ni comme médecin ni comme ministre de la Santé, je n’en ai eu connaissance”, a-t-il dit. Et de préciser : “Toutefois, je peux vous dire que rien dans le dossier médical, semble-t-il [on appréciera, au passage, la précision], n’a montré qu’il pouvait y avoir un tel cas d’empoisonnement, sinon ce serait la Justice qui aurait eu, alors, à prendre en considération ce dossier.”
Durant l’hospitalisation d’Arafat à l’hôpital français, les informations sur l’état du patient palestinien étaient plutôt rares. Le chef de service d’hématologie de Percy, qui a pris directement en charge le leader palestinien, n’avait même pas de visage, puisqu’il n’apparut jamais, ni avant ni après le décès. Durant l’hospitalisation, les cinq communiqués du médecin général ont été lapidaires (à l’exception de la dénégation du diagnostic de leucémie).
Côté palestinien, la famille d’Arafat, en l’occurrence sa femme, qui a eu accès à la totalité du dossier médical, n’a pas été très loquace. Le médecin palestinien, qui est arrivé à Paris peu après l’hospitalisation et qui a eu aussi accès à tout le dossier, n’a pas été bavard lui non plus. Cependant, au lendemain du décès du raïs, la représentante de l’Autorité palestinienne en France Leïla Shahid, n’a pas hésité à dire, à plusieurs reprises, qu’elle n’écartait pas l’hypothèse qu’Arafat ait pu être empoisonné par les Israéliens qui avaient déjà tenté de le faire. Farouk Kaddoumi, chef du Fatah, a déclaré, dans un entretien à la chaîne satellitaire arabe Al-Arabiya, qu’Arafat était mort des suites d’un “empoisonnement” provoqué par Israël. Kaddoumi est revenu à la charge, le 23 novembre, soit douze jours après le décès du raïs, en affirmant, au cours d’une conférence de presse à Beyrouth: “Arafat est mort empoisonné. Les traitements et les examens médicaux ont écarté toutes les maladies auxquelles on aurait pu penser, comme la leucémie ou une déficience des mécanismes immunitaires”. Et d’ajouter: “Pourquoi les plaquettes sanguines continuaient-elles, alors, à se briser ? Il n’y a pas d’autre explication que le poison”.
Lui répondant, mais de façon indirecte, Nasser Al-Qodwa a déclaré, le lendemain, dans une conférence de presse à Paris, que le dossier médical d’Arafat ne fournit pas les causes précises du décès du raïs et ne permet pas d’écarter complètement la thèse de l’empoisonnement. “Un point d’interrogation subsiste” sur les causes de sa mort”, a-t-il dit. Et d’ajouter : “Personnellement, je pense que la question ne sera pas tranchée avant longtemps.”
Les jours suivants, plusieurs journaux arabes, citant divers services de renseignements, ont affirmé qu’Arafat avait été empoisonné par une substance habituellement extraite d’une plante asiatique. Cette substance, qui peut être instantanément dissoute dans des liquides, ne peut plus être détectée de façon médico-légale dans le corps d’un humain douze heures après son inoculation. Elle a des effets fatals sur la circulation du sang, ainsi que les systèmes nerveux et digestif. Il est probable qu’Arafat a été empoisonné de manière graduelle, puisque trois à cinq milligrammes du poison en question suffiraient pour causer la mort. L’un des assistants du raïs aurait donc pu mettre une telle substance dans ses repas durant le mois de ramadan, causant ainsi sa mort lente.
Le 20 décembre, le quotidien arabe basé à Londres, Al-Hayat, a relayé, de nouveau, les accusations d’empoisonnement d’Arafat, formulées par Ahmad Abdul Rahman, qui fut le secrétaire du cabinet du défunt. Le Palestine Media Center (PMC) s’en fait l’écho sur son site, dans un éditorial non signé, intitulé “Ahmad Abdul Rahman: Arafat a été empoisonné le 25 septembre 2003”. “Quelque chose d’étrange est arrivé à Yasser Arafat, il y a environ un an”, confie-t-il. “C’était le 25 septembre 2003. Le président avait serré les mains d’une trentaine de personnes, avant de sortir pour aller vomir. C’est à partir de ce moment que l’état de santé du président a commencé à se détériorer lentement.”
Le responsable palestinien ajoute des précisions sur les visiteurs : “Arafat avait serré les mains de gens qui étaient venus lui exprimer leur solidarité dans son lieu de réclusion. Il s’agissait d’un mélange de Palestiniens, d’étrangers et d’Israéliens”. Abdul Rahman rappelle que, plus tard, Arafat s’était demandé à haute voix: “Se pourrait-il qu’ils m’aient eu ? [faisant ainsi allusion aux Israéliens] Est-il possible que dix docteurs ne puissent découvrir de quoi je souffre ?” Et de commenter : “Le Président a été exposé à quelque chose, et j’incline à croire que cela pourrait être du gaz, ou quelque chose d’autre. Je ne connais pas tous les types de poisons, mais il y en a quelque 700 qui sont inconnus ? La dernière fois qu’il est tombé malade, le 12 octobre 2004, il a eu les mêmes symptômes: refus de manger et tous les symptômes de la grippe sans grippe.”
Le 14 août dernier, soit neuf mois après le décès de son leader, l’Autorité palestinienne semble avoir décidé d’adopter officiellement la théorie de l’empoisonnement d’Arafat. L’Autorité a en effet souscrit aux conclusions d’une commission d’enquête palestinienne créée au lendemain de la mort du leader, suite aux “soupçons” d’intoxication. Le directeur du cabinet du Chef de l’Autorité, Samir Halila, a alors déclaré que “les informations obtenues jusqu’à aujourd’hui, associées aux entretiens avec le ministre de la Santé, Dahni Al-Wahidi, confirment que le raïs a été empoisonné”.
Après l’annonce de la mort d’Arafat, le 11 novembre 2004, les médecins français qui se sont occupés de lui durant ses deux dernières semaines étaient catégoriques : “Il n’y a aucun mystère sur la mort du leader palestinien. Après des examens classiques, l’équipe a pu établir un diagnostic. Ce n’est en aucun cas un empoisonnement, et les causes du décès n’ont rien d’exceptionnelles”. Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, a confirmé, de son côté: “Rien ne porte à penser qu’il y a eu un empoisonnement”, tout en reconnaissant ne pas avoir eu en main le dossier médical du défunt. “C’est la famille, et uniquement la famille, qui a eu accès à l’ensemble du dossier médical.
L’équipe médicale de Percy à Clamart a montré évidemment en temps réel et en résumé le dossier à la famille. Mais, ni comme médecin ni comme ministre de la Santé, je n’en ai eu connaissance”, a-t-il dit. Et de préciser : “Toutefois, je peux vous dire que rien dans le dossier médical, semble-t-il [on appréciera, au passage, la précision], n’a montré qu’il pouvait y avoir un tel cas d’empoisonnement, sinon ce serait la Justice qui aurait eu, alors, à prendre en considération ce dossier.”
Durant l’hospitalisation d’Arafat à l’hôpital français, les informations sur l’état du patient palestinien étaient plutôt rares. Le chef de service d’hématologie de Percy, qui a pris directement en charge le leader palestinien, n’avait même pas de visage, puisqu’il n’apparut jamais, ni avant ni après le décès. Durant l’hospitalisation, les cinq communiqués du médecin général ont été lapidaires (à l’exception de la dénégation du diagnostic de leucémie).
Côté palestinien, la famille d’Arafat, en l’occurrence sa femme, qui a eu accès à la totalité du dossier médical, n’a pas été très loquace. Le médecin palestinien, qui est arrivé à Paris peu après l’hospitalisation et qui a eu aussi accès à tout le dossier, n’a pas été bavard lui non plus. Cependant, au lendemain du décès du raïs, la représentante de l’Autorité palestinienne en France Leïla Shahid, n’a pas hésité à dire, à plusieurs reprises, qu’elle n’écartait pas l’hypothèse qu’Arafat ait pu être empoisonné par les Israéliens qui avaient déjà tenté de le faire. Farouk Kaddoumi, chef du Fatah, a déclaré, dans un entretien à la chaîne satellitaire arabe Al-Arabiya, qu’Arafat était mort des suites d’un “empoisonnement” provoqué par Israël. Kaddoumi est revenu à la charge, le 23 novembre, soit douze jours après le décès du raïs, en affirmant, au cours d’une conférence de presse à Beyrouth: “Arafat est mort empoisonné. Les traitements et les examens médicaux ont écarté toutes les maladies auxquelles on aurait pu penser, comme la leucémie ou une déficience des mécanismes immunitaires”. Et d’ajouter: “Pourquoi les plaquettes sanguines continuaient-elles, alors, à se briser ? Il n’y a pas d’autre explication que le poison”.
Lui répondant, mais de façon indirecte, Nasser Al-Qodwa a déclaré, le lendemain, dans une conférence de presse à Paris, que le dossier médical d’Arafat ne fournit pas les causes précises du décès du raïs et ne permet pas d’écarter complètement la thèse de l’empoisonnement. “Un point d’interrogation subsiste” sur les causes de sa mort”, a-t-il dit. Et d’ajouter : “Personnellement, je pense que la question ne sera pas tranchée avant longtemps.”
Les jours suivants, plusieurs journaux arabes, citant divers services de renseignements, ont affirmé qu’Arafat avait été empoisonné par une substance habituellement extraite d’une plante asiatique. Cette substance, qui peut être instantanément dissoute dans des liquides, ne peut plus être détectée de façon médico-légale dans le corps d’un humain douze heures après son inoculation. Elle a des effets fatals sur la circulation du sang, ainsi que les systèmes nerveux et digestif. Il est probable qu’Arafat a été empoisonné de manière graduelle, puisque trois à cinq milligrammes du poison en question suffiraient pour causer la mort. L’un des assistants du raïs aurait donc pu mettre une telle substance dans ses repas durant le mois de ramadan, causant ainsi sa mort lente.
Le 20 décembre, le quotidien arabe basé à Londres, Al-Hayat, a relayé, de nouveau, les accusations d’empoisonnement d’Arafat, formulées par Ahmad Abdul Rahman, qui fut le secrétaire du cabinet du défunt. Le Palestine Media Center (PMC) s’en fait l’écho sur son site, dans un éditorial non signé, intitulé “Ahmad Abdul Rahman: Arafat a été empoisonné le 25 septembre 2003”. “Quelque chose d’étrange est arrivé à Yasser Arafat, il y a environ un an”, confie-t-il. “C’était le 25 septembre 2003. Le président avait serré les mains d’une trentaine de personnes, avant de sortir pour aller vomir. C’est à partir de ce moment que l’état de santé du président a commencé à se détériorer lentement.”
Le responsable palestinien ajoute des précisions sur les visiteurs : “Arafat avait serré les mains de gens qui étaient venus lui exprimer leur solidarité dans son lieu de réclusion. Il s’agissait d’un mélange de Palestiniens, d’étrangers et d’Israéliens”. Abdul Rahman rappelle que, plus tard, Arafat s’était demandé à haute voix: “Se pourrait-il qu’ils m’aient eu ? [faisant ainsi allusion aux Israéliens] Est-il possible que dix docteurs ne puissent découvrir de quoi je souffre ?” Et de commenter : “Le Président a été exposé à quelque chose, et j’incline à croire que cela pourrait être du gaz, ou quelque chose d’autre. Je ne connais pas tous les types de poisons, mais il y en a quelque 700 qui sont inconnus ? La dernière fois qu’il est tombé malade, le 12 octobre 2004, il a eu les mêmes symptômes: refus de manger et tous les symptômes de la grippe sans grippe.”
Le 14 août dernier, soit neuf mois après le décès de son leader, l’Autorité palestinienne semble avoir décidé d’adopter officiellement la théorie de l’empoisonnement d’Arafat. L’Autorité a en effet souscrit aux conclusions d’une commission d’enquête palestinienne créée au lendemain de la mort du leader, suite aux “soupçons” d’intoxication. Le directeur du cabinet du Chef de l’Autorité, Samir Halila, a alors déclaré que “les informations obtenues jusqu’à aujourd’hui, associées aux entretiens avec le ministre de la Santé, Dahni Al-Wahidi, confirment que le raïs a été empoisonné”.
Qui cherche à brouiller les pistes ?
La thèse de l’empoisonnement d’Arafat par Israël – avec ou sans des complicités dans son entourage immédiat – est, comme on le voit, la plus répandue parmi les Palestiniens, qui ont toujours soupçonné les médecins français d’user du secret médical pour leur cacher un terrible secret. Ils sont d’autant plus convaincus de la véracité de cette thèse que, quelques mois avant la mort du leader palestinien, le gouvernement d’Ariel Sharon avait sérieusement envisagé de le liquider physiquement. Le Premier ministre israélien l’a même dit publiquement, en ayant recours à des formules sibyllines.
Aussi, à l’instar du Dr Al-Kurdi, qui connaît très bien les antécédents de santé d’Arafat pour avoir été pendant vingt ans l’un de ses médecins personnels, plusieurs responsables des services de sécurité palestiniens, tels Mohammad Dahlan et Jibril Rajoub, ont réaffirmé aux auteurs de “La septième guerre” qu’ils sont persuadés qu’Arafat a été empoisonné. Selon eux, le dirigeant palestinien n’était pas assez prudent et pouvait être facilement empoisonné car il mangeait des friandises et prenait des médicaments que lui amenaient des hôtes de passage sans contrôle médical.
Selon des experts israéliens qui ont examiné le rapport français, cités par le Haaretz, l’empoisonnement du dirigeant palestinien aurait pu avoir lieu lors d’un dîner, le 12 octobre 2004, dans son quartier général de la Mouqata, à Ramallah. A la suite de ce repas, l’état de santé d’Arafat s’était, en effet, dégradé rapidement. Il a souffert de pertes de mémoire et de brutales sautes d’humeur, tandis que des taches rouges suspectes étaient apparues sur son visage. Si les médecins français n’ont trouvé aucune trace de poison dans le sang du raïs, c’est peut-être parce qu’on lui a inoculé un poison ultrasophistiqué indétectable. Des agents du Mossad israélien avaient déjà utilisé un poison inconnu il y a quelques années pour tenter d’assassiner le dirigeant du Hamas Khaled Mechâl à Amman, en Jordanie.
Saura-t-on un jour toute la vérité sur cette mort pour le moins suspecte ? Les récentes vraies-fausses révélations du NewYork Times et du Haaretz n’aident pas à faire la lumière sur le problème. Elles brouillent plutôt les pistes.
La thèse de l’empoisonnement d’Arafat par Israël – avec ou sans des complicités dans son entourage immédiat – est, comme on le voit, la plus répandue parmi les Palestiniens, qui ont toujours soupçonné les médecins français d’user du secret médical pour leur cacher un terrible secret. Ils sont d’autant plus convaincus de la véracité de cette thèse que, quelques mois avant la mort du leader palestinien, le gouvernement d’Ariel Sharon avait sérieusement envisagé de le liquider physiquement. Le Premier ministre israélien l’a même dit publiquement, en ayant recours à des formules sibyllines.
Aussi, à l’instar du Dr Al-Kurdi, qui connaît très bien les antécédents de santé d’Arafat pour avoir été pendant vingt ans l’un de ses médecins personnels, plusieurs responsables des services de sécurité palestiniens, tels Mohammad Dahlan et Jibril Rajoub, ont réaffirmé aux auteurs de “La septième guerre” qu’ils sont persuadés qu’Arafat a été empoisonné. Selon eux, le dirigeant palestinien n’était pas assez prudent et pouvait être facilement empoisonné car il mangeait des friandises et prenait des médicaments que lui amenaient des hôtes de passage sans contrôle médical.
Selon des experts israéliens qui ont examiné le rapport français, cités par le Haaretz, l’empoisonnement du dirigeant palestinien aurait pu avoir lieu lors d’un dîner, le 12 octobre 2004, dans son quartier général de la Mouqata, à Ramallah. A la suite de ce repas, l’état de santé d’Arafat s’était, en effet, dégradé rapidement. Il a souffert de pertes de mémoire et de brutales sautes d’humeur, tandis que des taches rouges suspectes étaient apparues sur son visage. Si les médecins français n’ont trouvé aucune trace de poison dans le sang du raïs, c’est peut-être parce qu’on lui a inoculé un poison ultrasophistiqué indétectable. Des agents du Mossad israélien avaient déjà utilisé un poison inconnu il y a quelques années pour tenter d’assassiner le dirigeant du Hamas Khaled Mechâl à Amman, en Jordanie.
Saura-t-on un jour toute la vérité sur cette mort pour le moins suspecte ? Les récentes vraies-fausses révélations du NewYork Times et du Haaretz n’aident pas à faire la lumière sur le problème. Elles brouillent plutôt les pistes.
5. Joha l’Israélien ! par Elias Khoury
in Al-Quds Al-Arabi (quotidien arabe publié à Londres) du mardi 13 septembre 2005
[traduit de l’arabe par Aziz Hilal]
Joha occupe une place à part dans la culture populaire. C’est l’idiot-intelligent qui incarne la sagesse, combat l’autorité par l’humour et défend la vie en affectant la stupidité. Son histoire, dont l’origine serait turque, a incarné la relation de l’individu à l’autorité lors du pouvoir des Janissaires. A cette époque, l’individu ne jouissait d’aucun droit car la notion de citoyen n’était pas encore née. Ce n’était qu’une simple victime des puissants. L’émergence de ce personnage narquois aux histoires sans fin nous dit que le conte ironique est un moyen de résistance parmi d’autres et que raconter peut être une façon de continuer à vivre. Je ne sais pas pour quelle raison la littérature arabe ne s’est pas sérieusement penchée sur cette personnalité extraordinaire.
En effet, non seulement les histoires de Joha se prêtent à des interprétations multiples, mais elles invitent également le lecteur à enrichir à sa guise cet intarissable réservoir oral. Avec le personnage de Saïd le peptimiste, Emile Habibi a su retrouvé l’ambiance de Joha. Bien plus, il a su inventer un Joha adapté au temps de la Nakba et son roman est un cri de protestation qui allie l’humour noir à la profondeur tragique.
Mais ce Joha populaire, qui se moque aussi bien de lui-même que du pouvoir, qui est la synthèse entre une extrême sagesse et une extrême connaissance, celui dont la plaisanterie provoque aussi bien l’éclat de rire que la réflexion, ce Joha-là a cédé la place, dans la culture populaire arabe, à des personnages qui n’ont pas sa profondeur tragique et restent à la surface des choses , tel Abou Abd le Beyrouthin, devenu, aux temps de l’occupation israélienne et la domination syrienne, un moyen de se moquer de soi-même.
Mais Joha demeure parmi nous même si nous ne lui attribuons aucune place dans notre littérature moderne, incarnant la capacité du conte à défendre la vie et à ruser avec la mort. Il est un étonnant mélange d’excentricité, d’intelligence, de naïveté et d’ironie. Il permet au pauvre de résister au puissant et à l’homme de déconsidérer l’autorité. L’histoire de « Joha et le juge » en est le meilleur exemple : elle montre à quel point Joha se moque de la justice au temps du despotisme et de l’effondrement des valeurs.
On raconte que Joha prit la place du juge afin de trancher dans un conflit entre un homme et sa femme. Il écouta tout d’abord la plainte de l’épouse, souvent frappée et humiliée par son mari sans raison. Et Joha de donner raison à l’épouse. Il écouta ensuite le mari qui se plaignait de sa femme qui lui désobéissait et ne s’occupait pas de ses enfants. Et Joha de donner raison au mari également. Là surgit un homme de l’assistance pour dire au juge qu’il n’était pas logique que les deux pussent avoir raison, sinon la justice n’aurait plus aucun sens. Joha le juge resta perplexe ne sachant quoi dire. Puis il trouva la réponse adéquate ; il se tourna alors vers celui qui l’avait interpellé : « Et toi aussi tu as raison » lui dit-il, avant de quitter le tribunal.
Les réponses à la Joha surgissent toujours ainsi. Il déploie des trésors d’ingéniosité pour faire passer l’ironie du « petit » à l’endroit de l’autorité, transformant ainsi le tragique en comique et brandissant l’arme du conte contre l’arme de la peur. C’est pourquoi les oeuvres de Joha n’existent pas, pas plus que Joha lui-même d’ailleurs. Les gens ont crée une œuvre collective, un personnage populaire et des contes s’enchaînant à l’infini.
C’est tout naturellement que les pauvres et les persécutés éprouvent de la sympathie envers Joha et intègrent ses histoires dans un processus psychique de compensation que la littérature populaire élabore. Mais que l’occupant, le puissant et l’arrogant viennent à se reconnaître en Joha... Voilà qui ne peut arriver qu’en Israël.
En effet, avec cette réappropriation forcé de Joha - qui ressemble plutôt à une plaisanterie usée - les Israéliens essaient encore et encore de faire passer en douce l’idée que ce sont eux les victimes. Après avoir volé les falâfels, le taboulé et le homos, ils se mettent à faire les Joha avec cette plaisanterie éculée concoctée par le gouvernement israélien en accord avec les rabbins, en nous refaisant le coup du « clou de Joha » à Gaza après leur déroute pour montrer que les Palestiniens profanent les lieux de culte juifs « épargnés » par l’armé israélienne de la grande destruction entreprise dans les colonies de Gaza !
Ce qui est extraordinaire dans cette histoire, c’est que la synagogue avait été vidée de ses objets de culte, c’est-à-dire des ustensiles et des livres sacrés, et que la cour suprême d’Israël avait décidé sa destruction. Malgré cela, le gouvernement a décidé de ne pas la détruire pour que les Israéliens puissent faire croire que les Palestiniens profanent leurs lieux sacrés. Selon cette logique, il n’y aurait par conséquent aucune différence entre le bourreau et la victime et les synagogues des colonies de Gaza seraient mises sur le même plan que les centaines de mosquées et d’églises que les Israéliens avaient détruites en 1948 ou transformées en étables et en bars.
Cette fantaisie israélienne digne de Joha montre surtout l’effondrement de la politique israélienne devant le fondamentalisme qui envahit la société et le chantage que pratiquent les religieux au soir des élections israéliennes.
« Le clou de Joha » avec lequel les Israéliens essaient dangereusement de jouer à Gaza qui, malgré le retrait, demeure sous occupation effective, est rouillé et ne tient plus. On ne peut pas déclarer sacrés des bâtiments de colons, construits sur des terres confisquées ; on ne peut non plus faire de l’expulsion des colons et des occupants de Gaza un drame humain, lequel drame est devenu un téléfilm, long et ennuyeux.
Cette mascarade médiatique est pathétique, car ceux qui ont ouvert des sépultures pour emporter leurs morts avec eux n’ont pas le droit de jouer avec cette histoire de synagogue, qui plus est complètement vide.
Telle est l’erreur de Charon. Pour être juste avec l’histoire, il faut dire que cet homme a provoqué un revirement dramatique en Israël. C’est avec lui qu’avaient commencé les crimes publics après lesquels on allait rapidement découvrir ceux commis en secret, de Qana à Sabra et Chatila, et de Jenine à la synagogue de Gaza.
Mais pourquoi, à la fin de sa vie, le général cherche-t-il à se mettre dans les habits de Joha ? Cherche-t-il à nous faire rire ? Ou cherche-t-il à montrer que les généraux israéliens, à court de ruses, se sont mis à faire le Joha, convaincus que le « le clou de Joha » peut être utilisé par d’autres que les pauvres qui l’ont fabriqué ?
6. Et que fait Israël des mosquées ? par Meron Benvenisti
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du jeudi 8 septembre 2005
[traduit de l’hébreu par Michel Ghys]
Il n’est pas question de mettre en doute la sincérité des motivations de ceux qui s’opposent à la décision prise par le gouvernement de démolir les synagogues du Goush Katif. Au nombre de ceux qui ont élevé la voix contre cette décision, on trouve à la fois ceux qui ont appuyé le désengagement et ont même proposé de remettre intégralement aux Palestiniens les maisons du Goush Katif, et face à eux, ceux qui étaient farouchement opposés au désengagement et qui voient dans le maintien en place des synagogue une ouverture pour le retour de Juifs à Gaza. A côté de motifs relevant de la loi rabbinique et interdisant la destruction de « sanctuaires miniatures », on entend aussi l’argument que la démolition des synagogues apporterait une légitimité aux antisémites qui méditent la destruction des synagogues devenues inactives dans des centres juifs anéantis.
Mais à côté de la volonté de conserver les synagogues, émerge clairement une considération utilitaire et conjecturale : si la chose est tranchée, mieux vaut que ce soient les Palestiniens qui les démolissent, et pas les Israéliens, « car alors le monde entier découvrira leur infamie ». Cette position qui fait porter sur les Palestiniens la responsabilité du sort des édifices saints s’accompagne de l’énumération détaillée et documentée de leur attitude scandaleuse à l’égard de tout ce qui touche à la conservation de ce qui est lieu saint pour les Juifs - depuis la profanation du cimetière juif du Mont des Oliviers pendant la période jordanienne jusqu’à l’incendie du Tombeau de Joseph au début de l’Intifada. Et pour ne pas être accusés d’hypocrisie - car enfin, s’il est effectivement sûr que les Palestiniens détruiront les synagogues, quel sens y a-t-il à leur demander d’en prendre la responsabilité ? - les opposants à la démolition rapportent aussi, à contrecoeur, des « précédents plus encourageants ».
Toute cette question est débattue, comme d’habitude, entre Israéliens eux-mêmes et sans considération pour les Palestiniens à qui on veut faire porter la responsabilité et la faute. La cour suprême ne se contente pas du refus catégorique des Palestiniens de prendre la responsabilité de veiller sur les synagogues et elle a, avant-hier, donné instruction au chef du gouvernement d’envisager de leur demander « officiellement de veiller sur les synagogues ». Mais là ne s’arrête pas l’unitaléralisme : l’histoire de la lutte pour les lieux saints n’est pas seulement celle de la guerre des Fils, juifs, de la Lumière contre les Fils, palestiniens, des Ténèbres, mais celle d’une guerre où les deux camps ont perpétré des actes barbares à l’encontre de ce qui est sacré pour l’autre.
Les Palestiniens sont en droit de se demander si le principe qui interdit de toucher à des lieux saints ne s’applique qu’aux synagogues ou si des fois il ne s’appliquerait pas aussi aux mosquées et aux églises qui ont été abandonnées. L’exigence que les Palestiniens - ou une instance internationale - prennent la responsabilité des synagogues, ne concerne-t-elle pas aussi le gouvernement israélien à l’égard des mosquées abandonnées qui sont sur son territoire ? Celui qui s’empresse d’exposer la vilenie des Palestiniens est-il prêt à étaler aussi le comportement scandaleux d’Israël à l’égard des lieux saints musulmans ?
Sur environ 140 mosquées des villages abandonnés à la suite de la guerre de 1948, une centaine a été entièrement démolie. Celles qui restent, une quarantaine donc, se trouvent dans un état avancé d’abandon et de dégradation ou bien sont utilisées par les habitants juifs à des usages auxquelles elles n’étaient pas destinées. Dans un moshav des monts Carmel, se trouve une mosquée dont la splendeur a laissé des traces encore visibles ; elle est à l’abandon, ses murs s’effritent et elle est clôturée de fils de fer barbelé. Les demandes adressées par des réfugiés « présents-absents » pour pouvoir s’en occuper, ont été rejetées par les autorités. Une grande mosquée au cœur d’un moshav des montagnes de Judée sert d’entrepôt et de garage pour des engins agricoles. Comme elles, il y en a encore une vingtaine, menaçant ruine. En 1997, lorsque des habitants d’un moshav de Galilée occidentale ont eu envie de « s’élargir », ils ont attaqué au bulldozer, au milieu de la nuit, les vestiges de la mosquée du village abandonné et l’ont entièrement démolie. Non loin de là, les autorités refusent d’autoriser la prière dans la vieille mosquée d’un autre village abandonné, sous prétexte que ce serait « un arrangement politique, quasiment une colonie et constituerait un précédent pour un accord donné au retour des réfugiés ».
Plusieurs mosquées servent d’habitation et d’autres sont employées à des usages commerciaux et culturels. Une mosquée d’un village abandonné, à l’entrée de la vallée Iron, sert de menuiserie pour un kibboutz de la Shomer Hatzaïr ; une mosquée dans une localité d’artistes du Carmel sert en partie de bar et de restaurant ; d’autres mosquées servent de musées et de galeries. La grande synagogue d’une bourgade proche de Rehovot est établie dans la mosquée du village abandonné, dont le minaret a été détruit et dont l’emblème en demi croissant au sommet de sa coupole a été remplacé par une menora. Et nous n’avons encore rien dit des tombeaux de cheiks, transformés en tombeaux de saints juifs, comme le « Tombeau de Dan » qui a pris la place de Cheikh Gharib, un saint homme local, ou le Tombeau de Sit Sakina à Tibériade devenu miraculeusement le Tombeau de Rachel, l’épouse de Rabbi Akiva. Moins de 40 cimetières musulmans subsistent sur les 150 et plus qu’il y avait dans les villages abandonnés, et ceux-là même sont à l’état d’abandon et en danger permanent de destruction de tombes, d’intrusions et d’expropriations.
Le gouvernement israélien sait pourquoi il n’est pas porté exiger des Palestiniens la préservation des synagogues. Qu’arriverait-il si les Palestiniens posaient en contrepartie l’obligation pour le gouvernement israélien de prendre soin des mosquées qui se dégradent sur son propre territoire ? Et toutes ces âmes généreuses dont le cœur s’afflige à la perspective de la démolition des synagogues, élèveront-elles la voix pour sauver les mosquées de Ijzim, Lajjoun et Ghabbasiyah ? Qu’au moins elles reconnaissent que les émotions soulevées par la destruction de synagogues abandonnées sont aussi le lot de centaines de milliers de musulmans israéliens au spectacle de l’anéantissement de leurs biens sacrés. Peut-être, lorsque tous reconnaîtront que la douleur de la destruction est universelle, les guerres des lieux saints prendront-elles fin.
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du jeudi 8 septembre 2005
[traduit de l’hébreu par Michel Ghys]
Il n’est pas question de mettre en doute la sincérité des motivations de ceux qui s’opposent à la décision prise par le gouvernement de démolir les synagogues du Goush Katif. Au nombre de ceux qui ont élevé la voix contre cette décision, on trouve à la fois ceux qui ont appuyé le désengagement et ont même proposé de remettre intégralement aux Palestiniens les maisons du Goush Katif, et face à eux, ceux qui étaient farouchement opposés au désengagement et qui voient dans le maintien en place des synagogue une ouverture pour le retour de Juifs à Gaza. A côté de motifs relevant de la loi rabbinique et interdisant la destruction de « sanctuaires miniatures », on entend aussi l’argument que la démolition des synagogues apporterait une légitimité aux antisémites qui méditent la destruction des synagogues devenues inactives dans des centres juifs anéantis.
Mais à côté de la volonté de conserver les synagogues, émerge clairement une considération utilitaire et conjecturale : si la chose est tranchée, mieux vaut que ce soient les Palestiniens qui les démolissent, et pas les Israéliens, « car alors le monde entier découvrira leur infamie ». Cette position qui fait porter sur les Palestiniens la responsabilité du sort des édifices saints s’accompagne de l’énumération détaillée et documentée de leur attitude scandaleuse à l’égard de tout ce qui touche à la conservation de ce qui est lieu saint pour les Juifs - depuis la profanation du cimetière juif du Mont des Oliviers pendant la période jordanienne jusqu’à l’incendie du Tombeau de Joseph au début de l’Intifada. Et pour ne pas être accusés d’hypocrisie - car enfin, s’il est effectivement sûr que les Palestiniens détruiront les synagogues, quel sens y a-t-il à leur demander d’en prendre la responsabilité ? - les opposants à la démolition rapportent aussi, à contrecoeur, des « précédents plus encourageants ».
Toute cette question est débattue, comme d’habitude, entre Israéliens eux-mêmes et sans considération pour les Palestiniens à qui on veut faire porter la responsabilité et la faute. La cour suprême ne se contente pas du refus catégorique des Palestiniens de prendre la responsabilité de veiller sur les synagogues et elle a, avant-hier, donné instruction au chef du gouvernement d’envisager de leur demander « officiellement de veiller sur les synagogues ». Mais là ne s’arrête pas l’unitaléralisme : l’histoire de la lutte pour les lieux saints n’est pas seulement celle de la guerre des Fils, juifs, de la Lumière contre les Fils, palestiniens, des Ténèbres, mais celle d’une guerre où les deux camps ont perpétré des actes barbares à l’encontre de ce qui est sacré pour l’autre.
Les Palestiniens sont en droit de se demander si le principe qui interdit de toucher à des lieux saints ne s’applique qu’aux synagogues ou si des fois il ne s’appliquerait pas aussi aux mosquées et aux églises qui ont été abandonnées. L’exigence que les Palestiniens - ou une instance internationale - prennent la responsabilité des synagogues, ne concerne-t-elle pas aussi le gouvernement israélien à l’égard des mosquées abandonnées qui sont sur son territoire ? Celui qui s’empresse d’exposer la vilenie des Palestiniens est-il prêt à étaler aussi le comportement scandaleux d’Israël à l’égard des lieux saints musulmans ?
Sur environ 140 mosquées des villages abandonnés à la suite de la guerre de 1948, une centaine a été entièrement démolie. Celles qui restent, une quarantaine donc, se trouvent dans un état avancé d’abandon et de dégradation ou bien sont utilisées par les habitants juifs à des usages auxquelles elles n’étaient pas destinées. Dans un moshav des monts Carmel, se trouve une mosquée dont la splendeur a laissé des traces encore visibles ; elle est à l’abandon, ses murs s’effritent et elle est clôturée de fils de fer barbelé. Les demandes adressées par des réfugiés « présents-absents » pour pouvoir s’en occuper, ont été rejetées par les autorités. Une grande mosquée au cœur d’un moshav des montagnes de Judée sert d’entrepôt et de garage pour des engins agricoles. Comme elles, il y en a encore une vingtaine, menaçant ruine. En 1997, lorsque des habitants d’un moshav de Galilée occidentale ont eu envie de « s’élargir », ils ont attaqué au bulldozer, au milieu de la nuit, les vestiges de la mosquée du village abandonné et l’ont entièrement démolie. Non loin de là, les autorités refusent d’autoriser la prière dans la vieille mosquée d’un autre village abandonné, sous prétexte que ce serait « un arrangement politique, quasiment une colonie et constituerait un précédent pour un accord donné au retour des réfugiés ».
Plusieurs mosquées servent d’habitation et d’autres sont employées à des usages commerciaux et culturels. Une mosquée d’un village abandonné, à l’entrée de la vallée Iron, sert de menuiserie pour un kibboutz de la Shomer Hatzaïr ; une mosquée dans une localité d’artistes du Carmel sert en partie de bar et de restaurant ; d’autres mosquées servent de musées et de galeries. La grande synagogue d’une bourgade proche de Rehovot est établie dans la mosquée du village abandonné, dont le minaret a été détruit et dont l’emblème en demi croissant au sommet de sa coupole a été remplacé par une menora. Et nous n’avons encore rien dit des tombeaux de cheiks, transformés en tombeaux de saints juifs, comme le « Tombeau de Dan » qui a pris la place de Cheikh Gharib, un saint homme local, ou le Tombeau de Sit Sakina à Tibériade devenu miraculeusement le Tombeau de Rachel, l’épouse de Rabbi Akiva. Moins de 40 cimetières musulmans subsistent sur les 150 et plus qu’il y avait dans les villages abandonnés, et ceux-là même sont à l’état d’abandon et en danger permanent de destruction de tombes, d’intrusions et d’expropriations.
Le gouvernement israélien sait pourquoi il n’est pas porté exiger des Palestiniens la préservation des synagogues. Qu’arriverait-il si les Palestiniens posaient en contrepartie l’obligation pour le gouvernement israélien de prendre soin des mosquées qui se dégradent sur son propre territoire ? Et toutes ces âmes généreuses dont le cœur s’afflige à la perspective de la démolition des synagogues, élèveront-elles la voix pour sauver les mosquées de Ijzim, Lajjoun et Ghabbasiyah ? Qu’au moins elles reconnaissent que les émotions soulevées par la destruction de synagogues abandonnées sont aussi le lot de centaines de milliers de musulmans israéliens au spectacle de l’anéantissement de leurs biens sacrés. Peut-être, lorsque tous reconnaîtront que la douleur de la destruction est universelle, les guerres des lieux saints prendront-elles fin.
7. Leïla Shahid : "Les Israéliens ont atomisé le tissu social de Gaza" entretien réalisé par Emilie Sueur
in L’Orient-Le Jour (quotidien libanais) du jeudi 25 août 2005
Au lendemain de l’évacuation totale des colons de 25 colonies israéliennes, la Déléguée générale de Palestine en France, Leila Shahid, évoque, dans un entretien avec le journal libanais L’Orient-le Jour, l’après-retrait israélien.
Le plan de retrait unilatéral d’Ariel Sharon parachevé, Leila Shahid, déléguée générale de Palestine en France, revient sur la stratégie du Premier ministre israélien et tire la sonnette d’alarme quant à ses projets concernant la Cisjordanie. Au lendemain du retour à Paris du preneur de son français, retenu une semaine durant en otage à Gaza, elle revient également sur les causes du chaos sécuritaire qui sévit en ce moment dans ce territoire palestinien.
Alors que le monde salue le parachèvement du plan Sharon, dont Mme Shahid se félicite également, la responsable palestinienne tire néanmoins la sonnette d’alarme : « Le retrait de Gaza n’est qu’un écran de fumée pour cacher l’extension de la colonisation en Cisjordanie . »
Concernant le chaos sécuritaire qui règne actuellement dans la bande de Gaza, Mme Shahid en impute la responsabilité à l’État hébreu et à sa stratégie pernicieuse visant à « atomiser le tissu social » de cette bande de terre palestinienne.
- Leïla Shahid : « L’évacuation de Gaza est un écran de fumée. Une semaine...Tel aura été finalement le temps nécessaire aux soldats israéliens pour mettre fin à 38 ans d’occupation par les colons des terres palestiniennes de Gaza. »
- Quel bilan tirez-vous de cette opération ?
- L S : « Nous ne pouvons que nous féliciter des bonnes conditions du déroulement de ce plan qui s’est achevé plus rapidement que prévu. Ceci est le résultat d’un travail de coopération sécuritaire de fait entre l’armée israélienne et l’Autorité palestinienne, même si Ariel Sharon continue de qualifier son plan de “redéploiement unilatéral”. Nous avons en effet déployé plus de 7 500 policiers car nous pensions qu’il était très important, pour l’avenir, que ce retrait se fasse dans les meilleures conditions. »
- Certains ont parlé d’une mise en scène du retrait israélien.
- L S : « Je pense que le gouvernement israélien a un peu “gonflé”, avant la mise en œuvre du plan, la menace que posaient les colons. Mais, si leur réaction a été effectivement ferme et passionnée, les colons ont très bien compris qu’ils ne pouvaient résister à une décision entérinée par le gouvernement et par le Parlement. Ils ne souhaitaient pas, en outre, ternir un peu plus encore leur image au sein de la société israélienne.
Israël, de son côté, a également profité de l’occasion pour redorer son blason. Les méthodes employées étaient en effet très différentes de celles généralement mises en œuvre contre les Palestiniens, confrontés à des soldats armés de M16 et à des tanks venus raser leurs maisons.
Il n’en demeure pas moins que, pour les Palestiniens, ce retrait est très positif car c’est la première fois, en 38 ans, qu’Israël démantèle des colonies. Ce retrait, sa rapidité et les conditions dans lesquelles il s’est réalisé crée un précédent prouvant que si la volonté politique est là, les forces d’occupation israéliennes peuvent rapidement libérer un territoire. »
- Comment, précisément, expliquez-vous que la volonté politique ait été à l’ordre du jour ?
- L S : « Pour trois raisons. D’abord, Ariel Sharon a été contraint de reconnaître qu’il n’y avait pas moyen de gagner militairement contre les Palestiniens. Depuis le début de la deuxième intifada, nous avons subi une répression militaire inégalée en 57 ans de pouvoir israélien. Et pourtant, la résistance militaire et civile s’est poursuivie.
Ensuite, Ariel Sharon a compris qu’il ne pouvait rester dans cette situation de paralysie totale. Au sein de sa propre armée, qui devait mobiliser 1 500 soldats pour protéger les 8 000 colons de Gaza, a commencé à se faire sentir un véritable ras-le-bol incarné par le mouvement des “refuzniks”. Ensuite, le mouvement pour la paix en Israël a senti qu’il devait recommencer à s’exprimer. Les États-Unis se sont également rapprochés des Européens sur la nécessité de revenir à un processus de paix avec la promotion de la “Feuille de route” en 2003.
D’où l’élaboration de cette stratégie très intelligente, incarnée par les déclarations du conseiller d’Ariel Sharon, Dov Weissglass, au Haaretz : réagir avant que la pression internationale ne devienne trop forte. Pour ne pas être contraint de mettre en œuvre la “feuille de route”, Ariel Sharon a jeté à la communauté internationale un os à ronger : le plan unilatéral de retrait. De quoi plonger le processus de paix dans le formol et empêcher la création d’un État palestinien viable en annexant Jérusalem-Est et les blocs de colonies de Cisjordanie, comme l’a dit Weissglass. »
- Précisément, Israël a ordonné hier la confiscation de nouvelles terres palestiniennes pour ériger une barrière autour de la plus grande colonie de Cisjordanie, Maalé Adoumim.
- L S : « Le retrait de Gaza est clairement utilisé comme un écran de fumée pour cacher l’extension de la colonisation en Cisjordanie. Avec la poursuite de la construction du mur, qui annexe les trois blocs de colonies de Ariel, Maalé Adoumim et du Goush Etzion, la Cisjordanie va être transformée en trois bantoustans et Jérusalem sera annexée à Israël. Ceci est une négation totale de la “Feuille de route”. Une Feuille de route qui prévoit notamment le gel de la colonisation. Or une partie des colons de Gaza évacués la semaine dernière sont partis s’installer dans les colonies de Cisjordanie. Et on continue de parler de Sharon comme s’il était Charles de Gaulle ! C’est surréaliste ! »
- En ce qui concerne Gaza, où en sont les négociations autour des frontières, de l’aéroport, du port... ?
- L S : « Toutes les réunions depuis l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Abbas n’ont rien donné de sérieux sur le plan bilatéral.
Aujourd’hui, sur Gaza, nous n’avons aucune réponse à nos questions. Ni sur le passage entre l’Égypte et Rafah, ni sur celui d’Erez vers la Cisjordanie, alors que les accords d’Oslo prévoient un corridor, ni sur l’aéroport, dont la piste a été détruite, ni sur l’accès aux zones maritimes. Nous avons seulement repris les discussions sur le port. Mais tout le monde sait que la construction d’un port nécessite au moins cinq ans de travaux.
Or Gaza ne recèle aucune ressource naturelle. Le seul moyen de relancer l’économie est le commerce, ce qui nécessite une liberté de circulation des capitaux, des biens et des personnes. Les Israéliens et les Américains ont toujours reporté ces points de discussions à l’après-retrait. Aujourd’hui, il n’y a plus d’excuses. »
- Quel est le rôle de la communauté internationale dans ce contexte ?
- L S : « La situation actuelle n’est pas seulement la conséquence d’un échec des Israéliens et des Palestiniens. La responsabilité de la communauté internationale est également en cause. Or, les Européens considèrent toujours Israël comme l’État des survivants du génocide de la Seconde Guerre mondiale, et les États-Unis comme leur cinquante et unième État. Ça les paralyse.
Aujourd’hui, toutefois, je sens une prise de conscience au niveau international du fait que la crise mondiale actuelle qui mène à un tel radicalisme dans le monde arabo-musulman n’est pas étrangère à la colère des opinions publiques par rapport à la non-application du droit en Palestine. Aujourd’hui, la balle est dans le camp du Quartette. »
- Côté palestinien, nous avons assisté à une série d’affrontements et d’enlèvements, notamment d’étrangers, dans la bande de Gaza. Comment expliquez-vous cette situation ?
- L S : « La situation dans la bande de Gaza est effectivement très inquiétante. Elle résulte de quatre années d’une stratégie pernicieuse israélienne visant à atomiser la société palestinienne, à fragmenter le tissu social. Prétextant la nécessité d’empêcher la circulation de kamikazes, les autorités israéliennes ont érigé des barrages autour des villes, villages et camps de réfugiés. Si, avant 2001, nous pouvions organiser par exemple des réunions communes de toutes les branches du Fateh, ceci était devenu impossible ces dernières années. Résultat : la population s’est repliée sur le plus petit et le plus rétrograde dénominateur commun, à savoir la famille, le clan.
Dans une société arabe et majoritairement paysanne, ce phénomène a fait ressortir tous les démons archaïques du tribalisme et de la vendetta. Et ce d’autant plus que les infrastructures policières et sécuritaires ont été systématiquement cassées par les autorités israéliennes. Nous revenons donc à des pratiques qui avaient disparu de Palestine depuis 40 ans. Il n’est pas aisé de reconstruire une autorité réelle rapidement, mais nous sommes déterminés à le faire. »
- Depuis plusieurs semaines, les visites de responsables palestiniens au Liban se multiplient. Quelle en est la raison ?
- L S : « Au Liban, en raison de l’histoire de la guerre civile et de l’équilibre des communautés confessionnelles, la situation des réfugiés palestiniens est absolument tragique. Nous avons toutefois senti, depuis l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Abbas, une volonté de la part des autorités libanaises d’améliorer la situation. Il ne faut en outre absolument pas avoir peur d’une installation des réfugiés. Nous ne renoncerons jamais au droit au retour et à la résolution 194. En attendant, nous devons bénéficier de droits civiques. Il faut également qu’un interlocuteur palestinien soit désigné au Liban. »
- Ces visites ne sont-elles pas liées à la résolution 1559 qui prévoit le désarmement des groupes armés au Liban ?
- L S : « La résolution 1559 n’est pas le centre de tout. Mais typiquement, c’est pour traiter de ce genre de sujets qu’il faut un représentant officiel palestinien. »
- Quel bilan tirez-vous de cette opération ?
- L S : « Nous ne pouvons que nous féliciter des bonnes conditions du déroulement de ce plan qui s’est achevé plus rapidement que prévu. Ceci est le résultat d’un travail de coopération sécuritaire de fait entre l’armée israélienne et l’Autorité palestinienne, même si Ariel Sharon continue de qualifier son plan de “redéploiement unilatéral”. Nous avons en effet déployé plus de 7 500 policiers car nous pensions qu’il était très important, pour l’avenir, que ce retrait se fasse dans les meilleures conditions. »
- Certains ont parlé d’une mise en scène du retrait israélien.
- L S : « Je pense que le gouvernement israélien a un peu “gonflé”, avant la mise en œuvre du plan, la menace que posaient les colons. Mais, si leur réaction a été effectivement ferme et passionnée, les colons ont très bien compris qu’ils ne pouvaient résister à une décision entérinée par le gouvernement et par le Parlement. Ils ne souhaitaient pas, en outre, ternir un peu plus encore leur image au sein de la société israélienne.
Israël, de son côté, a également profité de l’occasion pour redorer son blason. Les méthodes employées étaient en effet très différentes de celles généralement mises en œuvre contre les Palestiniens, confrontés à des soldats armés de M16 et à des tanks venus raser leurs maisons.
Il n’en demeure pas moins que, pour les Palestiniens, ce retrait est très positif car c’est la première fois, en 38 ans, qu’Israël démantèle des colonies. Ce retrait, sa rapidité et les conditions dans lesquelles il s’est réalisé crée un précédent prouvant que si la volonté politique est là, les forces d’occupation israéliennes peuvent rapidement libérer un territoire. »
- Comment, précisément, expliquez-vous que la volonté politique ait été à l’ordre du jour ?
- L S : « Pour trois raisons. D’abord, Ariel Sharon a été contraint de reconnaître qu’il n’y avait pas moyen de gagner militairement contre les Palestiniens. Depuis le début de la deuxième intifada, nous avons subi une répression militaire inégalée en 57 ans de pouvoir israélien. Et pourtant, la résistance militaire et civile s’est poursuivie.
Ensuite, Ariel Sharon a compris qu’il ne pouvait rester dans cette situation de paralysie totale. Au sein de sa propre armée, qui devait mobiliser 1 500 soldats pour protéger les 8 000 colons de Gaza, a commencé à se faire sentir un véritable ras-le-bol incarné par le mouvement des “refuzniks”. Ensuite, le mouvement pour la paix en Israël a senti qu’il devait recommencer à s’exprimer. Les États-Unis se sont également rapprochés des Européens sur la nécessité de revenir à un processus de paix avec la promotion de la “Feuille de route” en 2003.
D’où l’élaboration de cette stratégie très intelligente, incarnée par les déclarations du conseiller d’Ariel Sharon, Dov Weissglass, au Haaretz : réagir avant que la pression internationale ne devienne trop forte. Pour ne pas être contraint de mettre en œuvre la “feuille de route”, Ariel Sharon a jeté à la communauté internationale un os à ronger : le plan unilatéral de retrait. De quoi plonger le processus de paix dans le formol et empêcher la création d’un État palestinien viable en annexant Jérusalem-Est et les blocs de colonies de Cisjordanie, comme l’a dit Weissglass. »
- Précisément, Israël a ordonné hier la confiscation de nouvelles terres palestiniennes pour ériger une barrière autour de la plus grande colonie de Cisjordanie, Maalé Adoumim.
- L S : « Le retrait de Gaza est clairement utilisé comme un écran de fumée pour cacher l’extension de la colonisation en Cisjordanie. Avec la poursuite de la construction du mur, qui annexe les trois blocs de colonies de Ariel, Maalé Adoumim et du Goush Etzion, la Cisjordanie va être transformée en trois bantoustans et Jérusalem sera annexée à Israël. Ceci est une négation totale de la “Feuille de route”. Une Feuille de route qui prévoit notamment le gel de la colonisation. Or une partie des colons de Gaza évacués la semaine dernière sont partis s’installer dans les colonies de Cisjordanie. Et on continue de parler de Sharon comme s’il était Charles de Gaulle ! C’est surréaliste ! »
- En ce qui concerne Gaza, où en sont les négociations autour des frontières, de l’aéroport, du port... ?
- L S : « Toutes les réunions depuis l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Abbas n’ont rien donné de sérieux sur le plan bilatéral.
Aujourd’hui, sur Gaza, nous n’avons aucune réponse à nos questions. Ni sur le passage entre l’Égypte et Rafah, ni sur celui d’Erez vers la Cisjordanie, alors que les accords d’Oslo prévoient un corridor, ni sur l’aéroport, dont la piste a été détruite, ni sur l’accès aux zones maritimes. Nous avons seulement repris les discussions sur le port. Mais tout le monde sait que la construction d’un port nécessite au moins cinq ans de travaux.
Or Gaza ne recèle aucune ressource naturelle. Le seul moyen de relancer l’économie est le commerce, ce qui nécessite une liberté de circulation des capitaux, des biens et des personnes. Les Israéliens et les Américains ont toujours reporté ces points de discussions à l’après-retrait. Aujourd’hui, il n’y a plus d’excuses. »
- Quel est le rôle de la communauté internationale dans ce contexte ?
- L S : « La situation actuelle n’est pas seulement la conséquence d’un échec des Israéliens et des Palestiniens. La responsabilité de la communauté internationale est également en cause. Or, les Européens considèrent toujours Israël comme l’État des survivants du génocide de la Seconde Guerre mondiale, et les États-Unis comme leur cinquante et unième État. Ça les paralyse.
Aujourd’hui, toutefois, je sens une prise de conscience au niveau international du fait que la crise mondiale actuelle qui mène à un tel radicalisme dans le monde arabo-musulman n’est pas étrangère à la colère des opinions publiques par rapport à la non-application du droit en Palestine. Aujourd’hui, la balle est dans le camp du Quartette. »
- Côté palestinien, nous avons assisté à une série d’affrontements et d’enlèvements, notamment d’étrangers, dans la bande de Gaza. Comment expliquez-vous cette situation ?
- L S : « La situation dans la bande de Gaza est effectivement très inquiétante. Elle résulte de quatre années d’une stratégie pernicieuse israélienne visant à atomiser la société palestinienne, à fragmenter le tissu social. Prétextant la nécessité d’empêcher la circulation de kamikazes, les autorités israéliennes ont érigé des barrages autour des villes, villages et camps de réfugiés. Si, avant 2001, nous pouvions organiser par exemple des réunions communes de toutes les branches du Fateh, ceci était devenu impossible ces dernières années. Résultat : la population s’est repliée sur le plus petit et le plus rétrograde dénominateur commun, à savoir la famille, le clan.
Dans une société arabe et majoritairement paysanne, ce phénomène a fait ressortir tous les démons archaïques du tribalisme et de la vendetta. Et ce d’autant plus que les infrastructures policières et sécuritaires ont été systématiquement cassées par les autorités israéliennes. Nous revenons donc à des pratiques qui avaient disparu de Palestine depuis 40 ans. Il n’est pas aisé de reconstruire une autorité réelle rapidement, mais nous sommes déterminés à le faire. »
- Depuis plusieurs semaines, les visites de responsables palestiniens au Liban se multiplient. Quelle en est la raison ?
- L S : « Au Liban, en raison de l’histoire de la guerre civile et de l’équilibre des communautés confessionnelles, la situation des réfugiés palestiniens est absolument tragique. Nous avons toutefois senti, depuis l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Abbas, une volonté de la part des autorités libanaises d’améliorer la situation. Il ne faut en outre absolument pas avoir peur d’une installation des réfugiés. Nous ne renoncerons jamais au droit au retour et à la résolution 194. En attendant, nous devons bénéficier de droits civiques. Il faut également qu’un interlocuteur palestinien soit désigné au Liban. »
- Ces visites ne sont-elles pas liées à la résolution 1559 qui prévoit le désarmement des groupes armés au Liban ?
- L S : « La résolution 1559 n’est pas le centre de tout. Mais typiquement, c’est pour traiter de ce genre de sujets qu’il faut un représentant officiel palestinien. »
8. On dit que Tulkarem a été libéré par Amira Hass
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du mercredi 23 mars 2005
[traduit de l'hébreu par Michel Ghys]
M., 52 ans, est un habitant de Tulkarem. « Alors, vous voilà libérés ? », s’est-il entendu demander hier matin. « C’est ce qu’on dit », a-t-il répondu. « Les enfants (les jeunes gens armés du Fatah – A.H.) circulent en tirant en l’air, pour se convaincre qu’ils ont été libérés. Si et quand l’armée israélienne veut entrer de nouveau, elle entrera. Qu’est-ce que ça change pour nous que les soldats sont entrés de nuit et puis sont partis ? Rien. On dit qu’ils enlèvent le barrage d’Anavta, mais on sait par expérience qu’ils mettront immédiatement un barrage mobile à la place. Et le barrage du carrefour de Shoufa (à la sortie sud-est de Tulkarem) n’a pas été retiré. La police palestinienne a toujours circulé en ville, qu’est-ce que ça change pour nous que leur fusil soit dans la voiture ou à leur épaule ? L’indice de la liberté, ce n’est pas la présence de policiers ni leurs armes. Quand les Israéliens comprendront-ils qu’on ne peut pas parler de libération d’une ville isolée quand toute la Cisjordanie est occupée ? Je me sentirai libre seulement lorsque je pourrai aller sur ma terre – dont la plus grande partie est barrée par la clôture de séparation –, lorsqu’il n’y aura plus sur mon chemin aucun barrage israélien, ni mobile ni fixe, lorsque les colonies auront été évacuées ».
Des photos des policiers palestiniens à l’exercice ont été choisies pour représenter l’événement insignifiant du changement de polices à Tulkarem. C’est un héritage de l’époque d’Oslo, quand les Israéliens – encouragés par le show produit par le mouvement du Fatah – ont vu dans les uniformes des Palestiniens l’expression suprême du phénomène virtuel de « la fin de l’occupation ». Les médias israéliens ont reflété les attentes de l’armée israélienne et des responsables des renseignements, qui voyaient les forces de sécurité palestiniennes agir à leur manière contre ceux qui auraient l’intention de frapper des soldats ou des colons en Cisjordanie, et des civils en Israël. C’est encore leur attente aujourd’hui. En d’autres termes : les Israéliens attendent une fois encore que l’occupé protège l’occupant. En échange : de très partielles et très nébuleuses promesses.
Mais supposons que cette attente soit logique, compte tenu de l’équilibre des forces. Pour réussir dans cette mission, sans se faire l’instrument d’une oppression civile qui ne susciterait que de la résistance, la police, dans la mesure où elle représente l’Autorité palestinienne, se doit de démontrer qu’elle est aussi capable de protéger les citoyens palestiniens face à la criminalité intérieure et face à l’occupant.
Même en l’absence d’une autorité fonctionnelle, nous dit M., il n’y a pas, à Tulkarem, de cambriolages ni de peur d’atteintes aux biens. Il souligne le fait que, précisément sous l’égide des incursions prolongées de l’armée israélienne, des cambriolages avaient lieu, mais que des coordinations entre clans réussissaient à faire revenir les biens volés. Son explication : des traditions familiales encouragent la solidarité interne et la responsabilité mutuelle. Tout cela est venu remplacer non seulement les prisons que l’Armée de Défense d’Israël a détruites mais aussi l’autorité de la Loi : avant septembre 2000, des gens ayant pouvoir, argent et influence, pouvaient porter atteinte à d’autres (fraude, litiges entre voisins et mainmise sur des terres, par exemple) tout en parvenant à échapper à la justice et à toute sanction. Autrement dit, occupation ou pas, il revient à l’Autorité d’entreprendre une réforme sérieuse du système judiciaire.
A Tulkarem, ces derniers jours, beaucoup plus que de la relève de la garde, on s’occupe de l’assassinat d’une enfant de 15 ans qui habitait la ville. Son père l’avait violée et elle s’était rendue à l’hôpital pour se faire avorter. Les médecins savaient qui étaient le violeur mais ils l’ont renvoyée chez elle. Quand elle est rentrée, un de ses frères l’a assassinée. A Bethléem, quelques jours plus tôt, un père a assassiné sa fille qui avait été violée. D’après le code pénal, héritage jordanien encore, un assassinat motivé par ce qu’on appelle « l’honneur de la famille » entraîne une peine de six mois de prison seulement. L’Autorité doit se prononcer contre des traditions sociales et modifier la loi. Ministère chargé des questions de la femme, organisations féminines, travailleurs sociaux, police, tous débattent des moyens permettant de mettre un terme au phénomène des assassinats de femmes, protégés par la loi et la tradition. Les médias publient des détails qui, dans le passé, étaient tabous. On peut voir les signes d’une disposition à affronter le phénomène et non plus à l’enterrer sous l’excuse que « nous sommes sous occupation ».
Et qu’en est-il de la sécurité de la part de l’occupant ? Il a déjà été démontré que la police palestinienne, en tant que représentante de l’Autorité, ne peut offrir aucune protection aux citoyens face aux atteintes des soldats. Dans le village de Balein, par exemple, les constructeurs de la clôture de séparation ont déraciné, avant-hier, une soixantaine d’oliviers appartenant aux habitants. Des camions appartenant à une société israélienne ont chargé les arbres puis ont disparu avant que les villageois aient eu le temps de les prendre pour au moins les sauver. Là, la police palestinienne ne sera d’aucun secours. Elle n’a pas non plus pu protéger les habitants du village de Boudrous qui sont, en particulier ces derniers jours, exposés aux raids incessants des soldats qui ont même fait sortir les hommes de leur lit, au milieu de la nuit, et les ont photographiés. Cela s’est passé, il est vrai, loin de Tulkarem, mais la crainte de M. est que l’outrage fait à l’Autorité dans des situations pareilles ne l’affaiblisse aussi dans ses tentatives d’assurer une sécurité intérieure, dans des situations qui ne dépendent pas de la présence de l’occupant.
in Ha'Aretz (quotidien israélien) du mercredi 23 mars 2005
[traduit de l'hébreu par Michel Ghys]
M., 52 ans, est un habitant de Tulkarem. « Alors, vous voilà libérés ? », s’est-il entendu demander hier matin. « C’est ce qu’on dit », a-t-il répondu. « Les enfants (les jeunes gens armés du Fatah – A.H.) circulent en tirant en l’air, pour se convaincre qu’ils ont été libérés. Si et quand l’armée israélienne veut entrer de nouveau, elle entrera. Qu’est-ce que ça change pour nous que les soldats sont entrés de nuit et puis sont partis ? Rien. On dit qu’ils enlèvent le barrage d’Anavta, mais on sait par expérience qu’ils mettront immédiatement un barrage mobile à la place. Et le barrage du carrefour de Shoufa (à la sortie sud-est de Tulkarem) n’a pas été retiré. La police palestinienne a toujours circulé en ville, qu’est-ce que ça change pour nous que leur fusil soit dans la voiture ou à leur épaule ? L’indice de la liberté, ce n’est pas la présence de policiers ni leurs armes. Quand les Israéliens comprendront-ils qu’on ne peut pas parler de libération d’une ville isolée quand toute la Cisjordanie est occupée ? Je me sentirai libre seulement lorsque je pourrai aller sur ma terre – dont la plus grande partie est barrée par la clôture de séparation –, lorsqu’il n’y aura plus sur mon chemin aucun barrage israélien, ni mobile ni fixe, lorsque les colonies auront été évacuées ».
Des photos des policiers palestiniens à l’exercice ont été choisies pour représenter l’événement insignifiant du changement de polices à Tulkarem. C’est un héritage de l’époque d’Oslo, quand les Israéliens – encouragés par le show produit par le mouvement du Fatah – ont vu dans les uniformes des Palestiniens l’expression suprême du phénomène virtuel de « la fin de l’occupation ». Les médias israéliens ont reflété les attentes de l’armée israélienne et des responsables des renseignements, qui voyaient les forces de sécurité palestiniennes agir à leur manière contre ceux qui auraient l’intention de frapper des soldats ou des colons en Cisjordanie, et des civils en Israël. C’est encore leur attente aujourd’hui. En d’autres termes : les Israéliens attendent une fois encore que l’occupé protège l’occupant. En échange : de très partielles et très nébuleuses promesses.
Mais supposons que cette attente soit logique, compte tenu de l’équilibre des forces. Pour réussir dans cette mission, sans se faire l’instrument d’une oppression civile qui ne susciterait que de la résistance, la police, dans la mesure où elle représente l’Autorité palestinienne, se doit de démontrer qu’elle est aussi capable de protéger les citoyens palestiniens face à la criminalité intérieure et face à l’occupant.
Même en l’absence d’une autorité fonctionnelle, nous dit M., il n’y a pas, à Tulkarem, de cambriolages ni de peur d’atteintes aux biens. Il souligne le fait que, précisément sous l’égide des incursions prolongées de l’armée israélienne, des cambriolages avaient lieu, mais que des coordinations entre clans réussissaient à faire revenir les biens volés. Son explication : des traditions familiales encouragent la solidarité interne et la responsabilité mutuelle. Tout cela est venu remplacer non seulement les prisons que l’Armée de Défense d’Israël a détruites mais aussi l’autorité de la Loi : avant septembre 2000, des gens ayant pouvoir, argent et influence, pouvaient porter atteinte à d’autres (fraude, litiges entre voisins et mainmise sur des terres, par exemple) tout en parvenant à échapper à la justice et à toute sanction. Autrement dit, occupation ou pas, il revient à l’Autorité d’entreprendre une réforme sérieuse du système judiciaire.
A Tulkarem, ces derniers jours, beaucoup plus que de la relève de la garde, on s’occupe de l’assassinat d’une enfant de 15 ans qui habitait la ville. Son père l’avait violée et elle s’était rendue à l’hôpital pour se faire avorter. Les médecins savaient qui étaient le violeur mais ils l’ont renvoyée chez elle. Quand elle est rentrée, un de ses frères l’a assassinée. A Bethléem, quelques jours plus tôt, un père a assassiné sa fille qui avait été violée. D’après le code pénal, héritage jordanien encore, un assassinat motivé par ce qu’on appelle « l’honneur de la famille » entraîne une peine de six mois de prison seulement. L’Autorité doit se prononcer contre des traditions sociales et modifier la loi. Ministère chargé des questions de la femme, organisations féminines, travailleurs sociaux, police, tous débattent des moyens permettant de mettre un terme au phénomène des assassinats de femmes, protégés par la loi et la tradition. Les médias publient des détails qui, dans le passé, étaient tabous. On peut voir les signes d’une disposition à affronter le phénomène et non plus à l’enterrer sous l’excuse que « nous sommes sous occupation ».
Et qu’en est-il de la sécurité de la part de l’occupant ? Il a déjà été démontré que la police palestinienne, en tant que représentante de l’Autorité, ne peut offrir aucune protection aux citoyens face aux atteintes des soldats. Dans le village de Balein, par exemple, les constructeurs de la clôture de séparation ont déraciné, avant-hier, une soixantaine d’oliviers appartenant aux habitants. Des camions appartenant à une société israélienne ont chargé les arbres puis ont disparu avant que les villageois aient eu le temps de les prendre pour au moins les sauver. Là, la police palestinienne ne sera d’aucun secours. Elle n’a pas non plus pu protéger les habitants du village de Boudrous qui sont, en particulier ces derniers jours, exposés aux raids incessants des soldats qui ont même fait sortir les hommes de leur lit, au milieu de la nuit, et les ont photographiés. Cela s’est passé, il est vrai, loin de Tulkarem, mais la crainte de M. est que l’outrage fait à l’Autorité dans des situations pareilles ne l’affaiblisse aussi dans ses tentatives d’assurer une sécurité intérieure, dans des situations qui ne dépendent pas de la présence de l’occupant.
9. Arabes : les mots des maux par Hichem Ben Yaïche
in Le Quotidien d'Oran (quotidien algérien) du mardi 22 mars 2005
in Le Quotidien d'Oran (quotidien algérien) du mardi 22 mars 2005
Quel que soit l’angle de vue où l’on se place, il est impossible d’échapper à ce constat terrifiant : les Arabes ont mal. Un « mal » qu’on va tenter de comprendre, d’expliquer et d’analyser, à grands traits. Devant l’urgence de la situation – et sans jouer pour autant la dramatisation à outrance –, j’ai envie de dire : se rendent-ils vraiment compte de ce qui leur arrive aujourd’hui ? En tout état de cause, ils donnent franchement l’impression d’être dans un navire sans gouvernail. Inutile de réactiver, dans une énième tentative de fuite en avant, la théorie de conspiration. Les Arabes doivent faire un sérieux examen de conscience, se mettre en mouvement, afin d’enrayer la descente aux enfers en cours. De quoi s’agit-il concrètement ? J’articulerai les réponses à cette interrogation autour de deux points.
Des décennies d’immobilisme
Les Arabes sont fiers de leur civilisation. Il suffit de les écouter ou de discuter avec eux pour se rendre compte de ce sentiment qui imprègne, très souvent, leur discours. Cette fierté est légitime et est totalement justifiée. Mais les Arabes oublient ou feignent d’oublier qu’ils ne sont plus, depuis six siècles, les acteurs de l’Histoire. Les raisons qui ont conduit à cette décadence avaient été répertoriées, méditées et pensées, mais le dilemme sur le «comment en sortir ?» est toujours d’actualité. Plusieurs expériences politiques avaient été menées, dans le passé, pour moderniser et amorcer un processus vertueux de renaissance. Elles ont débouché, pour ainsi dire, sur le vide. Comment ? Pourquoi ? Que s’est-il passé ?…, les interrogations sont, encore aujourd’hui, à l’ordre du jour. Ne trouvant pas de solutions à leurs problèmes existentiels, les Arabes, devant la puissance de l’impuissance, se sont tournés massivement, ces dernières années, vers la religion. Une manière de se rassurer et de se protéger contre un monde incertain, anxiogène, hostile. Mais, là, les régimes politiques arabes portent une responsabilité majeure dans cette marche… à reculons ! La montée de l’intégrisme dans les sociétés arabes, ces dernières années, et les violences qu’il génère, à l’intérieur et à l’extérieur de l’aire arabe va amplifier les incertitudes et renforcer les courants rétrogrades. Mais ce sont les attentats du 11 septembre 2001 qui vont confirmer, aux yeux de l’Amérique surtout, et de l’Occident ensuite, le degré de «dangerosité» d’une certaine «culture islamique» existant dans le monde arabe. Au-delà des raccourcis développés ici ou là sur ce sujet, la responsabilité des élites dirigeantes arabes est cependant considérable ; ces derniers, plutôt gestionnaires que visionnaires, n’ont jamais su s’attaquer aux blocages réels des sociétés arabes, ni anticiper l’expression d’un radicalisme religieux prenant de plus en plus la forme d’un nihilisme dévastateur. Cette situation est, on le sait aujourd’hui, le produit des atermoiements, des hésitations, et de l’absence de réformes audacieuses, pouvant conduire cette civilisation à sortir d’une profonde crise structurelle. Des décennies ont été ainsi gâchées, du temps perdu et, toujours, le retour à la case départ. Les Arabes doivent apprendre à se regarder en face…
S'approprier le GMO [Grand Moyen-Orient]
Depuis 2001, Bush et ses collaborateurs ont un grand projet à réaliser : démocratiser le monde arabe. Ce dessein est loin d’être une œuvre philanthropique en direction des Arabes. L’Amérique défend d’abord ses intérêts stratégiques. Hier, la guerre froide avait fini par venir à bout de l’Union soviétique et son système communiste, donnant à l’Amérique le statut de puissance mondiale unique. Aujourd’hui, la guerre mondiale contre le terrorisme s’accompagne d’une volonté de réformer – et démocratiser – le monde arabe. Cela a donné naissance au plan le « Grand Moyen-Orient ». Les dirigeants US partent de cette idée de base : si les Arabes ne se réforment pas de l’intérieur, nous, Américains, nous allons le leur imposer de l’extérieur. Depuis quelques semaines, le président américain, en saturant tous les canaux de communication, voit des réformes partout, en se félicitant de l’avoir initié. S’il est vrai qu’on observe bel et bien un électrochoc dans cette région, force est de constater cependant qu’il est prématuré de tirer une quelconque conclusion quant à la tournure que prendra ce processus.
L’attentisme ne paie pas. Les Arabes ont tout intérêt à s'approprier le GMO, en faisant travailler hommes politiques, universitaires, chercheurs, experts, etc., pour retravailler ce projet et l’adapter à la réalité arabe [1]. C’est la meilleure façon de prendre le taureau par les cornes, en coupant l’herbe sous les pieds de l’Oncle Sam, qui joue au maître d’école. La Ligue des Etats arabes – rénovée et retructurée – pourrait se voir confiée ce genre de mission, mettant ainsi à terre les accusations d’inutilité. Le temps presse. Les Arabes ont là une occasion unique de ne plus subir l’Histoire, mais de la conduire. Est-ce un vœu pieux ?
- NOTE :
[1] On peut s'appuyer sur des documents qui existent, comme par exemple les rapports du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qu'il faut compléter et approfondir. Un "véto" américain avait empêché le dernier rapport d'être publié. Un comble !
[Hichem Ben Yaïche peut être contacté à l'adresse suivante : benyaiche@...]
Des décennies d’immobilisme
Les Arabes sont fiers de leur civilisation. Il suffit de les écouter ou de discuter avec eux pour se rendre compte de ce sentiment qui imprègne, très souvent, leur discours. Cette fierté est légitime et est totalement justifiée. Mais les Arabes oublient ou feignent d’oublier qu’ils ne sont plus, depuis six siècles, les acteurs de l’Histoire. Les raisons qui ont conduit à cette décadence avaient été répertoriées, méditées et pensées, mais le dilemme sur le «comment en sortir ?» est toujours d’actualité. Plusieurs expériences politiques avaient été menées, dans le passé, pour moderniser et amorcer un processus vertueux de renaissance. Elles ont débouché, pour ainsi dire, sur le vide. Comment ? Pourquoi ? Que s’est-il passé ?…, les interrogations sont, encore aujourd’hui, à l’ordre du jour. Ne trouvant pas de solutions à leurs problèmes existentiels, les Arabes, devant la puissance de l’impuissance, se sont tournés massivement, ces dernières années, vers la religion. Une manière de se rassurer et de se protéger contre un monde incertain, anxiogène, hostile. Mais, là, les régimes politiques arabes portent une responsabilité majeure dans cette marche… à reculons ! La montée de l’intégrisme dans les sociétés arabes, ces dernières années, et les violences qu’il génère, à l’intérieur et à l’extérieur de l’aire arabe va amplifier les incertitudes et renforcer les courants rétrogrades. Mais ce sont les attentats du 11 septembre 2001 qui vont confirmer, aux yeux de l’Amérique surtout, et de l’Occident ensuite, le degré de «dangerosité» d’une certaine «culture islamique» existant dans le monde arabe. Au-delà des raccourcis développés ici ou là sur ce sujet, la responsabilité des élites dirigeantes arabes est cependant considérable ; ces derniers, plutôt gestionnaires que visionnaires, n’ont jamais su s’attaquer aux blocages réels des sociétés arabes, ni anticiper l’expression d’un radicalisme religieux prenant de plus en plus la forme d’un nihilisme dévastateur. Cette situation est, on le sait aujourd’hui, le produit des atermoiements, des hésitations, et de l’absence de réformes audacieuses, pouvant conduire cette civilisation à sortir d’une profonde crise structurelle. Des décennies ont été ainsi gâchées, du temps perdu et, toujours, le retour à la case départ. Les Arabes doivent apprendre à se regarder en face…
S'approprier le GMO [Grand Moyen-Orient]
Depuis 2001, Bush et ses collaborateurs ont un grand projet à réaliser : démocratiser le monde arabe. Ce dessein est loin d’être une œuvre philanthropique en direction des Arabes. L’Amérique défend d’abord ses intérêts stratégiques. Hier, la guerre froide avait fini par venir à bout de l’Union soviétique et son système communiste, donnant à l’Amérique le statut de puissance mondiale unique. Aujourd’hui, la guerre mondiale contre le terrorisme s’accompagne d’une volonté de réformer – et démocratiser – le monde arabe. Cela a donné naissance au plan le « Grand Moyen-Orient ». Les dirigeants US partent de cette idée de base : si les Arabes ne se réforment pas de l’intérieur, nous, Américains, nous allons le leur imposer de l’extérieur. Depuis quelques semaines, le président américain, en saturant tous les canaux de communication, voit des réformes partout, en se félicitant de l’avoir initié. S’il est vrai qu’on observe bel et bien un électrochoc dans cette région, force est de constater cependant qu’il est prématuré de tirer une quelconque conclusion quant à la tournure que prendra ce processus.
L’attentisme ne paie pas. Les Arabes ont tout intérêt à s'approprier le GMO, en faisant travailler hommes politiques, universitaires, chercheurs, experts, etc., pour retravailler ce projet et l’adapter à la réalité arabe [1]. C’est la meilleure façon de prendre le taureau par les cornes, en coupant l’herbe sous les pieds de l’Oncle Sam, qui joue au maître d’école. La Ligue des Etats arabes – rénovée et retructurée – pourrait se voir confiée ce genre de mission, mettant ainsi à terre les accusations d’inutilité. Le temps presse. Les Arabes ont là une occasion unique de ne plus subir l’Histoire, mais de la conduire. Est-ce un vœu pieux ?
- NOTE :
[1] On peut s'appuyer sur des documents qui existent, comme par exemple les rapports du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qu'il faut compléter et approfondir. Un "véto" américain avait empêché le dernier rapport d'être publié. Un comble !
[Hichem Ben Yaïche peut être contacté à l'adresse suivante : benyaiche@...]
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